mémoire de chardon

attirer l'attention sur ce qu'a réaisé une simple instit, une assistante sociale sans titre au cours de sa vie professionnelle et donner une idée de son point de vue sur la vie et aussi la poli-tique

dimanche 4 mars 2007

[13] ¤ LES COPINES A PARIS

LES COPINES : A PARISSS...

Posté par gaby le 15/2/2006 18:13:19 (32 lectures)

C’était Micheline

Une surdouée intello…Fille de bourges, très éduqués

Blessures profondes .
- mort de son père quand elle est enfant
- Renvoi fracassant de « La légion d’honneur », établissement très sélect réservé aux filles de militaires de carrière gradés.

Nous avions fait nos études d’Ass. Sociales ensemble à Lille.

Pendant le temps d’études et bien des années après, elle me citait constamment l’œuvre d’Alexis Carrel : « L’homme cet inconnu » J’aurais dû lire ce livre à cette époque, j’ignorais totalement son contenu, Micheline me disait seulement combien cet auteur était dans
« le vrai »

Elle avait un poste à Valenciennes. Je travaillais à Paris.
Elle s’est annoncée un certain dimanche. C’était une fin de mois, de ces fins de mois où l’argent court les rues, jamais mes poches. Maigre salaire + gros frais = la diète en fin de mois. Ca ne me dérangeait pas. Avec quelques biscuits, quelques biscottes, je tenais la rampe et d’ailleurs, j’étais trop occupée pour prêter l’oreille aux tiraillements incongrus d’un estomac mal élevé.

Mais pour Micheline, il fallait du solide et du bon.
J’ai réuni toute ma fortune et pour le déjeuner sans faire d’extrêmes folies, aidée par mes connaissances culinaires, je lui ai préparé un bon repas.

J’avais fait par prudence, l’achat de ma carte de métro pour la semaine à venir.

Micheline est là et je suis contente de la recevoir, je sais qu’elle va me fatiguer par son bavardage exalté, moi qui ne parle guère (à cette époque oui, oui) mais j’ai assez de tonus. J’espère seulement que son train est assez tôt dans la soirée, je pars toujours tôt au travail le matin.

Par moi, elle s’est toujours fait servir. Je n’ai jamais eu le courage de refuser. Quand elle me disait au cours : « Tu peux passer ce soir ? », je savais qu’il y aurait la vaisselle, le nettoyage chez elle. Elle était toujours trop fatiguée. Moi, j’avais un trop plein d’énergie qui me permettait outre mes études, de tenir le poste de déléguée de promo, d’entretenir la maison, maman se chargeant des repas sauf le dimanche ; j’avais aussi une tripotée de neveux accrochés à mes basques et je pouvais encore satisfaire les demandes d’autres amis.
« Comme tu vas vite » me disait Micheline, allongée sur le canapé. Oui, j’allais vite tout en faisant bien. Mélo me fera la même réflexion à propos de la vaisselle. Pourquoi leur dire que j’en avais une telle habitude et aussi qu’en étudiant l’économie de mouvements, je me permettais de gagner du temps. Quand je lirai avec amusement
« Treize à la douzaine », je me retrouverai dans le personnage principal.

Micheline est donc là, rue Louis Bonnet, XIème, toute petite rue et à l’angle c’est la rue de Belleville, BELLEVILLE, le XXème. Ca me convient parfaitement moi qui suis une gosse des rues.

Chez moi, Micheline occupe tout l’espace. Elle raconte en se reposant et je mets la dernière touche à la préparation du repas. Je commence à connaître les personnes dont Micheline s’occupe, il ne se passe guère de semaine sans qu’un appel téléphonique m’interpelle, les familles suivies par Micheline sont parfois aussi dégradées que celles de mon service. Et je conseille Micheline, je la rassure. Ce dimanche, ça ne change pas de menu, ces familles écrasées, la société qui ne fait pas ce qu’il faut etc..

Puis, il y a l’autre versant : Micheline, digne descendante de parents sans doute peu fortunés mais « nobles », d’un milieu où le vouvoiement est nécessaire entre parents et enfants, ce serait déchoir que de se priver de « ces privautés ». Et si le père, décédé depuis longtemps fût militaire de carrière sans doute interrompue par cette mort imprévue, Micheline, elle, est de « caractère militaire » du côté des gradés.

