lundi 5 mars 2007
[44] ¤ C'ETAIT HIER : TRES CHERES SOEURS DE L'ENFANT JESUS
C'ETAIT HIER : TRES CHERES SOEURS DE L'ENFANT JESUS
Posté par gaby le 16/8/2006 19:09:56 (47 lectures)
C'ETAiT HIER
Je suis une solitaire. J’aime la solitude et j’en ai besoin. C’est de cette façon que je me ressource. Je regroupe mes forces et voilà c’est reparti ;
Il y a un état de solitude qui m’a parfois pesé. Encore maintenant je peux le ressentir en certaines circonstances. C’est la solitude dans laquelle vous enferment certains, ceux-là même qui pourraient vous donner un encouragement, se ranger à vos côtés.
Il n’est pas question d’étendre à toutes les religieuses de cette congrégation, mon regard et mon témoignage sur le prof cité ci-dessous. Plusieurs profs furent extras, principalement Sœur St Gérard.
A Sainte Claire en 3ème.
La chère sœur prof principale de cette classe, avait été mon prof de langue allemande depuis la 6e. C’était la guerre et l’occupation, je n’ai retenu de cette langue que : der, die, das et je ne sais même plus traduire. Elle avait voulu faire de moi son chouchou à mon arrivée. Je ne pouvais l’accepter. Je suis née un 4 Août : « Abolition des privilèges en 1789 » il m’en est resté quelque chose. La sœur a fait les frais de ses avances, et je dénonçais aussi régulièrement ses impairs, alors, elle ne pouvait plus me supporter. J’étais très souvent punie et bien souvent pour les autres parce que le mal ne pouvait venir que de moi.
Les années précédentes, j’avais été bien insérée parmi les camarades. Ma petite taille ne m’empêchait pas de tenir une grande place. J’étais entre autre une sorte de Roi Salomon, les copines comptaient sur moi pour régler leurs différends sous l’unique arbre de la cour ou dans tout autre coin.
Cette année de troisième, je reprenais l’école après presque un an d’absence ; il m’avait fallu soigner l’abcès froid que je m’étais fabriqué après avoir perdu mon amie. Et j’étais très souvent avec cette chère sœur qui m’aimait tant, « chère sœur Ste Marie-Dominique, (fêté le 4 Août en ce temps-là !!!)
Je n’allais pas bien. Les larmes étaient souvent « à fleur d’yeux ». Naturellement j’étais assez fière et je me maîtrisais parfaitement, alors, je ne laissais pas couler. Je m’écartais des camarades et pour répondre à la gentillesse de la ch h è è re sœur je ne rendais pas mes devoirs, je refusais de réciter mes leçons. Les zéros fleurissaient partout.
Je m’en fichais, je signais moi-même mes bulletins.
Il y avait trois têtes de classe imbattables. J’arrivais bien après elles, sauf en dessin et en composition française. Dans cette matière, j’avais presque toujours la première place. Ne me parlez pas des dissertations : nulle j’étais.
Je me souviens surtout d’un jour de « composition française » inhabituelle puisque c’était la composition servant au classement de la semaine. Il fallait faire vivre un homme qui parvenait à la gloire publique. Sous ma plume un homme s’endormait, c’était son rêve qui traitait le sujet et sous les applaudissements de la foule, il se réveillait.
Nous nous sommes mises au travail. A onze heures trente, personne n’avait terminé cet écrit. Magnanime, la chère sœur a déclaré que nous le finirions l’après-midi.
Parce que la cantine revenait trop cher, je rentrais déjeuner chez moi le midi ; il me fallait aller chercher le Mongy de la rue des Augustins à la grand place, arrêt St Maur et faire encore dix minutes à pied pour atteindre la maison. Au total une demi- heure de route puis le repas et le retour à l’école pour treize heures trente.
Toutes nous terminons ce travail cette après-midi là. Et je suis très contente de moi, je sais que j’ai fait un bon devoir.
Le jour de remise des notes, je suis impatiente. J’entends : « 1ère : une telle, 2ème : une telle, 3ème… Etc ».
Très vite je comprends. L’année précédente j’avais triché lors d’une interrogation, de concertation avec quelques copines, dont une des trois têtes de classe. L’affaire avait été préméditée. Je m’étais bien promis de ne pas recommencer, c’est trop difficile de tricher.
Trahies par une des têtes de classe, (elle était guide, scoute, elle faisait sa BA), nous avons eu droit à un sermon et à une punition. D’accord, j’étais tout à fait d’accord, j’étais coupable.. L’affaire avait couru dans l’établissement.
La tête de classe que la France entière connaît depuis Giscard et qui avait participé à la triche, n’a pas été nommée par celle qui nous a trahies. Nous les punies à juste titre nous n’avons pas cafté, nous avons notre code d’honneur, différend de celui des têtes de classe…
Le jour précité, je devine que je n’ai aucune place dans le classement, « je suis une tricheuse ».
La liste terminée, la chère sœur d’une voix tonitruante déclare :
« Marielle CAULIER levez-vous »
Je m’exécute. Dans le silence sépulcral, elle promène son regard alentour, satisfaite de l’effet de ses paroles.
« Votre devoir est de loin le meilleur. Il ne peut venir de vous et comme vous êtes retournée chez vous le midi, ce devoir est le résultat d’une copie ou alors quelqu’un vous a aidée. Je vous mets donc zéro. »
Un de plus…"
Ce jour- là, sans haine, sans colère, avec un zeste de mépris, pas mal d’ironie, un sourire amusé aux lèvres, l’air de dire : « J’en ai rien à foutre de tes salades (Je ne parlais pas encore comme cela à l’époque, maman ne l’eût pas toléré), tu dis bien que mon devoir est de loin le meilleur, ça me suffit », j’ai bien dominé la « Chère sœur » en ne la quittant pas des yeux. Elle supportait toujours très mal mon regard, je la dominais réellement, c’était ma force…
Je n’ai rien dit…Marielle Caulier s’est rassise.
Et c’est là qu’intervient la solitude… La moche…Celle qui apporte de l’amertume… Les copines… Aucune ne m’a parlé de l’évènement. C’était comme s’il ne s’était rien passé. Bien sûr, je crois qu’à ce moment là je n’étais pas facilement abordable mais elles me connaissaient, elles savaient qu’en composition française je tenais le haut du panier et elles n’ignoraient pas la distance qui me séparait de la maison.
J’ai eu une revanche éclatante.
Déjà chaque jour, la « chère sœur » m’interrogeait sur presque chaque leçon avec un air de satisfaction non dissimulé. La bêtise peut être l’apanage d’un prof qui se sent dépassé par une élève. Je me levais, je la fixais sans exagération de mon regard direct et doux, intérieurement je me fichais d’elle et je me taisais. Elle annonçait alors le zéro mais je savais que j’avais gagné.
Un samedi matin elle doit s’absenter, je dois reconnaître que c’était tout à fait inhabituel, Nous ne restions jamais seules. Elle décide après tout un discours grandiloquent pour nous appeler au calme pendant son absence, nous amener à nous sentir responsables etc… de poser interrogation écrite.
La leçon du jour portait sur l’oreille. Je ne récitais pas mes leçons mais je les apprenais. Je ne rendais pas mes devoirs mais je voyais certaines de mes notes sur le cahier des copines, en dessin par ex . Je savais parfaitement la leçon sur l’oreille ; le marteau, l’enclume n’avaient plus de secret pour moi. J’ai décidé de tout écrire d’un seul trait.
Ma voisine, Françoise Lesaffre, très chouette et simple, n’avait pas ouvert son livre. A sa demande je l’ai laissé copier mon travail et toutes pouvaient s’en apercevoir.
Le lundi matin, de la même voix tonitruante, la « chère sœur » me somme de me lever et me prie de lui réciter cette leçon. Je me suis exécutée d’une voix très claire. Tout y a passé. Elle aurait aimé m’arrêter, je ne lui ai fait grâce d’aucun détail. Quand ce fût terminé, elle n’a fait aucun commentaire. Je pense que les élèves ont compris. Mais elles ne m’en ont jamais parlé… Pourquoi ?
Ensuite, les zéros ont continué. Ca n’a pas empêché la chère sœur de me donner ses crayons à tailler, d’après la classe j’étais celle qui arrivait le mieux à faire la mine très pointue…
Pourquoi les trois têtes de classe se sont-elles tellement souvenu de moi des années après ? L’une d’elle a recherché mon amitié pour mieux me trahir ensuite et j’ai été amenée à rencontrer les deux autres. Je n’y ai pas donné suite.
Si j’avais eu des enfants, j’aurais d’abord fait connaissance avec leurs profs
Partout où je suis passée, j’ai été déclarée : « indisciplinée », il y eut d’autres adjectifs émanants de Sœur Marie-Dominique, (nique..nique dit la chanson) . Elle me disait « hypocrite et sournoise !!! »
Je peux vous affirmer que j’ai toujours obéi aux ordres intelligents émanants de qui que ce soit.
Mais il est vrai que je n’ai jamais répondu aux caprices des abus de pouvoir injustes, du genre : vouloir m’obliger à traverser la ville de Lille, en prenant le mongy payable en surplus le dimanche, pour assister à la messe à l’église St Maurice à Lille centre, d’où punition supplémentaire, j’assumais. Mes parents n’en ont rien su. Ils avaient tellement de soucis avec la guerre et l’argent était rare.
Un lundi, nous étions trois à ne pas avoir répondu à l’ordre, nous avons été réparties dans trois classes différentes avec un devoir de réflexion à réaliser avant le retour en classe. Nous nous sommes juré de n’en rien faire.
A 10 h, une avait déjà rendu le devoir, à midi, la seconde a fait de même.
Quant à moi, je n’ai jamais rien rendu, les sœurs ont calé, j’ai réintégré ma classe et je n’aurais pas cédé, la punition était injuste et, comment pouvaient-t-elles justifier une telle prise de position, il n’était pas dans le contrat scolaire d’assister à la messe le dimanche. J'y allais dans ma paroisse.
Souvenir, souvenir.
J’adorais la littérature, et il nous fut donné d’assister à deux ou trois reprises à des spectacles de qualité, au théâtre Sébastopol, en matinée le jeudi à la première : « Le bourgeois gentilhomme, Le malade imaginaire » et d’autres. Hum… Je n’avais jamais mis les pieds dans un théâtre…
Notre cours de littérature avait lieu le samedi après-midi, A tour de rôle, nous incarnions tel personnage, j’oubliais alors toutes mes rancoeurs envers l’adorable chère sœur dominique, nique, nique, je me prêtais totalement à la situation, je crois même que la chère sœur me donnait la parole plus souvent que prévu.
Ouais… Le B E approche, déjà les cours sur les matières principales sont renforcés, alors…, la chère sœur décide de ME sucrer de MON cours de littérature et le remplace par une dictée.
Une fois, deux fois, oui « c’est pour notre bien », je pense aussi que le quota de succès est très important pour le moral des chères sœurs et pour la renommée de l’école, mais j’en ai rien à foutre (pardonnez-moi oreilles sensibles), les zéros accumulés tout au long de l’année ont fait prendre aux très chères sœurs la décision de ne pas me présenter à l’examen.
C’est donc en candidate libre que j’irai affronter les épreuves.
Un samedi après-midi, j’attends fébrilement « le sucre d’orge » de fin de semaine… Et non, DICTEE…
Aussi je mets tout de suite en action la décision prise de concert avec moi-même.
Je baille… Je baille à m’en décrocher les mâchoires (j’avais répété dans le secret de ma chambre devant une glace, pour faire vrai ce qui n'est pas facile)
Et voilà… Ce sont d’abord les proches voisines qui sont atteintes mais c’est un mal qui gagne facilement du terrain, très amusant à observer, « Il court il court le furet »
Et Youpi, la très chère sœur dominique, nique, nique, se laisse prendre au jeu; devant toute la classe elle ne peut se retenir même si d’un geste de la main, elle essaye de juguler le mal.
Wouahhh. J’ai gagné mon pari. Toute la classe a baillé.
Les bonnes farces ne doivent pas durer trop longtemps, et puis c’est fatigant de bailler sans arrêt. La classe a donc retrouvé son calme. Toujours grâce à moi…
Le B.E, je l’ai eu mais à la seconde session de septembre, pas à cause des zéros mais de mon émotivité.
Les chères sœurs l’ont ajouté à leur quota. C’est de la triche, non ?
Un petit bond dans l’espace.
