mémoire de chardon

attirer l'attention sur ce qu'a réaisé une simple instit, une assistante sociale sans titre au cours de sa vie professionnelle et donner une idée de son point de vue sur la vie et aussi la poli-tique

vendredi 23 mars 2007

[67] ¤ LES VIEUX ONT TOUT LEUR TEMPS

18 Décembre 1999

Il y a un an environ : Emily, 12-13 ans

« Tu sais pas, je suis allée ce matin « AU Dr » avec ma mère, j’avais une rhino-pharyngite, il allait nous prendre entre deux rdv, y’avait une vieille femme, 70 ans, elle avait rien à faire, elle avait tout son temps, et ben, elle a pas voulu nous laisser passer avant elle »

Très indignée la môme. Et moi de dire :

« Je vais avoir 70 ans. Je vais « CHEZ LE MEDECIN » (c’est la vache qui va au taureau) à 8 h, le matin. justement pour ne pas attendre longtemps Je suis trop fatiguée. Je n’aurais pas non plus laissé passer une petite fille qui a attrapé un rhume parce qu’elle court toujours « tout nue » l’hiver, alors que l’été elle emprunte le gros blouson de son père

Et, tu sais ce que c‘est qu‘une rhino pharyngite ? C‘est un rhume mignonne, et je ne suis jamais allée chez le médecin pour un rhume. Quand nous étions enfants, maman nous faisait absorber de l‘huile de foie de morue chaque soir et se vantait à la fin de l‘hiver de ne pas avoir eu à soigner un seul rhume.

Cette huile n‘ était pas parfumée, elle était vraiment écœurante »

Oh, la tête d’Emily.

Je ne lui ai pas parlé des énormes engelures qui ont tapissé nos mains et nos pieds pendant la guerre.manque de vitamines et de matière grasse. C’était avec de la glycérine que maman les soignait, de la véritable, bien épaisse. Tellement différente de l’actuelle. Après la toilette du soir, nos mains en était enduites et pour calmer l’agression très piquante, nous offrions nos mains à la chaleur de la cuisinière qui ronronnait agréablement.

- C’est Anne, qui s’étonne aussi de la présence de personnes âgées à l‘ouverture des super marchés: « Christian et moi, nous nous demandons toujours pourquoi les personnes âgées viennent à ces heures là… Tu ne crois pas que certaines pourraient venir à d’autres moments ?

– Demande leur la fois prochaine » que je commence par répondre

Alors je lui explique que je vais toujours de bonne heure le matin ou l’après-midi, faire mes courses à l’ouverture des « petites grandes » surfaces parce que c’est trop pénible de pousser un caddy dans la foule, caddy déjà disproportionné aux forces de la personne âgée, et aussi de faire la queue trop longtemps à la caisse.

Pourquoi les personnes âgées auraient-elles plus de temps que les autres ? C’est tout le contraire.

Elles ne peuvent plus s’agiter, se presser. Elles sont devenues plus lentes en tout, plus vite fatiguées et ayant perdu le ressort de la jeunesse qui récupère tellement plus vite… Et cependant, surtout quand elles sont seules, elles doivent parer à tout, faire les courses, leur repas, surveiller les comptes, trouver l’artisan qui acceptera sans les arnaquer, les multiples travaux qu’elles ne peuvent plus accomplir, recevoir à toute heure les visiteurs agréables, et ceux qui viennent     « parce qu’on sait que vous êtes là et que vous allez pouvoir nous dépanner, vous qui ne « travaillez plus, qui n’avez plus rien à penser, vous en avez de la chance ». Elles sont aussi plus sensibles, un rien les perturbe et quand le coeur s’en mêle, la grande joie le fait sauter. Adieu grand-mère.

Elles subiront les assauts machiavéliques des employées de maison dont le but est souvent de gagner de l’argent sans se fatiguer, quand ça ne va pas plus loin.   
« Mais mémère, on n’est plus aux temps anciens, l’eau de javel, les cristaux de soude, le savon noir, le vinaigre additionné de sel, la lessive St Marc, c’est de la foutaise. Il y a tel produit qui fait tellement mieux et c’est tellement plus pratique. Faut pas être radin, grand-mère, faut pas être maniaque ».

Or, les dits produits « Vus à la télé » découlent bien souvent de ces produits naturels, moins chers oui et tellement plus efficaces et bien moins polluants que les « dégénérés » fabriqués par les zindustriels seulement dans le but d'amasser du pognon. Bien souvent les employées de maison sont des emmerdeuses qui savent tout juste passer la serpillière (qui par la taille et la texture choisies par elles, aurait pu servir de mouchoir à nos grands pères) là où ça les dérange pas et au bout d’une raclette; les coins, les dessous de meubles, ça n’existe que dans l’imagination des vieux, des patrons aussi. Elles savent passer l’aspirateur de la même façon, sur les surfaces moquettées et là elles perdent toute vivacité, elles prolongent l’aspiration jusqu’à l’heure de libération, c’est trop fatigant de travailler surtout si on est payé pour ça. Ils sont riches ceux qui prennent une employée de maison. Faut donc les rouler, faire semblant ? « Nous qu’on est obligés de travailler pour vivre, y faut profiter comme qu’on peut »

Ne généralisons pas, il y a encore des employées de maison consciencieuses.