Je ne saurai jamais quel fût le grade de son père, j’aurai les oreilles rebattues par ceux de ses frères : capitaine, commandant, colonel, général…

J’ai adopté Micheline. Son âge, son caractère, l’ont mise en marge des élèves de la promo. Je m’entends bien avec elle et je peux, lorsque je sens que ça va exploser de sa part, la calmer de mon regard. Elle a parfois un sourire adorable et sait, sans calcul, dire des choses charmantes. Je pardonne tout à Micheline, je ne lui donne pas raison en tout quand c’est nécessaire. Elle accepte, ça vient de moi.

Et le repas se déroule sans incident. Micheline aime ce que j’ai préparé, regrette que je ne sois pas proche de valenciennes, elle prendrait pension chez moi. Intérieurement je pense qu’il est très heureux que je sois assez éloignée d’elle.

Micheline est fatiguée, le café, c’est après la sieste qu’elle le savourera. Et Micheline va s’étendre sur mon lit. ( en réalité, un sommier posé à même le sol)

Porte fermée pour ne pas déranger la dormeuse, je fais la vaisselle, le rangement, puis j’attends patiemment un livre à la main, que Micheline refasse surface.

« Le café est bon, tellement bon… » dit-elle. Il lui faut la marque. Elle ignorera que ce sera la seule fois où je me serai permis l’achat de ce café…

Le monologue se poursuit bon train, j’opine ou non, selon le sujet. Je sais que c’est par un train à 5h gare du Nord que Micheline regagnera Valenciennes et ça me soulage.

Il reste peu de temps avant le départ. Et Micheline songe tout à coup que tout sera fermé quand elle rentrera à Valenciennes, qui n’est qu’une ville de province, « Valenciennes, ce n’est pas Paris, dont elle est native, il n’y a qu’à Paris que des magasins restent ouverts à presque toute heure ». Donc il faut faire des achats pour son repas ce soir et aussi du pain pour demain matin. Je la mène près de chez moi, elle fait son choix et je trouve dans mes poches juste de quoi régler la note.

Nous voici dans le métro, il est heureux que je sois toujours en possession de tickets. Parce que maintenant, il n’y a plus un kopeck en poche.

Nous sommes vite arrivées gare du Nord. J’installe Micheline dans le train. Place choisie minutieusement. Ici il y aura trop de passage, là, l’air de la fenêtre pourrait créer le courant d’air, à cet endroit ceci, à celui-là cela… Enfin Micheline a pour le moment trouvé la place idéale.

C’est alors qu’elle s’écrie : « Mais la boisson, tu n’as pas pensé à la boisson!... comment je vais faire pendant tout ce voyage ? … »

Et moi, comment je vais faire pour lui payer sans argent une boisson sur un quai de gare, donc plus cher qu’ailleurs ?

Je prie Micheline de rester à sa place, je reviens de suite, je me suis naturellement enquise de son choix de boisson. Et je vais tenter ma chance.

J’aborde l’étal ambulant qui offre une certaine variété de consommations plus ou moins fraîches, je m’adresse à la dame qui fait de son mieux pour écouler sa marchandise, je lui montre les jetons de téléphone de l’époque : « Est-il possible de troquer cette valeur marchande contre telle boisson ? »

Je crois que j’ai l’air d’un chien battu en exprimant cette demande, la dame me regarde et… sans parler, avec un gentil sourire, elle se sert des jetons nécessaires pour me déposer en main, la boisson demandée. Du fond de mon cœur, en lui rendant son sourire, je lui exprime ma gratitude. Je n’ai pas eu la chance de la revoir par la suite, je lui aurais offert quelques fleurs.

Je rejoins le compartiment de Micheline qui m’exprime son inquiétude, agacée d’avoir attendue si longtemps, le train allait partir… La boisson précieuse est entre ses mains et heureusement, le chef de gare contrôle la fermeture des portes. Micheline disparaît à ma vue

« OUF ».

Je rentre chez moi complètement abattue. Je suis réellement vidée. Je vais m’étendre sur mon lit.

Je ne m’éveillerai que le lendemain matin pour partir au boulot, après avoir fait ma toilette. Un verre d’eau me satisfera avant la mise en train


                                            CHARDON de LILLE

Posté par gaby_djebelle à 18:20 - AMIS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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