Certaines « Très Chères Sœurs de l’enfant Jésus » = TCSEJ, nous enseignent pas mal de choses pas mal, mais oublient le principal. Elles ignorent tout du respect des autres, pratiquent l’abus de pouvoir et sont d’une intolérance extrême à l’égard de certaines élèves et l’Amour n’est que luxure, C’est l’époque…
L’élève de 3ème qui fait route en compagnie de son cousin, elle a hélas beaucoup de cousins, est renvoyée à cause de la conduite avec ses cousins…Et dans le même temps, ces « Très Ch.. etc. » nous font apprendre « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre »… Et qui dit qu’elle a péché ? Et la nature alors ? Il est vrai que les « TCS » de l’Enfant Jésus, en même temps que ses fiancées !!! (Le pôvre) sont hors normes.
Puis ce jour au cours duquel ma classe pendant une alerte, gagne le sous-sol, l’abri habituel étant trop éloigné.
Le réfectoire et la cuisine sont parfaitement étayés contre les bombardements. Nous voilà défilant dans ce réfectoire, devant la table déjà dressée pour le prochain repas. Dans les corbeilles DU PAIN BLANC MOELLEUX… !!! De l’autre aussi, caoutchouteux, celui qui nous est vendu par le boulanger…
Alors, nous les élèves, du fond de nos entrailles jaillit un cri… tempéré d’admiration… Après l’alerte, remontées en classe, ce fut le bombardement.
La TCSDEJ, outrée, nous sert un laïus en s’empêtrant dans les définitions. Le pain blanc devient la pénitence des estomacs délicats ??? Ouille, ce jour-là nous sommes gratinées, « Ingrates, curieuses, mal élevées » etc.
J’aurais et de loin préféré la pénitence du pain blanc.
Heureusement, je n’ai pas « froqué » pour l’habit de bonne sœur comme j’en avais l’intention à 8 ans, alors je n’ai pas eu à défroquer.
CHARDON de LILLE
[43] ET PUIS UN JOUR,J'AI ETE INSTIT
D'ACTUALITE : ET PUIS UN JOUR,J'AI ETE INSTIT
Posté par gaby le 7/8/2006 12:48:33 (43 lectures)
OZANAM
Je suis prête à reprendre le travail mais le Chanoine Froidure, refuse de me nommer à St Joachim, où un poste va être libéré, justement le CE1 et le CE2.
C’est mon quartier, ma paroisse, tous les gosses me connaissent, je leur ai fait le patro et les familles connaissent bien la mienne.
Le Chanoine ne souhaite pas que je sois trop près du curé, il connaît tout des péripéties qui ont précédées et décidées de mon départ au Cameroun, la cure jouxte l‘école. Au cours d’une rencontre souhaitée de sa part, il m’a révélé que l’abbé Catteau, la demi-portion comme je l’appelais, l’avait prié de la part du curé de me mettre à la porte de l’enseignement libre.
(Tiens, celle-là, je ne l’ai encore racontée à personne. Je n’étais pas bavarde quand j’étais jeune).
Le Chanoine Froidure a regretté qu’il y ait tant de remous à partir de ma personne dans la paroisse, a souligné que pour l’enseignement j’étais une bonne recrue, et qu’aucun évènement déplaisant ne jalonnait ma carrière. Il estimait ne pas avoir à entrer dans les conflits paroissiaux, il ne pouvait donc accéder à la requête du curé Tout ceci dit quand même sur un air de sermon.
Je ne me sentais nullement coupable, je n’ai rien dit.
J’attends un poste.
En attendant, je donne un air de neuf à la maison, je badigeonne d’un crépi spécial, tout le vestibule du rdc au second étage, je ne me souviens plus comment je procédais pour arriver aux coins les plus inaccessibles. Je trace des raies avec le doigt guidé par une règle dans le crépi encore frais, mon œil me guide dans la construction de figures géométriques; Ensuite je colorerai de tons pastels différents, chaque figure. L’ensemble est ravissant. C’est du boulot. Le crépi était mis à l’éponge, à la main.
A même le mur du second étage, s’étale la carte du monde En crépi comme le reste. J’y pointe le Cameroun, par la suite je ferai de même pour tous les pays où je compte passer une paire d’années.
J’attends un poste…
Le Chanoine souhaite que je devienne Directrice de l’école Ste Anne ou de N.D. des Victoires à la rentrée de Septembre 57. A cette demande je réponds qu’il me vieillit de 20 ans et que je ne souhaite pas être directrice.
Cette proposition venant du Grand Directeur de l’enseignement libre du Nord a fait pâlir d’envie et de jalousie mon beauf, directeur de l’école de Bausieux, à la campagne. Il était dans l’enseignement depuis au moins 20 ans et les postes urbains ne lui étaient pas proposés. J’étais à peine en fonction depuis 5 ans dont 3 sur Lille et deux postes de ville m’étaient offerts, au choix. Et je refusais…
Cependant avant cette longue attente, dès mon retour du Cameroun en début Juin, le Chanoine me sollicite pour remplacer Mademoiselle Lechevalier qui déjà souffrante, s’est fracturé un bras. C’est l’époque de la préparation au certificat d’études de ses élèves Plusieurs instits, à la demande de Mr Froidure sont passées avant moi pour assurer le remplacement;toutes ont démissionné devant l’attitude de Melle Lechevalier, exigeante, terrible, qui éprouvait le besoin de tout contrôler.
Alors le Chanoine en ne me cachant rien m’a demandé d’essayer le remplacement, je la connaissais, elle m’estimait disait-il, oui, il savait tout cela, j’ai accepté.
Et … tout s’est déroulé comme sur des roulettes, elle m’a laissé une sacrée liberté. Il lui arrivait de passer, elle venait dire bonjour à sa classe, elle constatait que les élèves travaillaient dur. Dès mon arrivée, elle a été rassurée et m’a fichu une paix royale.
Elle a ensuite, été hospitalisée à la Charité, en salle commune. Le salaire d’une directrice de l’enseignement libre, normalienne et en fin de parcours, ne lui permettait pas l’entrée en clinique privée.
Je suis allée lui rendre visite à vélo, beaucoup plus rapide que les transports en commun, je me suis vu refuser l’entrée, ce n’était pas l’heure des visites mais je n’étais pas libre à ces heures.
Aussi, j’ai verrouillé mon vélo pas loin de l’entrée et, comme la personne qui surveillait les passages, se trouvait en hauteur dans une guérite, en me baissant j‘ai rasée la guérite, je suis passée sans encombre. J’ai renouvelé chaque fois que nécessaire.
L’attente d’un poste continuait . Peut-être que le chanoine pensait m’avoir à l’usure.
A aucun moment dans ma vie professionnelle il ne m’a été demandé de montrer mes diplômes même pas pour les postes d’assistante sociale… même pas à Alger. D’ailleurs, je n’avais pas été chercher ce diplôme à la Cité Administrative, je n’avais qu’une attestation et, au retour d’Alger, je m’étais fait voler bêtement tous mes papiers à la gare du Nord, sous mes yeux et ceux du préposé à la consigne. C’est des années plus tard, que je réclamerai ce diplôme.
« Introuvable »dans les bureaux de la DASS.
Quand je le récupèrerai des années après, (faut quand même laisser des traces de son passé à ses descendants, même inexistants) ce sera une espèce de torchon qui donne l’impression d’avoir servi à de multiples usages. Mais c’est mon diplôme, il porte mon nom.
L’attente continue.
C’est Monsieur Nominé, un être charmant, (il a trois petits , il sert dans le quartier de relais sécu avec sa femme tout aussi attentionnée que lui), qui est venu m’avertir qu’à Ozanam, un poste CE1-CE2 était libre.
Ce fut vite fait. Une entrevue et je suis acceptée.
ME VOICI A OZANAM
Il n’y a pratiquement que des curés et deux jeunes femmes, profs de 8ème déjà ancienne dans l’établissement et celle de 11ème, bien plus jeune que la précédente. D’emblée, je ne plais pas au Prof de 8ème.
J’ai 35 élèves. En 8ème il y en a 20, en 11ème 11. A moi seule j’ai plus que les deux classes réunies.
De la cour au rez de chaussée, un escalier en fer nous mène à la classe. Bien glissant cet escalier surtout par temps de pluie, de neige.
Dés mon entrée en fonction au sujet de cet escalier, j’applique la méthode de maman, un petit discours: « Celui qui tombera de cet escalier, sera sévèrement puni » Aucun enfant ne fera de chute. Je démarre en tête pour la descente, je reste en queue pour la montée.
Pendant la quinzaine nécessaire pour l’acclimatation, les élèves essaieront toutes leurs astuces. J’ai été élève moi aussi. Je reste ferme, vigilante, et cool. J’ai la chance d’avoir une autorité naturelle.
A la fin de ce temps, les élèves ont compris qu’ils n’avaient aucun intérêt à faire des singeries Et nous sommes entrés dans l’ère de la relation « chaleureuse » Je faisais de mon mieux pour leur faire acquérir des connaissances, ils faisaient de leur mieux pour les intégrer. Ca se passait dans un climat de confiance.
Il suffisait au jeune Jean-Pierre, de traverser la rue pour regagner sa maison, face à l'école. Sa maman m’a croisée un jour à la sortie et m’a confié combien son petit bonhomme, jusqu’alors toujours avec des instit femmes, était déçu au début de l’année scolaire, en apprenant que ce serait encore une femme qui enseignerait. Peu de temps après la reprise des cours, il se montrait très volubile en parlant de moi et n’exprimait plus aucun regret sur le sexe du prof.
Chaque soir, je préparais les cours du lendemain et « j’apprenais mes leçons » afin de répondre valablement à toutes questions. Quand je ne connaissais pas la réponse, je disais honnêtement la vérité à l’élève en lui assurant qu’il aurait cette réponse le lendemain.
Il y avait les temps d’enseignement ou le calme total était de rigueur et ceux où un léger brouhaha était de mise, un léger brouhaha, à l’étude par ex., ceux là qui avaient terminé leur travail, avaient le droit d’aider le voisin moins fortiche, aider, par faire à la place de; il avait aussi deux autres possibilités. Deux petits tableaux étaient recouverts d’une feuille de papier blanc, et des pots de peinture de toutes les couleurs, chacun avec son pinceau, s’alignaient sur le rebord de la plinthe du mur, chacun pouvait venir s’exprimer en toute liberté,
Enfin, et là je ne suis pas très fière de moi, je leur prêtais mon appareil de pyrogravure, pas les actuels dont on a réduit la poussée de chauffe, un ancien dont la pointe chauffait à blanc. J’avais averti les élèves que si un seul se brûlait ou « faisait sauter les plombs » de l’établissement, l’appareil disparaîtrait; Il n’y eut jamais aucun incident. C’est bien après que j’ai réalisé combien j’avais été tellement imprudente. Cet appareil pouvait causer de véritables dégâts avec des enfants aussi jeunes.
Et pendant ce temps d’études, j’avais la liberté de faire certains travaux avec ceux qui rencontraient des difficultés.
Un jour, j’en ai oublié la raison, j’ai donné une gifle à Patrick, un gentil garçon joufflu. C’était ma première gifle et je n’en avais jamais eu l’habitude en aucun lieu.
Le midi, alors que je tiens l’étude des internes de deux classes, la mère arrive, courroucée, elle voudrait que je m’explique mais je la prie de revenir à un autre moment, je ne peux quitter l‘étude. Elle part en grommelant.
Le soir à la sortie, c’est le père qui se montre. Nous nous expliquons et je reconnais que j’ai eu un geste de vivacité dépassé, j’espère bien que ça ne se renouvellera pas. Le visage du père s’éclaire au fur et mesure de mes explications, finalement, après avoir discuté un bon moment sur Patrick et ses possibilités, le père complètement rassuré sur mes intentions envers son enfant, me quitte, la mine très réjouie.
Je me demande seulement comment il a raconté l’entrevue à sa femme, comment elle l’a prise s’il lui a dit comment les choses s’étaient passées réellement, tellement simplement entre lui et moi.
Ah les femmes !!!
Maintenant avec plus d’expérience, je sais pourquoi Patrick était rebondi de partout, sa mère le couvait trop mais c’était un gosse charmant et le père était solide, Patrick a dû s’en sortir.
Il y aura un léger incident entre Patrick et Michel, le fils d’un peintre du quartier: « M’dame, me dit Patrick en pleurs, y me traite de gros lard »
Je me tourne vers Michel, épaisseur fil de fer et en le toisant : « Ca va épénoch » ( en pur français : épinoche, petit poisson) que je lui lance. Et le gamin éclate en sanglots… sans même savoir ce que veux dire « épinoche »
Oh! Ces gosses…
Assez vite, un môme estime qu’il a du retard en français et sollicite de sa mère que je lui donne des cours supplémentaires. Oui, il y aura beaucoup de demandes pour des heures sup Je n’étais nullement dupe, ces enfants avaient seulement envie d’être un peu plus avec moi.
