lundi 5 mars 2007
[19] ¤ CE FOUTU MONDE
Posté par gaby le 29/3/2006 19:07:16 (27 lectures)
Voici ce que nous écrit mon ami Fabien
Alors que je commençais à être fâchée avec la vie, à cause de tout ce bourbier gouvernemental dont les êtres immatures nous prennent pour des pantins qu'ils peuvent agiter à leur guise et qui font toujours passer les intérêts économiques avant celui de l'être humain, ceux qui nagent dans l'illusion du pouvoir, le mensonge et l'orgueil, Fabien apporte ce texte admirable.
Et me voilà repartie d'un bon pied
Merci Fabien,
aussi je veux vous en faire profiter tous
Vivre à Pellevoisin – Avril 2006
Edito
Ce « foutu » monde que j’aime !
Oui, je l’aime ce « foutu » monde avec toutes ses contradictions, ses horreurs, ses grandeurs, son génie et ses démesures, ses richesses et ses pauvretés, sa bonté et sa cruauté, ses passivités et ses enthousiasmes.
Oui, je l’aime parce que c’est le mien, celui qui me fait vivre et pour qui je vis, celui que je veux et peux construire modestement avec mes petites possibilités. Oui, je l’aime car il est incroyable, génial comme disent les jeunes, unique car il est au croisement d’un passage : celui d’un monde qui n’est déjà plus car fragile, désossé, chancelant, privé de repaires, de charisme, d’imagination, incapable de maîtriser toutes les richesses qui l’habitent, paniquant et angoissant, il est en train de passer vers un monde qui n’est pas encore mais qui s’invente sous nos yeux, que nous avons responsabilité d’inventer. Nous en sommes les témoins et il nous est proposé d’être les acteurs de cet étonnant enfantement.
Nous avons la chance de vivre dans un monde à la fois dangereux et merveilleux, dans un monde où on ne peut plus dormir, s’installer, un monde qui a besoin de vivants, d’hommes, de femmes, de jeunes, debout, « révolutionnaires ». Il craque dans la « douleur » de l’enfantement : tout craque, le politique, le judiciaire, le religieux, le social, l’éducation, l’économie, en un mot les institutions : tout craque car ce qui a été dans un immobilisme répétitif depuis de si longues années, n’est plus viable : il est temps de vivre autrement. Comme les enfants bousculent les parents, et les jeunes les adultes, des peuples jeunes et brimés jusqu’ici bousculent les vieux peuples installés dans leur confort, leurs habitudes et leurs discours ; des croyants assoiffés de spirituel viennent interpeller nos Eglises enfermées dans leurs habitudes et leurs discours, et frileuses, en nous invitant à vivre ces passages porteurs de vie et de résurrection, à redécouvrir qu’il ne sert à rien à l’homme de gagner l’univers s’il perd son « âme ».
« Le vieux monde est passé, le monde nouveau est déjà là » (Saint Paul), « Quittons cette rive, allons vers le large… On ne met pas le vin nouveau dans les vieilles outres » (Evangile).
Il est fini le temps des égoïsmes et des privilèges, naît le monde de l’amour, je veux dire le monde de la justice. C’est inexorable, on n’arrête pas la marche des peuples vers la liberté qui est le droit d’être et de vivre dans la dignité.
Le passage qui est le rythme de cette marche se fera dans l’harmonie et la sérénité s’il est vécu dans l’intelligence de cette vérité, ou dans le cas contraire, avec la violence, les larmes et le sang, comme le cri des banlieues et bien d’autres cris nous le manifestent déjà. Ce sera aussi la grandeur de notre « foutu » monde de faire le choix et l’intelligence au service de l’amour et de la justice. Et j’y crois car je crois en l’homme. C’est pour cela que je l’aime.
C’est pour cela que je le crierai le jour de Pâques : fête et cri de tous ceux qui attendent les passages qui « révolutionnent ». Bonne Nouvelle pour tous les hommes de bonne volonté, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas mais unis parce qu’ils croient en l’homme. Espérance car tout est possible depuis ce jour mais tout est toujours à actualiser et c’est de notre responsabilité, de ma responsabilité. Ce faisant j’œuvre pour ceux que j’aime et notamment les jeunes qui seront de ce monde nouveau et qui auront à vivre à leur tour d’autres passages et d’autres enfantements jusqu’à la dernière naissance.
« Un autre monde est en marche. Beaucoup d’entre nous ne seront plus là pour assister à son avènement. Mais quand tout est calme, si je prête une oreille attentive, je l’entends déjà respirer » (J.ROY)
Fabien Cristofoli,
prêtre à Pellevoisin
Téléphone 03 20 55 01 99
dimanche 4 mars 2007
[4] ¤ MOI JE SAIS PAS EMBRASSER
A L'écoute : MOI,JE SAIS PAS EMBRASSER
Posté par gaby le 1/1/2006 22:01:35 (54 lectures)
Premier jour de l'an 2006
aujourd'hui, j'ai choisi un texte, moment de vie vécu par moi-même qui réchauffera le coeur de certains
Bonne année à tous
"MOI, JE SAIS PAS EMBRASSER"
La famille demeure assez loin de la ville, en pleine campagne, dans un lotissement HLM tout frais construit. Il y a déjà 4 enfants, le plus jeune 3 ans je crois.
Les parents sont des gens simples, j’apprendrai peu de choses de leur passé d’enfants, d’adolescents, la vie ne les a pas gâtés.
