lundi 5 mars 2007
[41] ¤ D'ACTUALITE : HEURE DE POINTE
D'ACTUALITE : HEURE DE POINTE
Posté par gaby le 25/7/2006 18:18:52 (76 lectures)
LE SEXE FAIBLE
C’est l’heure de pointe. Midi…
Nous sommes en 2001
Une dame arrivant de Wasquehal en Clio, se dirigeant vers Lille, se trouve sur le central du grand boulevard de la République, à hauteur du carrefour Buisson, à l’intersection de La Madeleine, Lille, Marcq.
Il y a foule devant elle et partout. Habituée de ce carrefour depuis très longtemps, attendant le feu vert, elle ne se met pas à la file des trois premières voitures qui se sont dégagées sur la gauche à ce carrefour, elle les contourne sur leur droite afin de ne pas bloquer la circulation
Quand le feu vert ouvre le passage, après avoir laissé passer les prioritaires du latéral droit, elle s’élance vers la rue de l’Abbé Bonpain sans gêner personne, sans prendre la place de quiconque. Mais elle est la première à se dégager.
Alors qu’elle est à hauteur de la rue du Buisson, elle entend klaxonner à l’arrière. Un coup d’œil dans le rétro lui fait apercevoir un véhicule la suivant d’assez loin (si tant est qu’on puisse dire qu’une longue distance est possible dans ce petit morceau de rue).
Engagée dans la rue du Buisson elle met son clignotant signifiant qu’elle va virer à gauche à l’entrée de la Buissonnière, en restant en ligne droite pour laisser le passage à gauche comme à droite. Une voiture arrivant de face, elle attend pour s’engager.
Ce qui suit est d’un grand comique dans le déroulement et la conclusion.
La voiture qui la suit la double à gauche (au risque de percuter la voiture arrivant de face et qui s’est arrêtée in extremis). Le chauffard suiveur stoppe son véhicule à cheval sur trottoir et pavé, devant l’entrée de la résidence
Alors… toute la circulation est interrompue… En pleine heure de pointe.
Un bonhomme sort du véhicule, s’avance en vitupérant et gesticulant comme un beau diable, vers la voiture de la dame qui lui ouvre la porte pour qu’il puisse s’exprimer librement et il hurle :
« A votre âge madame on ne boit plus et on ne conduit plus…
- Ah bien » répond-elle restant très calme, impénétrable, malgré son envie de rire...
Le bonhomme toujours gesticulant à hue et à dia, et de plus en plus érubescent, apostrophe une personne de la résidence et son fils, les prenant à témoins de l’objet de sa colère.
La dame au volant doit attendre la fin du discours de ce « vide-ordures », pour, le passage dégagé, réintégrer la résidence et se retrouver au calme. La circulation a repris son cours.
Qu’a-elle donc fait à ce pauvre homme ?
Mais depuis le temps qu’elle est vieille, il y a tellement de mauvais coucheurs de 45-50 ans environ, jaloux et comme lésés de la voir conduire aisément et qui lui en font voir et entendre de toutes les couleurs, qu’elle en a pris son parti. Et même, ça l’amuse.
Et aussi, si la même année, son assureur l’a priée de se charger périodiquement de la conduite de son fils unique au collège, c’est qu’il a éprouvé ses capacités de conductrice.
Raisonnable, elle s’abstiendra de conduire en certaines circonstances ; mais ce n’est pas un blanc-bec qui l’intimidera. Elle est demoiselle mais ce n’est pas une demi-portion
Août 2002
Pour circuler rue du Buisson, axe de circulation important, il faut vraiment y être obligé.
En Novembre 2001, il y avait tellement de véhicules garés de chaque côté de la rue que la dame s’est adressée à la police. Celle-ci a déclaré ne rien pouvoir faire… « Les élections vont avoir lieu (Présidentielles en Juin 2002), elles feront annuler toutes les contraventions… »
En Août 2002, la situation est toujours la même, agrémentée de travaux qui vont en s’éternisant. Il faut aussi reconnaître que les
« cantonniers » prennent plaisir à retarder la circulation. C’est un court moment pendant lequel ils ont le Pouvoir.