Aux récréations, la prof de 8éme, debout, bras croisés, tout en surveillant sérieusement la cour, devisait avec celle de 11ème, plus jeune et qui n’aurait pas osé venir se joindre à moi. La cour était grande, leurs portes, situées à l’autre bout de la mienne. Mes tentatives pour un réchauffement relationnel, se sont soldées par un échec, « On » m’ignorait.
Très vite, j’ai joué avec mes élèves en récréation. Ca évitait les conflits dans les coins, chacun avait son mot à dire sur le choix des jeux, il pouvait y avoir scission entre deux groupes, chacun son jeu, à condition qu’il n’y ait pas d’éclat.
Très vite, j’ai étouffé dans cette cour, spacieuse cependant mais où les jeux de ballon étaient interdits rapport aux carreaux.
Il y a bien eu l’hiver, au cours duquel la course à pied, avec ou sans relais, tenait une certaine place, les glissades, sur le sol gelé de ces superbes années, celles ou l’hiver était l’hiver, je me souviens avoir détaché mon grand cache-nez tricoté main et les mômes s’y sont accrochés pour se faire tirer, j’étais solide, c’était le tour de 4-5 à la fois et, alors que je levais le nez, je me suis aperçue l’espace d’un instant que ces messieurs les profs curés, étaient aux fenêtres du 1er étage et contemplaient la scène. J’ai continué. Je devais mettre un peu de rose dans la grisaille de leur vie de célibataires endurcis de force, mais qui pouvaient compter sur la bonne place au paradis.
« Les voies de l‘éternel sont impénétrables ».
Un jour que, pour des raisons logiques, toute l’école et le colllège se retrouvaient dans la cour de récréation à la même heure, un grand du collège technique a eu l’idée d’intercepter la balle de mes petits. Après quelques tentatives de mes élèves pour récupérer leur balle et les aînés s’en donnaient à cœur joie, j’ai demandé à mes élèves de rester à leur place et sans avancer d’un pas, je me suis adressée au groupe des grands, à celui qui détenait la balle : « Venez me remettre cette balle » . Je n’ai pas bougé d’un pouce, j’ai attendu, j’ai vu les visages interrogateurs et l’élève apostrophé est venu me remettre la balle dans les mains sans que je me répète. Je dois avoir l’air terrible dans ces moments là.
Au bout de la cour existait un grand espace, livré aux herbes folles en partie, j’ai obtenu la permission de vivre les récréations dans cet espace avec mes élèves. Alors, là, nous pouvions nous éclater. La seule condition exigée de moi, : « Dès le premier coup de cloche annonçant la fin de la récréation, tous devaient courir se mettre en rang à la place habituelle, le retard n’eut pas été admis et aurait remis en cause l’occupation éloignée de cet espace. Rentrés en classe, prière récitée et déjà au travail, nous voyions défiler derrière nos vitres, les élèves de 6ème dont la classe jouxtait la nôtre.
Ils étaient tenus en respect par Mr Nominé, leur prof principal. Tout se passait dans le calme. Les autres prof se succédaient sans incident. Sauf… le petit curé, chargé de l’instruction religieuse. C’était alors le chahut total, pauvre petit curé, il n’était pas à l’aise dans ses baskets qui n’existaient pas à cette époque. Une simple porte séparait les deux classes.
Nous étions tellement dérangés par ce chahut, que j’ai mis mes élèves dans le coup pour l’action que j’allais entreprendre. Je leur donnais à tous du travail écrit, j’ouvrais la porte, aussitôt le calme se faisait en 6ème, je restais debout, bras croisés, entre les deux classes, sans dire un seul mot. Le petit curé pouvait faire son cours, en bafouillant par timidité, mes élèves pouvaient travailler. Je n’ai jamais cité cela à personne, je me dis maintenant qu’ils devaient être au courant. Jamais personne n’a fait allusion à mon intrusion dans la vie de la 6ème.
J’exigeais de mes élèves qu’ils se rangeassent correctement avant de regagner la classe, un peu de chahut au départ aurait pu être la cause d’un incident plus ou moins regrettable.
Seulement, cet endroit était très près de la grand porte de sortie. Alors les vélos, vélos moteurs ou autres engins, venaient grignoter de plus en plus l’espace et les files de mes élèves étaient tordues. J’ai demandé et obtenu que cet emplacement soit respecté par les vélos des élèves. La place est donc libre. Aussi, le Directeur l’abbé Balois, quand il arrive du dehors avec sa voiture a là une place de parking à portée de voiture.
Et le serpent d’élèves retrouve ses cahots. Je décide alors de frapper à ma façon. Nous écrivons un mot : « Les élèves de 9ème et 10èmes, seraient reconnaissants à Monsieur le directeur et aux autres propriétaires de véhicules, de nous laisser notre place » Ca marche un moment mais le naturel revient au galop.
Conciliabule entre mes élèves et moi. Un papier, bien préparé, signé par tous, est collé sur la vitre arrière de la voiture du Directeur et ensemble, nous lestons en partie les pneus, de leur air comprimé, au vu de tous.
Mr Nominé voit le manège, le papier et me dit inquiet : « Kapy, tu dois pas faire cela »
Et si… « Kapy » a fait cela. Monsieur Nominé était de l’Est et avait l’accent.habituel de cette région
La suite ?… Monsieur le Directeur, averti, a regonflé ses pneus et n’a plus jamais envahi l’espace de la 9ème et 10ème. Il n’y a pas eu d’échange entre Kapy et ce Directeur à ce sujet.
A cette époque, les bureaux des instits dominent la classe, surélevés par l’apport d’estrades. Partout. Avec mes deux divisions, je navigue tantôt à gauche, tantôt à droite Je ne suis guère à mon pupitre. Quand je fais un travail oral avec la 10ème, je m‘assois sur le bureau de l‘élève, le premier à ma portée, les enfants se serrent un peu, je pose les pieds sur le banc et je fais de même pour les cours de l‘autre division. Quand, le matin je fais le catéchisme ou une petite leçon de civisme, alors je reste au bureau ou j’inscris sur sa surface noire, à la craie, ( je porte des blouses bleues en coton) le plan du jour et certaines choses à ne pas oublier. Ca amusera beaucoup le Directeur, et le Prof de discipline, l’abbé Fresnois,
Il y avait un premier de classe, un enfant très sage, très sérieux, qui était tout simple quand il entendait qu’il était encore le premier, son travail était parfait. Il était aussi très beau.
Je me souvenais de l’application de ma sœur quand elle apprenait ses leçons le soir pendant que je me divertissais avec la corde à sauter ou tout autre jeu Le lendemain matin, elle ânonnait l‘interrogation et je pouvais tout réciter simplement pour l‘avoir entendue tellement répêter.
Je trouvais cela terriblement injuste, j‘étais l‘élève qu‘on félicitait parce que j‘étais première.
Alors avec les mômes j’ai décidé avec leur avis, de garder les notes méritées par le travail de chacun mais à la fin de la semaine, nous additionnions les points de chaque division et comme c’était l’époque où il était question d’envoyer des fusées sur la lune, je faisais grimper vers la lune selon le nombre de points obtenus par la division, les deux fusées découpées au fil à brûler dans du contre-plaqué léger et accrochées sur un tableau. Ca ravissait les gosses; je me disais que de cette façon chacun savait qu’il avait une place ayant son importance dans la classe. C’était une compétition de groupes et non plus d’élèves.
Le samedi, il y avait la récompense de la semaine. Les élèves devaient voter pour celui qui avait fait le plus d’efforts dans la semaine, ma voix n‘avait pas plus de poids que celle d‘un élève. J’avais expliqué que certains étaient doués plus que d’autres pour les études . Et parfois, c‘était le dernier de la classe qui emportait la récompense.
C’est le premier régulier de la classe qui ne s’y retrouvera pas. Je ne m’étais pas attendu à cela et je ne l’ai pas compris de suite. Quand j’ai vu ses notes dégringoler je me suis interrogée. J’ai discuté avec le petit mais je n’ai pas réussi à le récupérer vraiment, il n’a pas su ou pas osé me dire comment il vivait ma façon de voir les choses. Il restait le premier, peut-être que je ne m’en occupais pas assez.
Ozanam c’est aussi un internat et certain de mes petits y sont internes… Jean-Pierre, le plus petit de la clase, en taille tout au moins, dort debout le lundi, je revois encore ce jour, où l’enfant est complètement endormi, j’appelle l’abbé Fresnois, je le vois encore emporter dans ses bras comme un fétu le jeune Jean Pierre et lui faire gagner son lit plus vite que prévu. L’abbé Fresnois était un grand gaillard, charmant, qui m’aidait à établir mes carnets de fin de trimestre, et d’autres détails de ce genre, c’était lui aussi qui à ma demande sur un petit papier remis par un élève, apportait dans la classe, le vieil appareil permettant de projeter les petits films de Tintin. Ceci était une sacrée récompense quand tout le monde avait bien travaillé et que nous en avions tous marre. Une demi-heure de détente nous faisait le plus grand bien; jamais il ne me fut dit par un parent ou les profs de cette école que cette distraction ne devait pas être de mise.
Il est vrai que pour éviter les yeux dévorant le visage le lundi matin, j’avais montré aux élèves, à partir de chaque livret d’études, tout ce que nous devions ingurgiter avant la fin de l’année. J’avais ajouté que nous pouvions étaler sur toute la semaine mais que s’ils faisaient mieux en 5 jours et demi, ils n’auraient plus de devoirs ni leçons le samedi, on ne disait pas encore « ouik and » Les mômes en ont été ravis et si j‘ai reçu la visite de certains parents, ce fût pour me remercier.
J’étais très catho à cette époque .
La veille des vacances de Pâques, après avoir accroché au tableau, le parcours du Christ jusqu’au mont des oliviers, j’ai lu à tous ces petits, l’évangile de la passion dans son intégralité… Il faut être couillonne pour faire cela, même si depuis des lustres, je subissais la même punition chaque Jeudi ou Vendredi saint, je ne sais plus.
Pendant cette lecture, j’ai vu arriver notre Directeur, il est entré sans bruit dans la classe pour me porter un message, les enfants sont restés dans le même silence religieux qu’on pourrait presque qualifier d’hypnotique, sans se lever comme c’était de coutume. Il est reparti très silencieux, j’ai terminé la lecture.
Je voulais entreprendre les études d’assistante sociale, je ne pouvais avertir de suite Ozanam d‘un départ probable à la fin de l‘année scolaire, l’examen d’entrée dans ces écoles, pour celles qui n’ont pas le bac, était de ce niveau. Je n’avais nullement le temps de m’y préparer, je me suis présentée aux deux écoles de Lille, j’ai choisi celle de la catho, j’avais été très choquée lors de ma réception par la directrice de l’école de l’état, de sa façon d’apostropher devant moi;une élève, en lui faisant remarquer que son ourlet était décousu. Je n’avais pas très bien ressenti la directrice école catho mais elle était tout au moins polie.
Il y avait des vaccins à recevoir avant l’entrée dans ces écoles. DT TAB, à 8 jours de distance. J’ai assuré la classe les deux samedis de suite, le premier c’était la veille de la fête des mères
Et nous devions terminer le cadeau que les petits offriraient à leur maman le lendemain, travail réalisé avec des tubes de médicaments. La réalisation, ce devait être une petite locomotive.
Une heure après l’injection, en pleine classe, la fièvre est montée, terriblement, avec nausées et pour me soulager, je devais passer aux toilettes. Dès le retour chez moi, je me suis alitée, la fièvre s’en est donné à cœur joie pendant deux jours, tout ce que j’absorbais repartait aussitôt, et tous les muscles du corps, surtout ceux de la nuque me faisaient bien souffrir. Un petit tétanos.
Cela s’est répété le samedi suivant. Difficile de s’occuper d’enfants avec une telle fièvre, mais j’ai tenu; et le lundi matin, j’étais à mon poste, groggy.
Quand je raconterai cela au Docteur Foiret, notre prof de médecine, à l'école d'assistantes sociales, lors de l’injection de rappel, il m’informera qu’il avait eu les mêmes réactions, au régiment avec ces vaccins et qu’il avait largement arrosé la chambrée du contenu de son estomac…
Parce que, l’exam, je l’ai réussi avec ½ point au-dessus de la moyenne, grâce à l’abattage des arbres au Gabon ??? . Et je suis entrée à l’école de service social, boulevard Vauban, à Lille.
