mémoire de chardon

attirer l'attention sur ce qu'a réaisé une simple instit, une assistante sociale sans titre au cours de sa vie professionnelle et donner une idée de son point de vue sur la vie et aussi la poli-tique

dimanche 5 août 2007

[80] ¤ C'EST...C'EST...C'EST... NOTRE CONCIERGE

                                                                                            Juillet 2007

C’EST, C’EST, C’EST … NOTRE  CONCIERGE

Il se prénomme Luc.

St Luc, 1er siècle, évangéliste, patron des médecins et des peintres. Je ne vois pas le rapport entre ces deux ARTS.

Il est jeune, « émincé » aussi finement que les oignons prêts à être cuisinés mais lui ne fait pas pleurer.

Quand il est arrivé à la résidence, les sols étaient durement encrassés par tous les produits « surnaturels, miracles », tant prônés par les pubs télés, qui garnissent les chariots des techniciennes de surface des services d’entreprises, d’hôpitaux, d’administrations ou les paniers des ménagères, enfin appelées telles (les techniciennes) et qui, grâce à la technologie de pointe, ne savent plus nettoyer, repasser, encore moins coudre, pas même préparer une purée, ni un céleri rémoulade. Et ce sont des mères de famille…

Son prédécesseur avait largement usé de ces produits et preuve avait été faite par un résident astucieux, qu’avec un peu de produit simple, peu coûteux, mais une dose d’huile de coude, le miracle se produisait, le carrelage reprenait sa couleur naturelle dans le sas

Alors est arrivé Monsieur Corbinand, Luc, et sa charmante compagne Sylvie.

Je n’avais guère eu l‘occasion de le rencontrer, je suis dans la catégorie des corps usés, je ne me trinqueballe donc plus comme dans le temps. Parfois cependant, le jour de la consultation chez le généraliste, je sors de bonne heure, et je le croise en pleine activité.

C’est alors qu’un matin, étonnée de voir que le carrelage du vestibule qui n’est hélas qu’un aggloméré de marbre, devient de plus en plus clair, et commence à être beau, agréable à l’œil,  je ne peux m’empêcher de l’interpeller : « Que mettez-vous sur ce sol, pour que sa brillance accroche mes yeux de la sorte ?
      -     De l’eau, rien que de l’eau fraîche…

-         Non… incroyable

-         J’ai réfléchi, c’est du marbre, c’est avec l’eau qu’il faut le nettoyer »

Un concierge non seulement très agréable mais intelligent, il réfléchit avant d’agir.

Ca y est, je vois le rapport peintres, médecins. Luc panse les plaies de notre résidence, n’utilise que des remèdes efficaces, simples, préservant la nature des matières et en même temps l’environnement, c’est le côté médical.

Il cherche toujours à l’embellir, c’est le côté artiste.

Je pensais que c’était d’un autre siècle le personnel de maison sachant vraiment nettoyer, je répète toujours aux employées que le nettoyage ne demande pas que du courage mais beaucoup de réflexion. Elles me disent « oui » de façon robotique sans avoir été pénétrées de la réflexion, c’est comme l’orthographe chez les jeunes ça passe sans s’arrêter, sans se fixer. « c koi sa ». Langage sms, très prisé des jeunes. C’est le progrès.

Il faut avoir des yeux partout autant derrière que devant pour ne pas accrocher les meubles, les peintures des plinthes et bas de porte avec l’aspirateur, je n’ai pas encore trouvé l’employée modèle qui agit avec doigté. Et j’assiste à un massacre. Ce n’est qu’un exemple parmi une foultitude.

En sortant de l’ascenseur il y a pas mal de temps, je circulais mieux à l’époque, j’avais quand même failli tomber un matin, le sol était d’un glissant, ça semblait luire oui, mais d’une façon pas naturelle. Le précédent concierge interrogé m’avait expliqué qu’il avait tenu à mettre un produit cirant pour que le carrelage soit plus beau. Aussitôt je l’avais informé du danger de ce produit pour toutes personnes parcourant ce vestibule sortant ou entrant, c’était risque de chute, de fracture et il en serait tenu pour responsable.