Pour conduire c’est vraiment coton. La partie la plus engorgée est celle qui part de la rue de l’abbé Bonpain jusqu’à la pharmacie Régnault, et aussi l’étranglement devant le super U, la pharmacie Bertrand, et enfin, juste avant le calvaire du Dieu de Marcq, devant le café-tabac ; même les « nonnes » y stationnent.
Un matin vers dix heures, la dame revient du labo de l’Avenue Emile Zola. Elle s’engage dans le couloir des travaux devant le super U pour regagner le Buisson. Un bus arrive de face et … il lui bloque le passage… Il n’est pas entré lui, dans le couloir des travaux…
Fatiguée de ces abus continuels de la part de ces fiers à bras, fatiguée tout court, la dame attend… Elle est dans son droit, le bus peut reculer de quelques centimètres.
Très vite c’est trop tard, les voitures se sont agglutinées de part et d’autre… Et les badauds sont légions sur les trottoirs
La dame sort de sa voiture et apostrophe sèchement mais en restant très polie, le conducteur. Il s’en fout, il a la force pour lui et personne ne fera remarquer qu’il n’est pas dans la légalité. La bonne femme, c’est une vieille et par définition, une enquiquineuse…
« Eh !… votre voiture… » s’écrie une dame sur le trottoir. Et la conductrice s’aperçoit que sa clio se barre toute seule… !!! Bientôt elle entrera en contact avec le bus... Ce serait trop drôle pour tout ce monde.
Alors, malgré sa vieillesse et ses ennuis, elle bondit rapidement, se retrouve assise au volant, bloque fortement le frein à main et la clio s’immobilise à quelques centimètres du bus.
Calmement, elle sort son agenda et prend note des coordonnées du bus. Le conducteur s’en émeut, il se trémousse un peu et ne semble plus être aussi fier de lui. Il est vrai que sur son pare-brise, la dame arbore l’auto-collant du Syndicat des Retraités de la Police.
C’est alors qu’un homme surgit de l’agence immobilière qui fait face à la scène. Il encourage le chauffard, puis se précipite sur la clio, « Vous êtes de la Buissonnière » hurle-t-il en direction de la dame.
Que vient faire là cette remarque ?
« Je la connais… Je la connais… Elle est dangereuse… » ajoute cet agent immobilier.
Et prestement il remet une carte au chauffeur du bus en l’assurant de son témoignage.
Toujours calmement et avec souplesse, la dame réinstallée devant son volant effectue habilement une marche arrière et se glisse dans un
« petit trou » en prenant bien soin de laisser le nez du véhicule pointé vers l’extérieur, afin de pouvoir dégager sans permettre aux voitures à l’arrière de la bloquer à leur tour.
Et voilà…
A l’intérieur ça bout… « Reste calme je t’en prie » s’implore-t-elle… Elle sait depuis qu’elle a vraiment pris de l’âge, qu’elle est dans la catégorie la plus défavorisée : celle des vieux et femme de surcroît… De plus, elle sait bien conduire. Elle accumule tous les handicaps.
Comme elle n’abandonne jamais une piste tant qu’elle n’en a pas découvert tous les paramètres, elle décide qu’un jour prochain elle ira « interviewer » ce bonhomme de l’immobilier qui dit « la connaître et l’estime dangereuse »
Et ce jour arrive, elle entre dans la boutique. L’associée la regarde, (elles ne se connaissent pas), son regard est neutre. Le bonhomme fait l’étonné. La dame s’avance, dit au bonhomme qu’elle vient faire sa connaissance afin d’être à égalité. Il s’agite un peu sur sa chaise. Elle s’assoit face à lui. Elle aimerait savoir dit-elle, pour quelle raison il peut l’affirmer dangereuse.