J’ai, dés les résultats de l’examen, averti la direction d’Ozanam de mon départ à la fin de l’année scolaire.
Je n’ai pas cru utile d’en informer les élèves dont la moitié entrerait en 8ème l’année suivante.
Je ne leur ai pas dit « Adieu »…Difficile.
Je n’ai pas emporté la photo de classe, un oubli; ça je le regrette encore maintenant. Le photographe nous avait priés de nous disperser le long d’un escalier, les têtes passant entre les barreaux, j’étais une tête parmi toutes les autres, photo très réussie que j’avais encadrée par un découpage fantaisiste en léger contre-plaqué.
Ainsi.. finit.. mon.. temps.. d’enseignante..
CHARDON de LILLE
[42] ¤ ET PUIS UN JOUR, J'AI ETE INSTIT
D'ACTUALITE : ET SI NOUS PARLIONS ECOLE
Posté par gaby le 27/7/2006 12:40:06 (44 lectures)
C'ETAIT BON
C’est encore à l’école N.D.des Victoires
Il y eut le passage d’un inspecteur, prêtre, peu de temps après mon arrivée; C’est au moment de la récréation qu’il est apparu. Je devais à mon bureau vérifier quelque chose d’important et j’avais laissé mes élèves à la vigilance de la jeune instit faisant la maternelle, pour quelques minutes.
Il est entré dans ma classe et, avec timidité m’a fait remarquer que les élèves devaient être surveillés dans la cour où était la place de l‘instit.. Toujours penchée sur mon problème, je lui ai vaguement répondu, sans même le regarder, qu’il avait tout à fait raison. Il est sorti
Quelques minutes après, je rejoignais la jeune instit.
C’est seulement après son départ que j’ai appris qu’il était inspecteur….
Il y eut la Sainte Catherine, fête des enseignantes.
Je n’avais rien dit aux petites. Je me souvenais combien j’avais été très gênée à Ste Claire, un certain jour de Ste Catherine, je n’avais à offrir à la maîtresse qu’un billet de 5 francs donné par maman. La veille, j’avais voulu agrémenter le tout en réalisant avec d’anciens auto-collants fleuris, la décoration de la carte qui accompagnerait le billet. L’effet était des plus désastreux et je n’avais aucune alternative. Le lendemain, j’ai défilé comme toutes les autres jusqu‘au bureau, elles avaient toutes le sourire aux lèvres et le cadeau joliment enveloppé…
C’est aussi ce jour-là qu’une élève a fait cadeau d’un sac en croco de marque prestigieuse. C’est aussi à partir de ce jour là que je n’ai plus revu cette élève. Pour l’achat du sac, elle avait volé l’argent à sa grand mère.
« Vous vous rendez compte, quelle honte, dans une école catholique… ».
Elle ne s’était fait aucune relation parmi les élèves, elle était toujours seule. Je me suis dit que s’il n’y avait pas eu le renvoi, belle façon de solutionner le problème de l’école, sans tenir compte de la détresse de la fillette, je serais allée vers elle, je l’aurais aimée de mon mieux.
Donc à l’école N D des Victoires, c’est le jour de Ste Catherine.
Et mes petites à peine entrées en classe, viennent me remettre leurs cadeaux, beaucoup de savonnette parfumées, d’autres petits souvenirs à la portée de ces familles. Une seule élève est très gênée, elle est venue les mains vides, « elle avait oublié, » alors elle a sorti de sa poche un petit paquet de bonbons non enveloppés, tout collants et me les a tendus. Ce cadeau a été reçu par moi avec faste, « Justement les bonbons que j’aime ».
Par malchance, la directrice arrive pour contempler les cadeaux, et son regard se pose sur le petit tas de bonbons collants que je n’ai pas eu le temps de « remiser ».
Il a fallu que l‘élève qui s’était permis ce « sordide cadeau » se lève et reçoive un sermon pas mérité. J’aurais aimé rentrer sous terre. J’ai pu étant un peu en arrière de la dirlo, envoyer à l’enfant certains signes apaisants. La dirlo partie, les autres l’ont consolée.
Entre-temps, le Chanoine Fermeaux nous a quittés, je crois même que c’est sans crier « gare ». Il est remplacé par le Chanoine Froidure, pas du tout le même genre mais tout aussi sympathique. Sa chaleur humaine n’est pas transmise de la même façon mais elle est tout aussi intense.
Il est là un matin, à mes côtés dans la cour, à la porte de ma classe, les élèves s’alignent avant d‘entrer, le rang n’est pas tout à fait à mon goût, d’un geste de la tête, geste attendu par les élèves qui me connaissent, je les incite à mieux faire, elles obtempèrent aussitôt, le rang est impeccable.. J’entends alors le Chanoine se dire à mi-voix : « Quelle autorité ». Il ignorait que j’avais l’ouie très fine.
Je commencerai l’année scolaire suivante, je quitterai cette école, fin Décembre 53, non sans regrets. Les mômes étaient vraiment charmantes et faisaient de leur mieux. J’étais bien insérée dans le quartier et il y avait très bonne entente avec la Directrice, l’estime était réciproque.
Plus tard, il me sera proposé d’être directrice de cette école à la demande des parents d’élèves.
Je gagne le Cameroun ou je suis invitée à enseigner aux enfants noirs en mission catholique, à Edéa, la brousse.
En fait, tous les curés me connaissant, se sont mis en quatre et le Cardinal était de la partie, pour me trouver ce poste, moi qui à l’âge de 8 ans, voulait devenir missionnaire pour être ermite et soigner les lépreux. Je voulais aussi 12 enfants, devenir globe trotter, reporter, journaliste, écrivain, sculpteur sur bois. Je n’avais que l’embarras du choix. Ce départ a été programmé parce qu’il fallait permettre au curé de ma paroisse de respirer, ma petite personne l’étouffait. Etonnant mais vrai.
Et me voilà à EDEA au Sud Cameroun avec son immense forêt vierge, sa forêt de palétuviers, son étonnant barrage électrique, ses éléphants sauvages qui pullulent, ravagent les plantations,
« entrompent » ceux qui se trouvent sur leur passage, ses serpents qui n’attaquent que lorsqu’ils sont coincés, usent d’abord de mimétisme pour se confondre avec la nature; et ses singes tellement drôles. Et ses fruits, bananes, mangues, papayes, citrons verts, ananas etc…Une flore…une faune… Et un fleuve, la Sanaga, peuplée de caïmans…
Edéa où j’ai connu Pépino (à lire dans ce site)
Edéa, ville avec une seule rue, qui en fait est une large avenue en poto pot ( Latérite rouge) composée d’échoppes de commerces, beaucoup de grecs, de juifs. Je me demande si mes souvenirs sont exacts au sujet de Monsieur Jalibert, il était pharmacien et servait de relais photos. J’ai l’impression qu’il ne se trouvait pas dans cette immense allée, peuplée de commerçants qui quittaient les lieux la nuit tombée, l‘échoppe fermée.
Je me souviens aussi du tribunal, lieu où se réglaient journellement tous les palabres. Il y avait aussi le commissariat, où je n’entrais que par la fenêtre. En fait, à part l’avenue commerçante, dans un périmètre rapproché se trouvaient tous les autres lieux publics ou privés, isolés, quand aux cases occupées par les européens qui travaillaient à Edéa, elles étaient disséminées ça et là, isolées aussi les unes des autres. Il y avait aussi la région, haut lieu administratif, où siégeait le chef de région, équivalent d’un préfet en France, l’école publique, et la mission, vaste territoire avec la maison des pères d’un côté, celle des sœurs de l’autre, entre les deux l’église et les écoles, celle des garçons, celle des filles.
La mission catholique compte un millier d’élèves. L’école publique, un faible pourcentage.
J’ai hérité du CM1 et CM2, des ados et jeunes adultes, l’âge s’étale de 12 à 26 ans. Le jugement supplétif leur accorde, l’âge souhaité. Tout dépend de la qualité du pot de vin auprès de l’employé administratif et toutes souhaitent réussir l’entrée en 6ème..
A Edéa, pas tellement loin de l’équateur, le soir tombe brutalement à 18 h, les élèves arrivent de tous les coins de brousse et doivent accomplir un long trajet à pied, l’école se termine à 16 h pour leur sécurité. Mais nous commençons à 7 h 30.
Lorsqu’il pleut et c’est souvent, elles arrivent dans le plus simple apparat, Leurs vêtements sont soigneusement enroulés dans une feuille de bananier posé sur la tête, elles circulent pieds nus. Elles réintègrent leurs vêtements juste avant d’arriver à la mission.
Certaines portent aussi sur la tête d’énormes plateaux, chargés de Makalas, beignets cuits à l’huile de palme, et de Bibobolas, manioc travaillé à qui on donne la forme de cigares et cuit dans des feuilles de bananiers. Elles en font le commerce pour leur famille auprès des « Étudiants » de la mission.
La plupart, ne font qu’un repas, le soir rentrées chez elles.
Elles sont assidues malgré les divers obstacles de taille Parfois, l’absence est justifiée par l’enterrement d’un père par ex, et la même excuse se répète quelques mois plus tard, mon étonnement obtient une réponse, il y a le père géniteur et le père du village.
Je n’ai guère de repos le midi et je suis certainement la seule des européens d’Edéa à ne pas faire la sieste.
Ces élèves sont très attachantes. Elles m’apprendront des tas de trucs. J’entendrai le récit de leurs coutumes, je les respecterai tout en en discutant avec elles, (je sais que les missionnaires souhaitent faire abandonner aux noirs ces coutumes, certaines sont à revoir certes mais )
Parmi les élèves, il y a bien sûr l’exception : celle qui maugrée dans sa langue et amène le rire chez les autres. Je me contente de lui dire « que je ne comprends pas un traître mot, aussi qu’elle me traite de Banane ou autre épithète disgracieux, ne me fait ni chaud ni froid. Mais ça témoigne vraiment d’un faible esprit peu courageux, ce dont sa tribu ne serait pas fière si elle apprenait sa fantaisie »
Inutile de leur dire que chez moi à Lille, je faisais le travail ménager et bien d’autres activités, qu’il n’y avait que nos bras pour réaliser ce travail. Chez moi, il y avait une armée d’employées comme chez tous les blancs, affirmaient -elles.
Les murs de la classe étaient en parpaings fabrication mission, du ciment. Les murs n’allaient pas jusqu’à la toiture. Equilibrés et soutenus par les poutres verticales en bois de fer, ils s’arrêtaient à 30 cm du toit en tôle ondulée, ces multiples ouvertures étaient réalisés intentionnellement; pour chasser les miasmes de corps d’enfants dans une atmosphère surchauffée, ces ouvertures pouvaient faire croire à un léger courant d’air au plus chaud de la journée.
Sur le mur j’ai accroché une inscription : « Aimer… Pourquoi pas ? »
Au bout de la classe, les plateaux chargés de makalas et bibobolas a
attendent le midi. Et ça dégouline de graisse.
Les cahiers sont souvent entachés de cette graisse. Aussi, je fais cadeau aux élèves d’un couvre-cahier en léger cartonnage, rouge grenat, et chaque nom y est inscrit à la gouache blanche par mes soins. Je me permets de leur dire que je leur offre, que je compte sur leur attention pour garder ce couvre-cahier propre, je peux le remplacer en cas de « malheur » mais si l’incident relève de la faute de l’élève, elle devra le payer cette fois.
Non seulement il ne sera pas utile de remplacer une seule de ces protection mais à la fin du trimestre, je la retournerai, réinscrirai le nom à la gouache et c’est reparti pour un tour . Et les pages internes remplies du travail de l’élève, sont de mieux en mieux soignées…
Il suffit de peu…
La classe que j’occupe avait une porte fermant à clé.
Très vite, j’ai perdu cette clé, les élèves et moi-même sommes passées ce jour-là par la fenêtre pour entrer et sortir de la classe;
La clé n’a pas été remplacée, mais la porte a été ouverte et l‘est restée..
Cependant, il n’y eut aucune incursion insolite dans la classe, et je faisais confiance absolue à mes élèves.
Nous accueillons une nouvelle élève.
Je m’aperçois le lendemain que le morceau de craie qui reste en évidence près du tableau, a disparu .
J’interpelle les élèves, silence général,
Aussi je suis plus curieuse, je ne leur demande plus si elles ont vu ce morceau de craie, je demande si l’une d’elles l’a utilisée.
C’est alors que Véronique Bebga, élève agréable et studieuse, pousse du coude sa voisine, la nouvelle recrue, et lui dit : « Ici on ne vole pas, rends la craie. » Ce qui fut fait, sans reproches de ma part.
