mémoire de chardon

attirer l'attention sur ce qu'a réaisé une simple instit, une assistante sociale sans titre au cours de sa vie professionnelle et donner une idée de son point de vue sur la vie et aussi la poli-tique

lundi 5 mars 2007

[61] ¤ LES SANS ABRIS

POLI-TIQUE : LES SANS ABRI

Posté par gaby le 31/12/2006 13:11:36 (35 lectures)

Monsieur le Maire

J'ai trouvé un emplacement idéal pour planter les tentes des SDF sur "votre territoire": LES TERRE-PLEINS le long des avenues FOCH et CLEMENCEAU. entre les rangées d'arbres, à proximité des "abris" des nantis; à l'abri du vent, ils bénéficieraient en même temps du surplus de la table de leur voisinage.
Aucun travaux à réaliser pour cela, Monsieur le Maire. Tout bénéf.

Souvenez-vous, c'était l'hiver. Un de nos amis s'en est allé, mort de froid sous sa tente, il y a deux ans. sur le territoire de Marcq.

Il n'a pas eu les honneurs du journal de "votre" commune... C'est dommage...

"Votre" journal, ne pourrait-il perdre de son glacis. Un peu d'économie au profit des SDF et autres pauvres de Marcq, serait bienvenu. Et ce serait toujours "Images de Marcq"

Il y a beaucoup de nantis à Marcq. Ils ont pignon et pognon sur rue. Il y a beaucoup de pauvres aussi, ils sillonnent les rues, parfois ils rasent les murs pour se protéger du froid, ils n'ont ni pignon, ni pognon sur rue, tous ceux-là.

Je connais ce monde, j'ai été un temps instit à Notre-Dame des Victoires dans la classe populaire.



CHARDON DE LILLE

Posté par gaby_djebelle à 21:33 - ET OUI... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


[28] ¤ TELLEMENT SEULES

EH OUI... : TELLEMENT SEULES...

Posté par gaby le 17/5/2006 12:11:03 (38 lectures)

TELLEMENT SEULES...

Elles étaient là, la mère, 40 ans, la fille16..

Elles avaient demandé à me rencontrer

Elles étaient là assises devant moi, tassées lourdement sur leur chaise, empêtrées dans une gêne immensément douloureuse, elles semblaient vouloir cesser de vivre.

Tout était gris cendre en elles : leur allure, ombre sur ombre, la tristesse de leurs vêtements, leur visage plongé dans l’affliction.
Je n’eus pas été étonnée qu’elles s’effacent en disparaissant lentement à travers mur.

Lorsqu’avec un mouvement d’avancée du corps et de la main tendue vers moi, paume ouverte, geste de celui qui va prendre la parole, les yeux commençant à vibrer, la mère semblait prête à communiquer ce qu’elles étaient venues porter jusqu’à moi, elle retombait aussitôt, épaule basse, inerte, coincée, terriblement souffrante

Je savais à peu près ce qu’elles voulaient me formuler. C’était à la fois précis et flou chez elles. Ceux qui n’ont jamais vécu de telles situations, ne comprendront pas qu’il est possible à la fois de savoir et d’ignorer. Et moi en fait, je connaissais le point de départ.

Ce qu’elles taisaient vraiment était lourd, très lourd…Ca pesait tellement sur leur cœur, qu’elles respiraient par à coups, presque au même rythme… Juste un peu d’air de temps en temps, simplement pour empêcher l’arrêt total.

Je sentais qu’il fallait que je sois forte pour trois.

Ca avait commencé deux, trois mois plus tôt. AS au service Prévention à Paris, un imprimé administratif de la CAF, rédigé et envoyé par un fonctionnaire, m’annonçait que la jeune mineure était enceinte. La déclaration venait de la S. Sociale.

Je n’ai pas encore compris comment cela pouvait se produire, comment cela avait pu arriver jusqu’à moi sans savoir qui j’étais.. Qui a lâché le morceau, en « lâchant » aussi ses responsabilités et pourquoi ce qui est très confidentiel peut devenir banalement public

A mes propositions de rencontre à domicile, la mère avait préféré se présenter au service avec sa fille. Peut-être avaient-elles à cacher une grande pauvreté.

Au cours des précédents entretiens, la mère seule prenait la parole, toujours sur la défensive, la petite restait muette. J’aurais pu demander à la mère de me laisser seule avec sa fille quelques instants, non, ça n’aurait engendré que souffrance, peur et méfiance chez elles

La mère par ses réponses claires mais teintées d‘agressivité me portait à croire qu‘il y avait eu erreur. J‘avais abordé le sujet sans être affirmative:
« Croyez-vous être enceinte ? » Naturellement je m’adressais à la jeune fille.
Toutes les deux avaient réagi, indignées, offusquées, irritées, blessées, paroles traduites par la mère seule. Qui avait osé monter un tel calembour ?