Elle ne répètera pas le long monologue qui s’ensuit, qu’elle essaye d’interrompre afin de placer son mot.
Et, il évoque alors, l’épisode du carrefour du Buisson…
Avec naturellement des précisions totalement erronées…
« Ah, s’écrie alors la dame, c’était donc vous ? »
Et oui, c’était lui…
« Il y a quelques années de cela précise la dame ». Non, pour lui c’est assez récent.
Faux, bien sûr.
« Et ajoute-t-il, tout le monde vous connaît dans le quartier… Vous entrez à la Buissonnière à toute vitesse, vous êtes pour tout le monde un danger public… Etc. Etc ». Quand enfin il semble marquer une pause, il repart de plus belle, le même discours, le même bafouillage d’un scénario ou il a été la victime d’une folle qui lui a coupé la route de façon inconsciente…
Elle attend très calme, un sourire aux lèvres, elle sait que ce calme, ce sourire, amènent chez l’autre l’envie de fulminer. Avec ce calme, ce regard, elle réussit toujours à provoquer cet état. Elle se le permet chaque fois que quelqu’un est de mauvaise foi à son encontre ou envers un tiers.
C’est dans ses petits souliers qu’il clame :
« Ca suffit, j’ai du travail moi
- Moi aussi, dit la dame.
Que je sois connue dans le quartier c’est normal, j’y suis née il y a 73 ans, près d’ici
Alors, c’était vous… !!
Et bien je peux vous dire monsieur, que vous êtes un parfait imbécile… »
OUH… le bonhomme auquel la bonne femme associée prête main forte, semble être fustigé dans sa dignité. Le ton hausse, des mots se distinguent : « Balabala, lieu privé, balabala, vous êtes, balabala, sortez, balabala, vous êtes, nous n’avons pas, sortez », qu’ils hurlent en même temps tous deux. Cacophonie totale.
En continuant de hurler, ils montrent la porte.
La dame a compris depuis longtemps mais elle savoure ces minutes. Elle a mouché ce pauvre type après avoir obtenu le renseignement désiré. Elle est contente. Elle s’avance vers la porte dignement.
Fière de son succès elle avance à son rythme ce qui n’est nullement du goût des deux zigotos. Il a bien un geste comme pour empoigner ou pousser la dame du plat de la main. Heureusement ce geste est resté à l’état velléitaire.
Elle sort…
Le monde de passants sur le trottoir et alentour qui a entendu les cris à l’intérieur de l’agence semble un peu étonné de voir sortir cette dame si calme, si sereine.
« Surtout, annonce-t-elle à une jeune dame, accompagnée du mari et de l’enfant, ne vieillissez pas. Et n’ayez jamais l’audace quand vous serez vieille comme moi, de continuer à conduire votre voiture avec facilité. La gent masculine à l’étroit dans sa tête, ne le supporte pas du tout. »
Le trio a ri.
La dame ne dira pas qu’en 99 revenant de Luchon et entamant la dernière portion, Limoges-Lille, elle est restée dans le sillage d’une voiture occupée par un couple plus jeune qu’elle, pendant 100 Kms. Puis, le conducteur s’est laissé volontairement dépasser et les 500 Kms avant Paris, il est resté derrière elle.
C’est dans une aire de repos après Paris, qu’elle a compris. Elle s’y était arrêtée pour se restaurer. Elle a vu la voiture arriver, le couple en descendre.
Et l’étrangère en s’avançant : « Chapeau, a dit mon mari, cette dame conduit très régulièrement et elle est du 59, nous allons la suivre. Vous comprenez, ajoute-t-elle, nous allons à Lens, notre fille vient de réussir ses examens, nous allons partager sa joie.
Et maintenant, j’espère que mon mari me permettra de conduire plus souvent… »
Peut-être…
CHARDON de LILLE