J’avais été victime et témoin d’un épisode où ma naïveté m’avait joué un tour. Alors que je remontais à la mission en vespa après avoir effectué quelques achats « en ville », je cueille sur le chemin une jeune du CM1, je lui fais déposer cahiers, stylos dans le coffre de la vespa, afin qu’elle ait les mains libres pour me tenir à la taille. A l’arrivée à la mission, je la regarde sortir ses livrets du coffre et un peu de monnaie..
Quelques heures se passent en classe. A la sortie, je visite le coffre de la vespa pour retirer mon achat et l’argent que. je.. dépose… toujours… en vrac…dans le coffre…L’argent a disparu… Alors je me rappelle le geste de la jeune élève, la monnaie sortie du coffre, ce doit être mon argent ?
J’interpelle cette jeune et lui demande où elle a mis mon argent…
Elle joue l’étonnement, elle n’a aucun argent sur elle, elle n’a pas retiré d’argent de mon coffre…
Nous en resterons là…mais je dirai à cette élève combien je suis déçue
Puis en moi « Bah , ce n’est que de l’argent », alors que je ne dispose que d’une forme d’argent de poche puisque je suis bénévole.
Et je ne serai pas plus avertie par la suite. Je suis de celles qu’on roule toujours, je ne peux que faire confiance.
Les élèves sont studieuses, elles ont l’ambition de sortir de leur brousse, de faire quelque chose de leur vie, leurs désirs se portent surtout sur les professions para médicales : sage- femme, infirmière.
Plusieurs élèves font preuve d'une certaine dolence dans leurs mouvements, leurs paroles.
Il suffit de peu pour que cet air s'évanouisse, des claquements de main rythmés, un vague echo de tam-tam et les voilà se trémoussant dans une danse effrénée, qui peut dans certaines circonstances, aller jusqu'à la transe, aussi la danse est interdite à la mission, dommage, j'aime voir les élèves danser. L'air dolent disparaît complètement et cmme elles ont le rythme dans le sang, le spectacle est superbe
il y eut certains épisodes bien amusants.
Je donne quelques notions générales de puériculture et d’hygiène.
Nous parlons de conservation d’aliments, de la viande par ex.. Les enfants et tous de façon générale souffrent de maux d’intestins, il y a l’eau du marigot et aussi les aliments avariés, dont la viande. Avec délicatesse, j’essaye de leur expliquer, qu’il est préférable de ne pas manger de viande que de consommer de la viande avariée, je leur explique les divers ennuis qui peuvent en découler.
Et j’entends une voix claire, nullement intimidée, annoncer: « Ici, on ne mange pas l’odeur Mademoiselle »
Je revois cette ado, Thérèse Dikanda, élève sérieuse et sur laquelle je peux compter, son père était chef du village d’ Ekité je crois, à 30 km d’Edéa et catéchiste, il présidait aussi au tribunal d’édéa pour résoudre les palabres.
Il m invitera à passer deux jours dans sa case, une amie de Douala, à la recherche d’émotion va m’accompagner. Cette incursion dans le monde total indigène, n’est pas sans inquiéter le Docteur Peters, Médecin Chef de la Sanaga Maritime, (sa femme et lui, sont des amis pour moi). ça lui semble dangereux, « je suis une faible femme »…
La réception, simple et grandiose.
Village paisible, tout est propre, le sol et il semble même que celui de la route ait bénéficié du même avantage, a été balayé avec leurs balais fabriqués par eux et combien efficaces.
Que diraient les employées de maison actuelles, en France. Un stage de brousse, au Cameroun, les ramèneraient à la réalité et les pubs dont on les abreuve pendant les stages n’auraient plus d’effets, les pschi-pschitt dit tellement efficaces sans effort, disparaîtraient pour le bien de l’environnement et des natures allergiques.
J’ai oublié beaucoup de détails, mais le plus marquant, fut de découvrir en me levant le lendemain matin, que notre porte avait été gardée toute la nuit avec tellement de discrétion, par un fils du chef Dikanda, couché sur le sol en travers de la porte. Je n’en aurais pas eu connaisssance, si, comme la plupart des femmes européennes, j’avais eu un réveil plus tardif.
D’autres petits moments plus ou moins amusants
- Les élèves du CM1 qui n’ont pas une instit à temps complet, jalousent celles du CM2; J’entends dire qu’il va y avoir bataille en règle entre les deux classes. Ca veut dire qu’elles vont vraiment se battre entre elles, classe contre classe.
Je connais la façon dont les femmes noires se battent. Elles commencent toujours par une empoignade régulière, le bras droit passe au dessus de l’épaule gauche de l’adversaire, le bras gauche sous l’aisselle droite, ça apparaît comme une lutte organisée mais ça peut devenir sans limites et tous les coups sont permis. Autrefois, les femmes se mettaient nues pour ce règlement de comptes. Aussi, leurs dents entraient dans la danse et « je te mords le sein, je te mords l’oreille » , etc. Les pugilistes en sortent bien abîmées, je ne sais si cela continue maintenant
Alors, j’ai demandé à mes élèves d’adresser un courrier au CM1, elles acceptent la lutte à condition que tout soit fait en règle et me proposent comme arbitre, le lieu : les bords de la Sanaga, au pied de la mission.
Le jour J arrive. C’est à midi et demie, que les écoliers dévalent la pente, les écoliers : presque tous les élèves filles et garçons. Je me suis munie d’un immense parapluie rouge emprunté à un père en visite. Le soleil est beaucoup trop ardent à cette heure de la journée
Les deux cours sont alignés sur deux rangs qui se font face, il est décidé que les élèves du CM1 choisissent leur adversaire, les rosses, certaines du CM1 sont beaucoup plus imposantes que certaines de mes élèves, les coups bas sont interdits, la victoire est à celle qui arrive à mettre sur le dos l’adversaire en lui faisant toucher le sol des deux épaules. Je surveille fiévreusement., ça se déroule à peu près bien, les forces sont parfois inégales, il aurait été plus juste que chaque cours puisse choisir.
Et finalement c’est match nul.
Un seul pépin, malgré la modestie de la lutte, les mômes l’ont prises très à cœur et une élève du CM2, s’en tire avec l’épaule déboîtée.
Le match prend fin, je ne me rappelle plus si les garçons ont applaudi. Je n’ai pas averti les sœurs, je pense qu’elles ont eu connaissance de l’incident. Mais la règle les oblige à faire la sieste. Je descends à l’hôpital où le Dr Peters se fait un plaisir de réparer les dégâts avec une vieille chambre à air...
Les deux classes se sont ensuite tenues tranquilles…
- Amusant aussi, le passage d’un représentant de l’unique marque de cigarettes camerounaise qui a failli faire circuler ma binette à travers le Cameroun, Bastos la marque, je crois. Nous avions discuté deux minutes, il semblait intéressant et curieux de trouver une jeune célibataire, vivant seule en mission catho, mission de brousse.
Le père avait capturé un énorme python.
Après avoir vu la capture, le représentant et le père François sont venus me demander de poser, le python, mort naturellement, autour du cou. Ca garnirait les prochains paquets de cigarettes. Pourquoi me suis-je laissé fléchir ? Ca ne m’intéressait pas du tout.
J’ai été débarrassée très vite de mon problème. Nous avons cherché le python là où l’avait laissé le père. Disparu... Le père s'est alors dirigé à quelque distance vers la case des boys de la mission. Le python découpé cuisait tranquillement afin d’être dégusté. Il paraît que cette chair est délicieuse, comme la trompe de l’éléphant…
Et voilà, je ne suis pas devenue star au Cameroun. Le père et le représentant étaient vraiment dépités, mes élèves également.
- Et pour la célébration de ma fête, (extrait d’un courrier envoyé à la maison le 24 Mars 1955°
« Mes filles ont tenu à célébrer ma fête d’une manière éclatante, personne ne leur en a soufflé mot, c’est d’elles mêmes. C’est pourquoi je me suis laissé faire jusqu’au bout. Elles avaient invité les sœurs et le père Jean. Elles sont chics mes gosses !!! On se comprend drôlement bien ; je ne peux plus faire un pas dehors sans être entourée d’une bande de tous âges.
Sur un plat immense elles avaient réunis leurs cadeaux : ananas, oranges, bananes, boîtes de lait, canne à sucre, etc. Elles ont récité des tas de petits trucs.. C’était gentil…. Dans une prochaine lettre j’enverrai tous les petits papiers que j’ai trouvés collés sur les murs de la classe le lendemain. Il y avait même un avis « publique » signé : P. Caulier (elles voient tout et retiennent tout) qui avertissait la population de la joie de ce jour !! . Si bien qu’une femme s’est amenée et m’a offert un œuf, puis un homme et des gosses. Mon pupitre était décoré entièrement de fleurs (photo).
Toute la mission était en rumeur à cause de cette fête. J’ai déclaré que c’était bien ennuyeux d’avoir un nom pareil, « Pulchérie » aurait été moins remarqué !!! J’étais très contente quand même !
Jeudi après-midi, on avait donné congé aux gosses pour ma fête (que d’honneur), je voulais écrire… Mais comme je ne suis tranquille nulle part, je me suis enfermée dans le clocher de l’église, assise sur les marches, bien haut perchée. J’ai failli choir quand à18 hrs la cloche s’est mise en branle ! Là j’ai eu la paix.( fin de l’extrait) »
- Autre épisode amusant
Sœur supérieure, la nyambay, la mère, a réalisé que je vais beaucoup me fatiguer sur les routes d’Edéa en vélo. Très vite, elle m’a offert une vespa…
Wouahh, je n’ai jamais eu qu’un vélo chez moi.
Le vendeur me l’apporte un midi, sur le terre-plein de l’école assez vaste, il m’instruit des commandes et me voilà partie pour un tour.; pour un tour… pour un tour….
En fait, j’ignore comment procéder pour arrêter la vespa. C’est en tournant que j’obtiens réponse à ma question, un morceau à chaque tour.
Et l’instructeur me laisse seule avec la « machine ».
Le lendemain après le déjeuner, je décide de descendre la route de la mission et de la remonter.
Je suis seule sur cette route La descendre en passant précautionneusement la deuxième,, c’est simple, je ne fais pas de vitesse.
Je m’engage dans la remontée, je me dis qu’il faut certainement passer en seconde pour réussir à arriver au sommet;
C’est au milieu de la montée que la machine cale. Oh, là, là… Il va falloir passer en troisième, quel événement !!!
Je repars bien décidée à franchir l’obstacle mais cette fois, c’est au tiers de la montée que le moteur cale…
Catastrophe, cette vespa n’est pas capable de grimper des côtes !!!
C’est avec l’aide des écoliers que je pousse le monstre et je vais interpeller le père François. Je lui raconte…
C’est abasourdie que j’assiste à son formidable éclat de rire.
Il reviendra à lui pour m’expliquer gentiment, qu’un moteur est de plus en plus faible en le mettant à une vitesse supérieure, c’est en première que je dois affronter les côtes.
Je n’avais jamais eu de machine à moteur…
Après, bien sûr j’ai su dompter le monstre mais je peux vous affirmer qu’au début, c’était lui qui me gouvernait, je crois que plus d’une fois j’ai frôlé l’accident surtout sur le pont enjambant la Sanaga, sur lequel le train avait priorité et nous devions alors faire marche arrière quand il apparaissait à l’autre bout …Les séparations entre les troncs d’arbres équarris formant la voie ferrée étaient telles, que j’ai failli un soir plonger avec la vespa dans le fleuve. Un petit coup au cœur, je ne savais pas encore nager…
A la fin de l’année scolaire, j’ai présenté les élèves au certificat d’études, il y eut pas mal d’échecs. Cependant le père François, est venu me dire que finalement, j’avais obtenu le plus fort pourcentage de réussite de la région ? Je l’ai cru… Ca lui faisait plaisir et c’était peut-être vrai. J’avais fait de mon mieux pour préparer les élèves, leur réussite c’est important mais je ne suis pas de ceux qui veulent à touts fins ne présenter que les élèves très capables. Pour l’entrée en sixième, les résultats furent médiocres.
- C’est aussi pendant ces années que je me familiariserai avec les serpents. Le premier, c’était quelques jours après mon entrée en fonction, la Nyambay est venu me chercher en classe, une machette à la man et m’a emmenée dans une classe où un serpent vert pâle, assez étiré mais aussi assez mince, essayait de se camoufler en hauteur. Je me suis trouvée machette en mains par les soins de Nyambay et très émue, déséquilibrant le reptile qui a atterri sur le sol, je l’ai découpé fièvreusement en rondelles de saucisson.