Je ne me souviens plus de ce qui a motivé une prise en charge en AEMO, par le tribunal pour enfants, par lequel je suis mandatée en tant qu’assistante sociale en protection judiciaire de l’enfance. (AEMO : Action éducative en milieu ouvert, c\'est-à-dire exercée dans la famille, par opposition au milieu fermé qu’est l’internat)
Régulièrement, je dois me rendre dans cette famille et c’est, au début, l’essai de dialogue entre nous. Nous avons vu ensemble les motifs alignés sur l’ordonnance du jugement. J’éprouve toujours de l’amertume à la lecture de ces écrits qui cataloguent trop facilement d’incapables, des parents en difficulté. Ca les écrase aux yeux de la société, de leurs enfants. A un « de Villepin » , il ne lui sera pas servi de tels attributs, jamais ce genre de famille ne comparaîtra devant le juge des enfants, plus tard peut-être la comparution au tribunal, les rejetons étant devenus adultes. Que deviendra son fils dont il a lavé et effacé l’erreur ?
Lors de la première rencontreavec la famille, c’est avec difficulté que les parents essayent de me traduire ce qu’ils ressentent face à cette action. Monsieur est assis à mes côtés Et je m’aperçois avec étonnement, que sur son avant-bras les poils se dressent "tout drets", ainsi que sur sa tête, ses cheveux déjà taillés en brosse. Réflexe horripilateur qui dans ce contexte, traduit son émotion.
Je les aide de mon mieux à formuler et nous prenons des engagements respectifs, notés sur papier dont un exemplaire est remis à la famille.
Par la suite, l’action se déroule sans heurts et Monsieur, qui a bien compris que c’était l’affaire de toute la famille, s’arrange pour être présent aux entretiens, qui ont souvent lieu devant les enfants. L’un d’eux bénéficie de l’aide d’un centre médico-psychologique, accepté par les parents et l’enfant. Fait rare, les parents assument ces déplacements hebdomadaires.
Les liens créés avec cette famille, me semblent positifs et, sincèrement je me sens bien quand je me rends chez eux. Monsieur a perdu de sa timidité tout en continuant à s’exprimer peu, ainsi que madame. Les faits n’ont pas toujours besoin d’être traduits par des mots, surtout quand les visages sont si expressifs
Quelques mois passent.
Un lundi matin, à ma permanence au palais de justice, je vois arriver Monsieur. Il est venu du fond de sa campagne, s’arrangeant pour son travail. Ca suppose des heures supplémentaires, pas cher payées.
Ce qui lui sort tout d’un trait :
« Ben ,voilà… moi, j'sais pas embrasser … ».
.
Il se lance aussitôt dans l’explication de certaines situations qui n’ont aucune relation avec la phrase exprimée. J’essaierai d’y revenir en vain.
Et Monsieur part, comme il est venu.
Puis il se représente à une autre permanence du lundi et débute par la même phrase sans qu’il y ait possibilité de s’y arrêter. Que veut-il me dire ?
Le voilà une troisième fois, avec les mêmes mots : « Moi, j’sais pas embrasser »
J’ai eu le temps de réfléchir. Je me lance :
« Permettez-moi, monsieur, je crois pouvoir réfléchir avec vous.
Vous me dites que vous ne savez pas embrasser. Cela veut-il dire que vous n’embrassez jamais vos enfants, le soir par exemple, avant qu’ils n'aillent se coucher… ?
Monsieur opine
- Peut-être que vous n’arrivez pas à les embrasser comme le font certains pères en certaines circonstances… ? Leur anniversaire par exemple ?...
Monsieur opine. Et son visage s’éclaircit, je crois que je touche au but. Alors j’ose
- Est-ce que vous êtes tout aussi embarrassé pour embrasser votre femme ?... même quand vous rentrez du travail ou y partez… ? Jamais un petit baiser gratuit à n’importe quel moment ?...
Et oui... Monsieur opine, et son visage me dit qu’il attend plus...
- Comment avez-vous fait la conquête de votre femme ? Il n’y a pas eu des regards de l’un à l’autre … vous n’avez pas cherché l’un et l’autre à vous rapprocher ?... Il n’y a pas eu certaines petites caresses, certains petits baisers ?...
L’expression de Monsieur est intraduisible à ce moment là, il est comme en extase… Si le regard est fixé sur mon visage, c’est au loin qu’il se souvient … Au bout d’un moment il opine affirmativement semblant vraiment soulagé.
- Croyez-vous pouvoir reprendre ces petits gestes, « re-conquérir » tous les jours votre femme ?... Je pense que c’est ce que vous souhaitez sans pouvoir l’exprimer ?...
Oui, Monsieur opine, c’est ce qu’il souhaite.
Je lui dis alors que c’est certainement ce que sa femme attend de lui sans pouvoir le lui dire, alors, il va oser l’embrasser, reprendre les habitudes du début :
« l’amour s’entretient tous les jours Monsieur, par des tas de petites attentions et le baiser inattendu en est une, je suis sûre que vous allez y arriver »
A la rencontre suivante, Monsieur et Madame sont seuls chez eux. Ils sont l’un en face de l’autre comme deux amoureux encore timides et j’entends Monsieur, l'air triomphant :
« Hein oui que vous avez dit qu’il fallait que j’embrasse ma femme ?... »
Celle-ci, radieuse et tout à la fois gênée, semble en être au premier jour de découverte amoureuse.
Neuf mois plus tard, un matin je suis attendue chez eux.
Sans un mot, à mon arrivée, Monsieur aussi ému que sa femme, sort du berceau une superbe petite fille et me la pose délicatement dans les bras… comme un cadeau...
CHARDON de LILLE