Un mois après, même phénomène et c’est à mon équilibre naturel que je dois de ne pas me retrouver sur le sol
      -    Vous avez remis de ce produit ? dis-je en passant au concierge

-         Ben oui, il fallait le finir…

-         J’espère que vous avez une bonne assurance. »

Ce concierge a été remisé, pas pour cela mais il avait un poil dans la main et devoir pousser les containers poubelles hors de la résidence le pénétrait d’un air profondément malheureux. Le dos… Le dos… disait-il…
Je sais qu’il jouait la comédie, cependant il a obtenu la carte d’invalidité, ça débarrassait le syndic d’un sérieux problème, sans que la résidence ait à payer des indemnités de licenciement.

Monsieur Corbinand est arrivé.

Et c’est ainsi, que de jour en jour, Luc découvre les moyens d’entretenir notre résidence, en réfléchissant aux divers problèmes.

Les bacs « déco » des entrées, plutôt moche, non vraiment moche cette déco, leur  nickel  était encrassé par les produits nocifs. Il est arrivé avec beaucoup de patience et de courage, à leur faire retrouver leur naturel, leur brillance, toujours avec de l’eau. Il fallait encore réfléchir et ne pas avoir peur de frotter sans cependant rayer les surfaces nickelées.

Toujours la réflexion… avant l’action et l’huile de coude

Il s’attaque à des problèmes plus ardus, qui relèvent de domaine très différents, tels : la fermeture ou l’ouverture des grilles, l’aération des ascenseurs, le chauffage, la simplification du blocage des portes d’entrée des bâtiments. Avec lui tout devient simple dès l’instant ou il a pris le temps de réfléchir au problème.

Plus besoin de déplacer tel spécialiste dans tel domaine, Luc c’est l’ingénieur haut de gamme.

Il y a toutes les autres taches prises en charge par sa fonction, puis toutes celles dont il « s’encombre » et se sent responsable. Quand vous lui confiez votre clé d’appartement, il vous remet un papier « reconnaissance de dépôt de clé », c’est fait avec simplicité mais sérieusement. Quand les colis arrivent, c’est de bonne heure le matin qu’il fait la ronde pour vous les amener chez vous. Il vous informe de mille détails à vous qui, cloîtrée à domicile, n’en ferez pas forcément lecture en temps utile. Il est partout à la fois sans jamais sembler dépassé, il fait face à tout, il assume tout. Il ne cherche jamais à se reposer en début d’après-midi, comme le lui permet son contrat, il a beaucoup à faire. Et c’est toujours avec gentillesse qu’il répond aux demandes multiples des résidents, il ne sait pas dire NON.

L’avez-vous vu s’attaquer au nettoyage des escaliers, Il commence par la moquette des vestibules avec l’aspirateur et gagne ainsi le 6ème par l’ascenseur. C’est par les escaliers qu’il redescend et tout en nettoyant les marches, il décroche le « chiffon » tenu à sa ceinture et le fait glisser le long des rampes. Quand il doit nettoyer l’endroit des portes où toutes les mains se posent, il le fait avec une éponge et un produit peu nocif, rince avec l’autre côté spongieux et essuie avec le torchon qu’il a pris la précaution de se mettre sous le bras. Que de temps gagné.

Je le vois parfois inquiet ; une simple réflexion qui n’est pas forcément malintentionnée, et le voilà qui court à l’endroit indiqué. Il ne peut laisser un seul coin attendre le lendemain. Il faut que tout soit parfait.

Et je suis sûre qu’il ne s’arrête pas là. Je le sens veiller sur nous, je pense même qu’il est capable de répondre de nuit à un appel de détresse.
Inutile de suggérer à notre syndic d’obliger Monsieur Corbinand à prendre les heures de repos méritées, il est de ceux qui ne peuvent entendre certains messages. Il est de la génération des « 70 heures ».

Attention. Quand un moteur tourne sans arrêt, il explose. Je ne souhaite pas que cela arrive à Luc.
   

A nous résidents, de faire très attention si nous ne voulons pas perdre notre concierge, usé prématurément.

Et, égoïstement parlant, que ferions- nous sans lui ?

Merci Luc et Sylvie

                                               CHARDON de LILLE

Posté par gaby_djebelle à 15:02 - HOMMAGE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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