Par la suite, je découvrirai que le serpent n’attaque qu’en cas de force majeure, il cherche d’abord à se fondre dans l’environnement par un fameux mimétisme et s’éloigne le plus rapidement possible de l’homme
Cette période d’enseignement en Afrique Noire, je l’ai vécu comme un cadeau.
Et j’ai eu des élèves extra, délicates, studieuses, proches de moi.
J’aime l’Afrique et les Africains. Je sais que certains ont de hautes ambitions, régner sur le monde… rien que ça, et ma foi, c’est possible, pourquoi pas ? la Chine est aussi sur les rangs… Ben, faut bien faire payer aux colonialistes les siècles d’esclavage, les hommes étaient traités comme des bêtes, moins bien même. Lisez le livre superbe de William Styron : Turner.
Et puis surtout, les noirs ont le droit de prouver qu’ils peuvent aussi bien que les blancs, occuper de hautes fonctions.
Mon contrat terminé, je dois quitter les ados dont j’ai eu la charge pendant deux ans et demie; De part et d’autres, il y a une certaine tristesse et le sentiment du « Jamais plus » bien que les Spiritaines m’aient priées de renouveler le contrat pour diriger un centre social dans la ville de Douala.
Je rentre bien pâlichonne en France, le paludisme m’a fait perdre le vermillon des joues.
Suite et fin prochainement
CHARDON de LILLE
[39] ¤ ET PUIS UN JOUR J'AI ETE INSTIT...
ET SI NOUS PARLIONS ECOLE
Posté par gaby le 17/7/2006 17:29:50 (49 lectures)
"Aujourd'hui, 26 Juin 2006, nous avons enfin gagné sur un sujet important
L’APPRENTISSAGE DE LA LECTURE PAR LA METHODE GLOBALE EST ABOLI.
Les zélus, en principe intelligents, ces zélites ont réfléchi 50 ans avant de se décider
ET PUIS UN JOUR J’AI ETE INSTIT (suite)
Mes frères et sœurs ayant quittés la maison, mariage à l’église et à la mairie, mon dernier frère au régiment à Alger, je me retrouve seule avec mes parents.
Je me présente au Chanoine Fermaux, Directeur de l’Enseignement catho dans le Nord.
Lorsque enfants, très jeunes ados, nous passions des examens concernant seulement le secondaire privé catho, ses yeux globuleux, me faisaient peur, ils paraissaient féroces.
Je n’étais plus une jeune ado, je suis allée lui proposer ma candidature et j‘ai découvert que c‘était le plus doux des homme. Le CV n’était pas utile à l’époque.
Il n’y avait aucun poste vacant ce jour-là, j’étais acceptée, en attente.
Quelques jours seulement se passent, sa secrétaire, Melle Vandewalle vient me relancer à la maison, le siège de l’enseignement libre se trouve à peu de distance de chez moi.
Reçue par le Chanoine, celui-ci m’annonce qu’un poste est vacant rue de Thionville, à l’école St Maximin, l’école des petits chanteurs de la Treille dirigés par l’abbé Cousin. Classe de seconde, correspondant dans le primaire aux cours CE1- CE2, garçons de 7 à 9 ans. Le Directeur gravement malade, je dois remplacer l’instit de la seconde à qui incombe le poste de la première.
« Mes références » : j’avais beaucoup navigué parmi les gosses des rues dont j’étais issue; à 17 ans, je faisais déjà le patro aux plus jeunes de 7 à 9 ans, ce fameux patronage qui tirait de l’embarras bien des mères de famille, remplacé par les centres aérés qui reviennent bien cher à la collectivité. Deux qualités me servaient d’assise : l’amour des enfants sans qu’ils soient obligés d’être des amours d’enfants et une certaine autorité. Je les revois les jours de pluie, nous quittions la cour toute en longueur mais très étroite et entourée « de carreaux à ne pas casser. » Ils s’entassaient dans un petit bâtiment, assis les uns sur les autres par manque de place, écoutant pénétrés d‘intérêt, l’histoire inventée de toutes pièces au pied levé.
Je m’en tirais bien;
C’est sans aucune appréhension, que je gagne mon poste d‘instit..
Ils étaient une petite trentaine me fixant de leurs yeux tout grands ouverts, je les revois bien, surtout certains : les jumeaux Pierre et Paul Ombrouck, un humour…l’un d’eux fait un jour une erreur d’un centime de franc au problème et me déclare : « C’est pas une erreur, c‘est la baisse Pinay m’dame » et Jean-Pierre, coiffé à la brosse, qui se veut dur et s’arrange pour que sa joue frôle ma main, il cumule les bêtises et comme je lui dis :
« Quelle punition vais-je pouvoir te donner ?
- Un verbe m’dame, j’ai l’habitude » Ce qui était vrai.
A cet âge ces mômes ne sont pas compliqués et ils sont tellement naturels, spontanés.
Il y a ce gamin qui tient ouvertement un papier en main et s’amuse beaucoup en le regardant :
« Tu veux bien que je partage ton plaisir ? » que je lui demande. Il n’attendait que cela et se précipite au bureau.
Sur une feuille de papier cahier double, une petite fenêtre est aménagée, en ouvrant les battants, on aperçoit un couple enlacé (dessin d’un enfant de 8ans)
« C’est une fenêtre qui ouvre bien des horizons en effet.
- C’est la lollobrigida qui fait l’amour » dit-il de son air canaille.
Eclat de rire général, auquel je joins le mien.
« Tiens voilà ton trésor, mets le bien en réserve pour les jours moroses
- et m’adressant à tous - bon, ça fait du bien de rire de temps en temps merci, François, maintenant nous continuons le travail, d’accord ? »
Et toutes les têtes se penchent sur leur cahier dans le silence complet
A cet âge, la voiture tient une grande place dans la vie des gamins. Leurs parents n’en possèdent pas mais ils connaissent toutes les marques et certaines caractéristiques précises. La cours de récréation est parfois remplie de vrombissements. .. Aussi pour ne pas faire figure de parent pauvre, je me mets à l’étude des voitures, je n’irai pas très loin et pour moi, une voiture c’est une voiture. Elle a une carrosserie et quatre roues. Je ne suis pas plus informée maintenant;
Les deux autres instits charmantes, une intellectuelle qui avait la réflexion très profonde, se creusait trop la cervelle et l’autre, pratique, qui prenait la vie du bon côté, elle tenait le CP. A Pâques toute sa classe savait lire et écrire correctement, en tenant le porte-plume entre le pouce et l’index, gracieusement, comme les instits prenaient la peine de nous l’enseigner. Actuellement, l’enfant semble tenir péniblement une pioche entre les doigts. Observez…
A 10 h 20, après la récré du matin, l’abbé Cousin arrivait , les petits chanteurs étaient tous de ma classe. Réunis dans la partie éloignée, ils répondaient aux directives de l’abbé. C’était un moment merveilleux. Ces voix d’enfants, aux sons cristallins… Oui, comme le cristal du temps de ma grand-mère, pure roche. J’ai voulu remplacer quelques verres de son service, dont je ne possédais que peu d’éléments. C’est aussi du cristal, oui, mais quelle différence de pureté, le son s’essouffle rapidement. C’est une des particularité du temps « moderne », moins bien, plus cher.
J’effectuais des corrections ou autres travaux pendant ce temps réservé au chant. Et les élèves non chanteurs avaient des travaux écrits. C’était un moment enchanteur et en même temps redouté par moi, parce que, installée à mon bureau sans bouger pour ne pas gêner la chorale, je faisais des efforts inouïs pour ne pas me laisser aller à la torpeur.
Je venais à peine de prendre le poste, que le Directeur de l’école St Joachim, mon quartier, m’emmène à une réunion des instits. Nous y arrivons en retard, Nous étions assez nombreux,. Monsieur Veit est connu, je dois me présenter, mon nom ça va mais je suis incapable de prononcer le nom de l’école où je traîne mes savates pas plus que celui du Directeur ; c’était le premier ou le second jour de mon entrée en fonction, c’est le chanoine amusé qui me viendra en aide. Ça a paru bizarre à beaucoup, ils ne connaissent pas ma distraction.
L’année scolaire terminée, au cours des vacances, appel du Chanoine Fermeaux. Voilà : une jeune instit mère de famille et qui demeure dans l’immeuble qui sert de façade à l’école rue de Thionville, souhaite reprendre de l’activité. Accepterais-je de quitter l’école St Maximin pour occuper un poste à Notre-Dame des Victoires, au Pont de Marcq ? Je réalise qu’en acceptant je lui tirerai une épine du pied ainsi qu’à la jeune maman, j’accepte et c’est en me tenant par la main que le Chanoine m’amène devant la grande carte de la région. De chez moi, je dois gagner le boulevard, le traverser et faire autant de chemin de l’autre coté, tout au long de l’avenue Clémenceau, belle avenue, [bMarcq est, sur le Nord, la ville où les nantis s’agglutinent dans de somptueuses maisons.[/b]
Bien sûr, il y a les quartiers ouvriers, beaucoup moins reluisants, tel le Pont de Marcq. Ce sont donc des élèves de ma condition dont je vais hériter, la différence : je suis catho, ils sont « Rouges » en majorité. Mais nous avons en commun le cœur pur
Pour m’y rendre aucun transport en commun, et je n‘ai pas de vélo. Impossible de faire cette route même deux fois par jour en transportant cahiers, livres et tout le tralala. « Pas de problème » me dit le Chanoine, il me prête son vélo… Un vélo de dame, pour le passage de la soutane, très haut, très grand pour ma petite personne. Peu importe.
C’est juchée sur ce mastodonte, le postérieur croupinant constamment tantôt à droite, tantôt à gauche au rythme du pédalier, que j’arrive à N.D. des Victoires
Rencontre avec la Directrice Melle Lechevalier. Elle en a la fière allure. C’est une normalienne d‘un certain âge, qui tient depuis de longues années la direction de cette école primaire de filles. J’apprendrai à la connaître et à l’estimer profondément et ce sera réciproque.. Elle est très sévère, très exigeante, parfois injuste. Mais aussi, elle est atteinte d’un mal qui la mine, et jamais elle ne baissera les bras.
24 élèves à la mine éveillée.
Il y a Danielle, tout est pointu chez elle, le nez, le menton, les coudes, les genoux. Elle est très grande, ses yeux vrillent sans cesse comme un chat aux aguets. L’instit que je remplace m’a dit combien cette Danielle était insupportable, méchante, je vais donc bien m’entendre avec elle.
« Il faut la mettre au premier rang » m’avait conseillé la jeune instit.
Il y a toutes les autres élèves, des frimousses à faire rêver;
Entrée dans la classe, les élèves s’installent; j’en déplace quelques unes en leur donnant la raison, : « tout au bout toi ? tu es un peu petite, tu verras mieux là » et pour Danielle, comme j’ai appris étant élève que c’est une erreur de placer la soi disant chahuteuse au premier rang, parce que dès qu’elle se lève c’est l’hilarité générale et elle ne fait rien pour la provoquer, il lui suffit d’exister, j’ai tellement vécu cette situation, aussi je dis à Danielle :
« Toi qui est si grande, tu accepterais de te mettre au dernier rang ? Tu verras bien au tableau et ça me rendrait service »
Et Danielle toute fière va s’installer au dernier rang. Elle sera toujours prête à répondre, à rendre service, il faut la canaliser un peu. Tout marche avec ces mômes. Parfois, Marie Claude Cross qui tient la maternelle, est dépassée par les évènements, m’appelle au secours. J’en torcherai des mômes.
La directrice est dans sa classe à l’autre bout et n’en saura jamais rien. Marie-Claude est timide, charmante, elle deviendra assistante sociale. Elle n’est pas faite pour dominer une bande de marmots de la maternelle
L’hiver neige ou verglas, je ferai la route en vélo, je valserai une seule fois par verglas sous les yeux du Chanoine Leclerc curé de N.D. desVictoires, je me relèverai, lui ferai un petit signe amical et repartirai.
Il y aura l’arrivée tôt à l’école l’hiver, le poêle, tire mal, il faut l’allumer chaque matin et quand enfin la température sera bonne dans la classe, il est presque 16 h 30, l‘heure de sortie.
