mémoire de chardon

attirer l'attention sur ce qu'a réaisé une simple instit, une assistante sociale sans titre au cours de sa vie professionnelle et donner une idée de son point de vue sur la vie et aussi la poli-tique

dimanche 4 mars 2007

[2] ¤ NOËL

Noël : Fêtes

Posté par gaby le 24/12/2005 17:38:07 (51 lectures)

NOËL

Un joyeux Noël à tous

Je vous fais cadeau d’un conte, il a le mérite d’être vrai ce qui n’est pas l’apanage des contes habituels


NOËL il y a quelques années



Il avait un peu neigé ce soir de Noël. L’air était presque doux.

Avant même que la cloche de l’église ne se fasse entendre, de toutes les portes des maisons, le monde sortait par deux, par trois ou plus, tous tellement légers malgré l’heure tardive, qu’ils avaient l’air de danser.

Tout ce monde qui affluait vers l’église l’air joyeux, se saluait amicalement. Tous se connaissaient, étant du même quartier Tous avaient l’air de dire : « Nous allons à la fête »

Installés dans l’église c’était comme un énorme bouquet humain, chargé d’amour.

Et la messe eut lieu, l’enfant Jésus après avoir fait le tour de l’église porté par les enfants de chœur fut déposé dans sa crèche au sein de l’énorme montagne en papier peint de l’époque, là où l’attendaient ses parents, les bergers, l’âne et le bœuf.

J’avais18-19 ans.

La messe terminée, il était habituel pour certains de défiler devant la crèche après avoir assisté aux trois messes, celles si bien racontées par Daudet

M’y voici.

Je suis encore baignée de l’émotion ressentie pendant la cérémonie, j’ai donnée de toute ma voix aux cantiques, je chante faux mais en chœur ça passe bien, j’étais très catho à l’époque même si je ne pouvais adhérer au dogme de l’assomption. Imaginer qu’une nature humaine aussi pure soit-elle, ait pu s’envoler avec son corps pour rejoindre le ciel…Ouille… Ouais, il fallait absolument croire aux dogmes, exigence de l’église, je voulais bien mais mon esprit s’y refusait. Je m’entends encore dire aux copines sur le terrain de basket « Pourvu qu’elle ne nous tombe pas sur la tête…. »

Devant la crèche mes yeux se posent un peu partout, je repère le moindre changement survenu depuis l’expo de l’année précédente.

Eh… !!!

Qu’est-il arrivé à l’enfant Jésus ?

C’était pas l’époque des tsunamis, tout au moins nous n’en étions pas informés. L’enfant

Jésus… a… la lépre et déjà ses mains et ses pieds, ne sont plus que des moignons, le corps a perdu ses couleurs par plaques, comme s’il avait été secoué et lessivé à la façon d’un tsunami.

Ca… ça passe pas… Un jésus en carton pâte c’est déjà pas le Pérou, amoché de la sorte, ça doit heurter les sensibilités, je pense surtout aux enfants

Quelques secondes de réflexion et déjà, j’ai la solution.

J’assiste aux vêpres le dimanche suivant. Quand nous étions mômes, c’était une exigence de notre mère, tous les dimanches un peu avant 15 heures, nous faisions à six, le plus de bruit possible pour couvrir le son de la cloche, alors maman savait qu’il était l’heure. C’était une corvée…. Mon amusement par la suite étant presque adulte, était de plonger la main dans le panier que mon oncle présentait aux fidèles en passant entre tous les rangs, d’en sortir une poignée de monnaie, de sourire à l’air consterné de mon oncle avant de lui rendre sa monnaie.

Je lui faisais ce tour depuis un certain temps, pas tous les dimanches cependant… faut ménager sa monture.

Ce soir là, j’attends la fin des vêpres et la sortie des fidèles, je m’avance jusqu’à la crèche
Dans l’église, il ne reste que quelques ombres.

D’un air très naturel, je m’empare de l’enfant Jésus, le cache un peu sous mon manteau et je rejoins tranquillement la maison.

Et alors, je ne chôme pas. Plâtre, fin fil de fer pour consolider les réparations, travail d’orfèvre. Autour du tout petit axe métallique enfoncé délicatement aux endroits en détresse, je remodèle les doigts et orteils du bambino, je laisse sécher un temps certain mais je dois faire vite quand même. Puis, peintures et pinceaux aidant, je redonne un peu de prestige à la statuette, tout en « salissant » un peu la fraîcheur des teintes pour faire vrai dans le ton de l’ensemble.

Il est tard, il faut absolument que j’arrive à l’église à l’ouverture le lendemain, les fidèles qui fréquentent la messe de 6 heures et passent devant la crèche à la sortie, en l’absence du chérubin pourraient croire à un acte machiavélique de satan.

Il rôde toujours dans les parages cet énergumène et parfois ça arrange bien le curé en poste à l’époque. Je l’entends encore clamer du haut de la chaire d’une voix tonitruante emplie de trémolos agressifs, menaçants
: « SAATAAAAN »

Réveil sur 6 h, ouf, je m’endors profondément…pour me réveiller … à 8 h passées. Le réveil n’a pas rempli sa mission.

Wouah…

C’est la course. En quelques minutes, je me retrouve dehors, l’église est au bout de ma rue une des plus petites du quartier.

Je pénètre dans l’église, la messe de 8 heures est terminée et venant du côté latéral gauche, là où la crèche est érigée, se fait entendre un brouhaha de voix, étonnées, effrayées, ahuries. Je m’avance d’un air très dégagé, ces dames, (les messieurs vont au travail), portent la main devant la bouche, celle-ci étant arrondie en ovale marquant l’horreur. Ca serait plus simple de dire : « bouche en cul de poule »
Le curé est tout aussi impressionné.

J’arrive à hauteur de la crèche, j’écarte les ombres qui me barrent la route et d’un geste simple, avec noblesse et grande douceur, je dépose Jésus dans sa crèche.

Je sais que tous les regards sont braqués sur ma personne mais tel un ange qui passe, dans le plus grand silence, je reprends le chemin de la sortie d’un pas très léger.

Jamais quiconque ayant vu ou ayant eu vent de l’évènement, ne me demandera explications.

Beaucoup d’entre eux ont disparus emportés par les flots de l’éternité, mais en ont-ils été à croire qu’ils avaient eu une vision ce jour là ?




                                    CHARDON de LILLE

Posté par gaby_djebelle à 17:12 - NOËL - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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