Elles s’étaient préparées à ce premier entretien, elles arrivaient à faire front..

Non, la jeune fille n’était pas enceinte, elle avait eu quelques problèmes de règles, j’étais prête à la croire et j’aurais aimé écraser celles qui avaient tenu de telles affirmations. Mais…Les papiers administratifs étaient affirmatifs et sans bavure. J’ai essayé de faire mon travail d’assistance sociale, pas de flic.
Certains travailleurs sociaux, croyant bien faire, voulant à toutes fins et par tous les moyens leur faire cracher le morceau, auraient lancé papiers en mains: « J’ai la preuve… » Et se montrant indignée: « Enfin,… la vérité avant tout. On ne trompe pas impunément une assistante sociale « qui a le pouvoir, qui sait, qui décide »

Il y eut plusieurs entretiens apparemment banals. La mère faisait vivre sa fille par des ménages. La jeune ne reprendrait pas les études, il était clair que comme sa mère, elle s‘engagerait dans la même voie.

Je ne leur parlais jamais de leur logement, à Paris c‘était souvent mini surface et je n‘étais pas la DASS: le volume d‘air, le lit, la chambre, la propreté, étaient exigés en ne tenant pas compte des facteurs humains nécessaires à l‘épanouissement des enfants.. Elles ne souhaitaient pas que je sache, je leur reconnaissais ce droit. Le ton était devenu plus simple.

Et ce jour là, j‘ai compris tout de suite qu‘elles avaient à me dire quelque chose de différent, d‘important, leur vie future en dépendait.

Je me suis intérieurement fait toute petite, humble, je les ai encouragées par mon regard, je crois que je peux dire que je les ai enveloppées d’amour.

Et voilà :
«  on voulait vous dire… (c’est très dur à sortir, laissons la respirer) ma fille et moi nous voulions vous dire »… (nouvel arrêt)..
La mère est prise de sanglots, la jeune aussi. J’attends un peu que le soulagement par les larmes fasse effet. Puis :
« Vous vouliez me dire » légèrement interrogatif.
«  C’est vrai, ma fille a été enceinte… » lâché d’un seul trait.

(Je reste à la fois très attentive et neutre. Il ne faut pas interrompre le discours.)

« C’était au collège, un fils de riche. Ce qu’on a entendu !!!: Ma fille voulait mettre le grappin sur un innocent pour l‘argent et beaucoup d’autres propos aussi méchants. Aller à la police ? Pourquoi faire ? (Oui madame, elle ne vous aurait pas crues, face à vous c’était le pouvoir par l’argent) Alors…(les sanglots reprennent) j’ai dé…cidé de… faire avorter ma fille. Je ne veux pas qu’elle connaisse ce que j’ai connu moi, je… l’ai… élevée…( les sanglots secouent) …sans père, aussi… lâche et riche… que le jeune du collège; C’est trop dur…

C’est… avec une aiguille à tricoter que j’ai fait… »

Elle me regarde intensément comme pour me demander de ne pas l‘obliger à me donner des précisions. Je me sens toute froide, je retiens mon émotion. Je me dois d’être forte. Les sanglots ont repris chez elles.

Enfin la mère reprend :« Elle a eu de la chance, pas de complication, nous avons tout brûlé

Aussi quand vous nous avez écrit, même si je me serais accusée pour protéger ma fille, nous voulions éviter de dire ce qui s’était réellement passé. Parce que la loi ne tient pas compte de tout ( Oui madame, vous auriez payé pour les vrais coupables)

Les pleurs cessants, je peux les rassurer, leur dire que maintenant c’est bien fini cet épisode, je peux poser les questions nécessaires sur la santé de la jeune, sur son avenir, voir avec elles toutes les possibilités qui permettront à cette « encore enfant »  de se retrouver dans un cycle d’ études.

Elles sont délivrées.

Quand enfin je peux « les libérer tout à fait », je les invite à me faire appel si nécessaire.

« Mademoiselle, nous tenons à vous remercier, nous sentions que nous pouvions avoir confiance en vous, merci.
- Oui, merci » ajoute la jeune fille.
Ce sont de vrais « merci »  qui font courir un éclair de froid le long de l’épine dorsale.

Elles sont reparties, davantage solides sur leurs jambes, le cœur rasséréné.

Déjà, ce n’était plus des ombres.

Je ne les ai jamais revues.



CHARDON

Posté par gaby_djebelle à 15:55 - ET OUI... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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