Un matin de visite médicale, j’arriverai plus tôt que d’habitude, c’est dans la classe que ça se passe. Quand toute l’équipe assistante sociale et infirmières sera en place, (Melle Pelloux est en retraite et sa remplaçante n’a rien d’un chef averti, c’est l’avancement par ancienneté, qu’on soit « balou « ou pas), arrive Melle la Directrice, elle estime qu’il ne fait pas chaud dans la classe, elle sait que je m’y suis mise de bonne heure pour allumer le feu, et malgré tout , elle m‘ « enguirlande ». Je me contente de la regarder avec simplicité, je comprends son irritation même si en la projetant sur moi, elle est déplacée. Elle et moi n’y sommes pour rien dans ce mauvais tirage, il faudrait un équipement plus moderne. Je vois les yeux de l’AS chef, ça semble lui faire plaisir cette réflexion de la directrice..
Je reste moi-même, je sais que je reste digne dans mon attitude, sans subir la parole injuste.
Une môme viendra me dire après le départ de toute la bande que « c’est pas bien de la part de Melle la Directrice », elles sont toutes autour de mon bureau je leur explique que notre directrice est malade et que parfois ça lui donne mauvaise humeur, qu’il ne faut pas lui en vouloir.
Le midi, elle viendra s’excuser quand je serai seule, j’aurais mieux aimé qu’elle le fît devant l'andouille d’a s et infirmières scolaires. Mais qu’elle se soit excusée, c’est déjà formidable de sa part.
Il y aura la visite de mon bureau, en mon absence. Alors, j’écrirai en grand sur une feuille de papier déposée au premier plan dans le bureau: « Merde pour la personne qui vient inspecter mon bureau en mon absence ». Ca ne se reproduira pas trois fois. Pauvre Directrice.
Sur la route d’arrivée le matin, un gamin m’interceptera plusieurs fois, me priera de descendre de vélo pour faire un bout de chemin ensemble. Nous ne sommes pas loin de l’école, je n’y serai pas en retard. J’ai oublié son prénom, il était drôle, il avait seulement envie de parler avec moi, il a eu aussi très envie que je lui fasse cadeau d’une image, ce qui fut fait l’un des jours suivants. Nous continuerons de temps en temps cet « accompagnement, » les réflexions des enfants de cet âge m’enchantent encore maintenant
Les garçons de l’école viendront parfois « ennuyer » ma classe lorsqu’ils sortent avant les filles.
Mes élèves gagnent la sortie par la porte de la cour qui donne sur une petite rue.. En allant aux toilettes juste avant le « gong », je remarque un soir d’hiver neigeux, les gamins préparant un tas de boules de neige?
Mes filles vont en faire les frais. Rentrée en classe, je leur annonce que nous sommes attendues à la sortie mais qu’elles vont jouer un bon tour aux garçons, elles vont sortir bien en rang, encore mieux que jamais et marcheront jusqu’au coin de la rue avant de s’égayer, en restant stoïques sous l’avalanche, rester en rangs, ne pas crier, accepter la neige, avancer sans courir, se taire totalement, se montrer plus forte que les garçons qui les attaquent en sauvage, en traître.
Ce soir là, j’ai été fière de mes filles, Formidable, pas une n’a flanché et cependant, il y en avait des boules de neige. Nous en avons bien ri ensemble le lendemain matin. Un bonbon les a récompensées.
Notre classe sera visitée. Rien de plus facile que d’escalader le mur d’enceinte, de pénétrer dans une classe fermée à clef, de fouiner dans les casiers des élèves. L’une d’entre elles était chargée de la vente des cahiers et tenait le compte, l’argent a disparu de la boite; la petite était consternée, elle me répétait :: « Il y avait tant… ». Peu de choses avaient disparues, et chose étrange, l’orange que j’avais oublié de rendre à l ‘enfant la veille après lui avoir conseillé de me la remettre tant elle aimait la palper pendant le cours, était encore dans mon bureau ainsi qu’une petite somme d’argent, rien n’avait été déplacé, comme si un ange avait veillé sur ce bureau. Nous garderons ensemble ce secret, pourquoi alerter les autorités, faire de la pub, ça aurait incité les mômes à revenir.
Et revoilà mon petit compagnon sur ma route, : « T’as vu, on est venu dans ta classe, l’autre soir.
- Tu étais de la bande ?
- Oui, mais t’as vu, on n’a pas touché à ton bureau, j’ai dit aux copains, le bureau de la maîtresse, on n’y touche pas, et pas un n’y a touché.
- Je te remercie. Mais vous avez trouvé de l’argent dans un bureau d’élève, c’était l’argent des cahiers qu’elle vend à ma place, alors cet argent disparu, je vais devoir le rembourser de ma poche.
- Oh fait-il, la mine déconfite, c’était alors ton argent… Je peux pas te le rendre, on l’a dépensé… (Tout cela dit très sérieusement, il était aussi consterné que la fillette)
- Bon, on peut s’arranger. Tu sais ce que c’est qu’un serment ? Oui. Et bien si tu me promets de ne plus jamais visiter ma classe, ni aucune autre classe, et plus tard, ne jamais rien visiter dans le but de voler, si tu le traduis à tes copains et qu’ils te promettent à toi le chef de ne plus recommencer, je ferme les yeux, je ne dirai rien. Tu promets ? Lève la main droite et dis après moi : « Je promets ».
Cela fut fait avec solennité ce matin là.
J‘espère que ces petits galopins n’ont pas failli à leur serment, dans leur monde bourré de désirs comme ailleurs, le manque d’argent peut leur être fatal. Et je les comprends, ils ne seront pas mis en examen pour la forme. Leur existence peut être détruite par la ténacité de la police, de la justice, je connais ça. « La mauvaise graîne ça pousse dans les bidonvilles et les banlieues » qu’ils disent sans rechercher le pourquoi, sans vouloir se rendre compte que dans les quartiers dorés, les jeunes délinquants sont couverts par l’ « immunité parentale ».
CHARDON de LILLE
[37] ¤ ET SI NOUS PARLIONS ECOLE... ?
Posté par gaby le 2/7/2006 11:18:22 (48 lectures)
ET SI NOUS PARLIONS...ECOLE ?
Commencé le Mardi 3 Mai 2005
Tout ce qu’il faut entendre sur l’école des années 60-70...! ! !
Enfants martyrs, livrés à des sadiques sans scrupules et totalement libres d’exercer cette tyrannie avec cruauté. Enseignement obsolète, totalement dépassé dans son contenu et ses méthodes, etc, etc…
Oui, il y a eu des instits sadiques et il y a des instits sadiques et il y aura toujours des instits sadiques. Oui il y a des profs et instits qui ignorent tout de la pédagogie et il y en aura toujours.
J‘ai commencé à fréquenter l‘école primaire privée de mon quartier vers l‘âge de trois ans et demi bien sonnés. Ecole Ste Anne. Parents Cathos. Très.
Je me souviens de la maternelle avec émotion. Je suis incapable de retrouver trace en mémoire de mon entrée à l’école. Très émotive, ce « détail » est scotomisé à tout jamais.
Je me souviens de Mademoiselle Yvonne, qui exerçait à la maternelle, très douce, très prévoyante, toujours présente, au aguets pour tout ce petit monde tapageur. Dans son bagage il y avait surtout une ribambelle de frères et sœurs dont elle s‘était tant occupée pendant que les parents travaillaient à la confection de tricots à domicile.
C’est dans cette maternelle que j’ai appris à tracer les :a-e-i-o-u. Le matériel : une page blanche, un peu de colle de pâte faite maison, des pois cassés. Nous collions à même la page et suivant le modèle du tableau, ces moitiés de pois.
Je trouvais ça passionnant.
Il y avait beaucoup de récréations. Jean Bertel et Claude Loquin, étaient la terreur des petites filles que nous étions. Terribles, ils passaient comme des tornades et renversaient les obstacles. Méchants ? Non, des enfants en pleine forme.
C’est au cours de ces récréations que j’ai entendu parler de la mort pour la première fois, un petit copain ne venait plus à l’école, sa maman est arrivée un matin et a raconté la mort de son petit à Melle Yvonne.
L’absence du petit m’avait mise en éveil, le mot mort m’a frappée, à maman j’ai demandé ce que devenaient ces petits enfants « Morts »
« C’est un petit ange au ciel » a répondu Maman
les "limbes", je l'apprendrai au catéchisme et je serai révoltée.
Ce ciel, ce paradis dont on nous berçaient, nous les enfants cathos, lieu mirifique où tout était tellement bien, auquel on n’avait accès qu’après la mort, à condition de ne pas avoir fait de gros péchés. « Il suffisait de mourir avant l’âge de raison, 7 ans disait maman en réponse à mes questions, pour y entrer librement. »
A part le morceau de sucre volé ( déjà le sens de la responsabilité, de la culpabilité), pas « emprunté » comme disent les enfant de maintenant, les mouvements d’humeur quand j’étais trop fatiguée, je n’avais pas commis d’assez gros péchés pour mériter l’enfer.
J’ai eu 7 ans et à mon désespoir… j’étais toujours vivante… Je ne serai jamais un petit ange au ciel…
Ce jour là, personne n’a compris pourquoi je pleurais tant.
C’est en CP, que j’ai connu la sadique qui s’appelait Canne. « Les meilleurs élèves avait droit à son sadisme » me rappelait une ancienne.
Un jour, sans aucune raison, elle m’a empoignée et traînée jusqu’au piano dont elle a enlevé le cache à l’arrière pour mieux me faire entrer à l’intérieur, elle a repoussé le piano contre le mur après avoir remis le cache. Je crois que j’ai hurlé.
C’était au cours d’une récréation où la maternelle et le CP étaient mélangés, la pluie empêchant la sortie à l’air. Melle Yvonne, assistait impuissante à ces actes cruels. Je n’en ai rien dit à la maison…
Un midi à la sortie, elle m’a retenue, plaqué le nez contre le mur, les mains derrière le dos
Tous les élèves sortis, elle a disparu, elle aussi
Seule dans cette classe paraissant immense pour un petit bout de femme, je me suis mise à hurler en pleurant…Elle est alors revenu m’a traitée de folle, puis m’a permis de partir.
Personne à la maison ne s’est aperçu de mon retard, pas même maman très occupée à préparer le déjeuner. Je n’en ai pas soufflé mot et d’ailleurs nos parents étaient souvent d’accord avec les profs, trop. Pourquoi parler puisque je ne serais pas entendue ?.. Personne n’a donc vu les traces de mes larmes ?
Il y a eu d’autres excès de cette bonne femme, manifestations de sadisme envers les autres ou envers moi. Je me suis promis, un peu plus grande de « Tuer » cette maîtresse qui avait fait tant de mal à des petits sans défense.
Je ne l’ai pas trouvée sur mon chemin, je crois qu’elle a fini par mourir et peut-être qu’avec ses gros péchés, elle vit l’enfer. Ca me fait même pas plaisir…L’enfer, ça doit pas exister puisque Dieu est la bonté même. Un peu de grillade et de travaux forcés oui, mais pas l’éternité.
Comment je la retrouverai quand je serai au paradis ? Elle sera peut-être devenue un ange, après avoir purgé ses peines au purgatoire. Est-ce que je lui pardonnerai ?
Avant Pâques, l’année de mes 6 ans, je sais lire. Oui, c’était comme ça du temps de l’abécédaire, à part le petit débile de la classe, tout le monde savait lire à Pâques en CP. Maintenant comme c'est un bon procédé pour empêcher « LA MASSE » de devenir savante, des méthodes de lecture ont été inventées. Celle de la lecture Globale, fait encore fureur.( cet écrit date de 2005) Mes neveux, 50 ans passés maintenant, en ont tous subis les conséquences.
J’ai lutté contre cette méthode, étant assistante sociale. Plus tard, à l’antenne de RTL, j’ai avancé que c’était un vouloir politique pour enfoncer davantage les prolétaires. Un politique s’est prononcé à la télé: « Nous allons revoir les méthodes de lecture ».
« Va te faire foutre » que je dis, plus tu dénonces les dangers, plus le gouvernement enfonce le clou.
Il suffit de se souvenir du livre de René Dumont, le fameux écolo, paru il y a plus de 40 ans: « L’Afrique noire est mal partie » Où en est-elle l’Afrique Noire ? A-t-on tellement envie de l’aider à sortir du sida, de son enlisement., de sa pauvreté. Bien organisée, l’Afrique
représenterait une menace pour le reste du monde.
Mon premier livre : « La miche de pain », suivi de « L’enfance de Bécassine » Oh ! Ce plaisir de découvrir le monde à travers la lecture. Un peu de Bretagne avec Bécassine. Un peu de Paris aussi et je le découvrirai davantage avec « Mademoiselle Mimi à Paris », l’Alsace et ses cigognes avec « Jacobi », la Corse avec un livre de la collection, « Suzette » , la Chine avec « Galaor et Célisette » dont le papa est ambassadeur en Chine. Je revois l’image du pousse-pousse qui les emmène à travers la ville.
Bon .
Alors, oui nous portons des tabliers, les instits des garçons portent des blouses grises, les instits des filles des blouses de couleurs agréables. Et alors?
C’est pas l’époque ou les lessives lavent « plus blanc que blanc » les machines à laver ( comme il n’en existe que pour le linge à cette époque, inutile de rajouter ce mot ), ces machines à laver, ne font pas tout le travail comme celles dont les mamans ont hérité par la suite. Une lessive c’est une dépense de temps et d‘énergie énorme quand il faut la faire pour 8 adultes, Avec la grosse machine en teck ça prend même toute une journée par semaine, de 8 h du matin à 6 h du soir, avec des temps de pause pendant les battées, le temps nécessaire pour préparer le repas ou faire la vaisselle.
La main garnie de la brosse de chiendent s’y met à cœur joie pour frotter cols et poignets de chemise de ces messieurs. Les chaussettes… N’en parlons pas.
Seulement, avez-vous respiré l’odeur du linge que vous allez dépendre à la tombée du jour à l’orée de l’hiver de ce temps, quand le gel a raidi le drap et le reste du linge sur le fil de fer ? Odeur incomparable…
Avez-vous admiré la propreté éclatante du linge, qui a bouilli avant d’être battu, dans du savonnage au savon de Marseille ? Le linge de dessous en vrai coton, est d’une blancheur à faire crépiter les yeux. Ca , vous ne le verrez jamais.
Les tricots sont en pure laine, c’est pas ceux des super-marchés à deux euros la douzaine. Pour les économiser parce que vous n’en avez pas une floppée, vous les protéger en adoptant le tablier et c’est ainsi que les mômes portent tous un tablier à l’école, ils économisent leurs vêtements qui ne sont pas changés tous les jours, le tablier à l’école devient l’uniforme, et est remplacé à la maison par un plus usagé déjà ravaudé. Parce qu’à ce temps là, la matière est tellement noble que lui donner un peu d’aide pour tenir plus longtemps est un acte de civisme et de courage, il faut savoir coudre. Les mamans et les filles dans ces années, apprenaient la couture comme les jeunes apprennent à fumer maintenant. Certains garçons s’y mettaient parfois et au régiment, ça leur était bien utile. J’avais à peine 6 ans quand j’ai tenu ma première aiguille. Que j’étais fière…
Les vêtements protégés par le tablier, ceux qui entrent en CE1, s’ils se mettent de l’encre plein les doigts pour leur apprentissage d’écriture, ne salissent pas leurs vêtements. Et le maître qui toute la journée se sert de la craie au tableau, garde sa tenue décente en quittant la blouse. Voilà les vraies raisons du port de « blouses et de tabliers » Ca ne nous empêchait pas d’être heureux à l’école, de se sentir plus libre que maintenant dans ce que tous appellent « Le Bahut ».
En primaire, chaque jour nous faisons une dictée et la maîtresse nous apprend toutes sortes d’astuces pour retenir les règles.
Pendant la couture hebdomadaire, et à partir du CE1, nous lisons chacune notre tour, l’école n’est pas mixte encore, un passage d’un roman passionnant. Ca nous donne envie d’en lire d’autres.
Tous les jours aussi, calcul. Calcul mental, récitation parfois chantée des tables de multiplication. Arithmétique, les problèmes, on ne dit pas « Maths », c’est réservé au secondaire : géométrie et algèbre. .
Et quand le trimestre ou l’année prend fin, après rangement dans nos cartables de nos livres et cahiers qui sont de taille abordable, nettoyage de nos bureaux que nous enduisons de cire.
L’école primaire terminée, nous entrons en 6ème. Il faut pour cela fréquenter une école centre ville, la plupart du temps. Et les parents cathos ou autres, pas riches, se saignent pour vous y envoyer.
Prendre le Mongy ou le bus, se préserver des mains baladeuses pendant le trajet, faire un certain chemin à pied, le tout nous prend environ quatre fois 30 minutes chaque jour, par tous les temps.
Les jeunes enfants sont accompagnés par un adulte ou une élève plus âgée. Tout jeunes, ils apprennent la marche et ne s’en plaignent pas. Je n’ai jamais vu une seule élève profitant d’une voiture. Même pas ma voisine Jacqueline dont le père, Directeur Général des tramways de Lille, a un chauffeur à casquette et gants blancs qui vient le chercher tous les matins. Jacqueline fait la route à pied.
Le port des cartables. S’il est vrai que les cahiers sont maintenant disproportionnés en taille, (et pourquoi ? ) les livres ont toujours pesé lourds, peut-être moins que maintenant parce que les matériaux utilisés pour leur fabrication sont en bonne matière. Si les jeunes s'adonnaient davatange au sport.
Une maman me disait:
" Mon fils doit faire de la kiné pendant deux ans...
- et si vous l'envoyiez à la piscine ?
- Il n'aime pas et puis il faut payer...?"
Je n’ai jamais entendu une élève du secondaire se plaindre du port du cartable. Et cependant, certains organismes sont affaiblis par une alimentation appauvrie par la guerre, le marché noir n’est pas à la portée de tous. Je me souviens des engelures aux mains et aux pieds, du froid qui engourdit les pieds toute la matinée, la classe est mal chauffée et c’est seulement en repartant l’après-midi pour l’école, que les pieds se sont réchauffés.
Voilà l’école que j’ai vécu étant jeune
Et puis, un jour j’ai été instit.
?
CHARDON DE LILLE
dimanche 4 mars 2007
[7] ¤ METHODE GLOBALE
ECOLE : METHODE GLOBALE
Posté par gaby le 18/1/2006 19:03:05 (35 lectures)
Sujet très épineux, si seulement tous en parlaient... Tous ensemble, ceux concernés... Et toute la France est concernée.
METHODE GLOBALE
BRAVO…ENFIN NOUS Y ARRIVONS…
peut-être…
Ca fait plus de 40 ans que je lutte contre la méthode globale
Bravo Monsieur de ROBIEN, Ministre de l’éducation Nationale, vous êtes farouchement décidé à abolir cette méthode qui a versé le peuple dans l’illetrisme. Les enfants sortant du CP ne savent pas lire et par conséquent ne savent pas écrire. Puis vient la télé, les jeux vidéo, et internet, et avec les messages du portable où : plus les mots sont compressés, moins ça coûte et « c’est » devient « c » entre autres, pourquoi des mômes non motivés feraient-ils des efforts ?
Dans tout apprentissage, qu’il soit manuel ou intellectuel, même de très haut niveau, c’est toujours par le B-A-BA qu’on commence. L’effort répété jour après jour, le cerveau faisant le reste, c’est gagné.
C’est par mes neveux que j’ai constaté très vite le machiavélisme de cette méthode.
A.S. en protection judiciaire de l’enfance, j’ai eu à veiller sur plus de cent enfants les premières années de mon engagement à Lille, et en 82-87, j’en avais encore une bonne soixantaine. Heureusement tous n’étaient pas d’âge scolaire, parce que je rencontrais l’instit, de chaque enfant, au début de l’année scolaire, à la fin également pour certains, davantage en certaines circonstances.
Christelle appartenait à une famille en grande difficulté, je l’avais vue naître. La voilà en C.P. Elle fréquente régulièrement l’école. Cependant, il est décidé en fin d’année, qu’elle redoublera son C.P. L’école, où je dois me rendre chaque semaine pour assurer la conduite d’une de ses sœurs à la rencontre d’un orthophoniste, est une école publique sérieuse (quartier d’Esquermes), l’autorité sans autoritarisme règne, cela tient au corps professoral qui se serre les coudes, aidé par une directrice digne de cette fonction. Constat fait par moi-même. Pas de désordre, de bousculade dans les couloirs et escaliers par exemple, ce que j’ai vu ailleurs fréquemment, je ne citerai que Marine, que je suis amenée à sortir du collège un après-midi, côtes cassées, et ce ne sera pas l’unique fois.
C’est une jeune instit qui a la responsabilité de « mettre à niveau » onze enfants redoublants le C.P. Classe de rêve : Onze enfants. Instit, j’ai terminé avec 35 gamins, CE1-CE2.
A la fin de l’année scolaire, nouvelle rencontre. Christelle, malgré l’attention dont elle a été l’objet, en est restée au même point, il lui sera offert exceptionnellement de tripler ce C.P.
Mais la jeune instit très fière, peut m’annoncer que les 10 autres sont tirés d’affaire. J’admire, je félicite et je demande quelle est la méthode qui lui a permis d’arriver à cet exploit ?
« La METHODE SYLLABAIRE évidemment… !!! ( comme s’il était nécessaire de poser cette question !!!)
Je suis soufflée…
« Si ça peut repêcher les enfants en difficulté, pourquoi n’est-elle pas rétablie dans toutes les écoles primaires ? »
Le visage de la jeune instit vire au rouge et c’est la voix hésitante, presque inaudible, comme si elle venait de trahir un secret qu’elle me répond :
« Les professeurs ont le droit de choisir leur méthode de lecture. »
Je ne poursuis pas la torture.
Cette révélation me bouleverse.
Je continue à ne pas être entendue ; toutes les oreilles, surtout celles bien haut placées, sont bouchées. Même les collègues de service social ne se sentent pas concernés
Et j’entends encore ce môme de 8 ans, dont les difficultés vont croissantes. Alors qu’il est à l’arrière de ma voiture, il m’annonce :
« Je sais lire… Attends… »
Il ferme les yeux en les serrant très fort et sort de mémoire : « Toto a tâté le tapis » etc…
VICTOIRE, IL SAIT LIRE, METHODE GLOBALE.
Vers 94, j’ouvre deux séances d’écrivain public bénévole. Une interview RTL me permet de parler de cette méthode globale et je dénonce à travers son maintien diabolique, alors que l’échec se perpétue, un vouloir politique : « en la confinant dans son ignorance, il n’est pas possible à la classe défavorisée de faire valoir ses droits, tous ses droits, même celui d’entrer par la suite à l’ENA, ou Sciences- Po. Si le pouvoir passait aux mains d’êtres issus de cette classe d’en bas ?... !!! » Elle me demandera de bien réfléchir avant de lui permettre de le répéter via l’antenne. C’est fait.
Peu de temps après, un politique annonce à la télé
: « Nous allons revoir les méthodes de lecture »
Et je pense : « Cause toujours, tu n’en as rien à foutre »
Effectivement, rien ne change.
Et voilà que tout à coup, Monsieur de ROBIEN me redonne espoir… Oui… Espoir parce que… Voyons d’abord les résultats.
Mardi 10 Janvier 2006
Et voilà.
« 20’ » annonce en gros caractères : ‘c’est dit’
« LA REUSSITE SCOLAIRE NE S’IMPOSE PAS PAR DECRET, ELLE NE SE DECIDE PAS RUE DE GRENELLE ?
LES INSPECTEURS DE L’UNSA ONT DIT HIER QU4ILS INTERPRETERAIENT ‘avec discernement’ LA CIRCULAIRE SUR L’APPRENTISSAGE DE LA LECTURE QUI INTERDIT LA METHODE GLOBALE »
Quand l’ambition prend le pas sur l’humanité ? …Quand il n’y a que le « MOÂ » qui compte…
Où allons-nous ?
Mais pourquoi ce pessimisme, ces inspecteurs sont peut-être animés des meilleures intentions du monde et s’ils décident de ne pas aller trop vite, c’est sans doute pour donner plus de poids à « La chute de la méthode globale »
Imaginez donc le cratère que cette météorite causerait dans les méthodes de l’enseignement primaire et qui permettrait à l’ABECEDAIRE de retrouver toute sa place, toutes ses lettres de noblesse
SIMPLES CONSEILS de Chardon :
Pour ouvrir davantage l’esprit, je ne connais pas d’autre méthode que l’humilité, savoir être humble, s’effacer devant les réalités, faire place à d’autres. Mais pour cela, il faut être encore un être humain…
Pour une meilleure vue, il y a toute la panoplie AFFLELOU ( si erreur orthographique de ce nom, je vous prie de m’excuser)
Monsieur de Robien prônait l’autorité naturelle, dénonçait l’absence de moyens, de pédagogie. La pédagogie donne vie à l’enseignement, amorce la passion, et le savoir immense ne passe pas quand l’enseignant n’est qu’un robot qui débite ses connaissances.
Je garde l’espoir que certaines autorités qui ont à débattre de ce délicat sujet dont dépend l’avenir de milliers d’enfants et par la même celui du pays, ne font pas partie des idiots ambitieux.
CHARDON de LILLE