Quand j’étais petite, je trouvais ridicule les grandes personnes qui rituellement clamaient : « Ils ont de la chance ces enfants, aucun souci, rien que le plaisir de vivre »… OUAIS … que je me disais, et l’école, et les leçons et les devoirs et les tracas avec les frères et sœurs, et le chien malade, et la chatte qui a des petits, et l’oiseau qui meurt dans sa cage, et maman qui s’inquiète sans le dire parce qu’elle n’a plus d’argent et doit nous nourrir.

Maintenant que je suis vieille, je vois que ces grandes personnes ne savent pas plus se donner le temps de l’observation et de la réflexion envers les vieux.

Nous n’avons pas le temps nous les vieux, d’attendre que vous soyez vieux pour nous comprendre

A QUAND NOTRE MINISTERE DE LA VIEILLESSE ? C’ EST URGENT MONSIEUR DEROZIER, OU SONT VOS PROMESSES AVEC VOTRE OBSERVATOIRE NATIONAL DE  LA  MALTRAITANCE ? VOTRE PAROLE D'OR ? DORT ? min p'tit quinquin, min p'tit pouchin ... min gros rogin, te m'f'ras du chagrin si te n'dors point ch' qu'à d'main...

                                                       CHARDON de LILLE

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vendredi 16 mars 2007

[65] ¤ MON ADORABLE DJEBELLE

Mon adorable Djebelle  

                                                                                                         


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Il est vrai qu'un petit chien peut créer de tels dégâts.
Ca s"éduque un petit chien. Ma petite Djebelle s'acharnait sur les coussins que je laissais à sa disposition, et le coussin était vite vidé de son contenu.
Le chien qui détruit vraiment est souvent un chien qu'on laisse seul trop longtemps, trop souvent.
C'est seulement en retraite que je me suis permis d'avoir Djebelle.

Elle avait un pedigree, son nom devait commencer par D, aussi les personnes qui l'ont fait naître de leur chienne l'ont d'abord appelée Diana.
Très joli prénom, trop pompeux pour moi qui portait baskets et jeans. Je ne ressemblais en rien à la princesse.
J'ai laissé venir et un jour le prénom de djebelle a jailli.
Je l'ai trouvé tellement beau... bien sûr il me rappelait l'Algérie, le Djebel.J'avais de très bons souvenirs qui me permettaient d'occulter ceux qui m'avaient bousculée.

Avec Djebelle je prenais le Mongy, elle était si petite que les contrôleurs au lieu de verbaliser, l'admiraient.
Elle était avide de caresses et se pâmait d'aise quand une main délicate se posait sur son pelage.
Souvent son prénom m'était demandé.

Je revois ce Nord Africain, rentrant fourbu du travail et dont le visage s'est éclairé à l'annonce de "Djebelle"

"Comme chez nous" s'est-il exclamé. Et oui...
Le prénom était moins prisé par d'autres.

Il est difficile de plaire à tout le monde


                                                 CHARDON DE LILLE

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mardi 6 mars 2007

[64] ¤ QUE FAISAIT-ELLE LA

QUE FAISAIT-ELLE LA : ET OUI...

Posté par gaby le 21/2/2007 22:48:49 (13 lectures)

QUE FAISAIT-ELLE LA ?

Elle était assistante sociale à la prison de Loos.

J’avais connu la prison dépourvue d’assistante sociale. C’était plus facile pour moi, j’avais la possibilité de converser avec certains détenus, face à face en parloir d’avocat, permission accordée par le Directeur de la prison, en dépit du règlement. Chouette ce Directeur.

Après, il a fallu que je plaise à l’a.s. qui n’avait aucun pouvoir dans l’enceinte de la prison et me le faisait payer en abusant de sa position.

Elle, c’était la copine d’une ancienne du secondaire, devenue avocate puis juge d’instruction, qui n’avait à cette époque d’autre amitié pour moi que celle de profiter de mes compétences en restauration d’intérieur. La S.l.pe…. dirait Bedos…

Elle, fallait voir sa face, des yeux chiasseux qui viraient toujours en oblique, une bouche aux plis retombant lourdement à chaque coin, désabusés, méprisants, l’ensemble vêtu d’un manteau de vison… Ouais… ouais, ouais… du vrai vison, j’en avais jamais touché.

Elle était donc en fonction d’assistante sociale faisant partie d’une tribu à abattre… Pas toutes, il y a bien sûr l’exception ou les exceptions qui confirment la règle. Pas assez nombreuses hélas.

Que pouvait-elle apporter à ces êtres incarcérés pour des fautes plus ou moins lourdes ? jamais appliquées aux plus coupables qui jouissent d’une immunité imaginaire de par leur position, ou de l’immunité idiote qui protègent même les enfants véreux, dangereux, criminels du diplomate en poste.

Avait-elle seulement le diplôme, qui ne fait pas l’homme pour autant ? Je me permets d’en douter. Les passe-droits, les postes obtenus par piston, étaient encore monnaie courante et le restent dans certains domaines.

Quand on a du pognon, et un manteau de vison, faut encore essayer de gonfler son magot. Il lui a semblé nécessaire de « travailler », c’est important pour la retraite et la couverture sociale, surtout la couverture sociale. Quelques trimestres de travail à la fin d’une vie de…plaisir…et vous l’avez pour la vie… Et la sécu rend l’âme pour ceux qui ont tant travaillé.

Elle exerçait intra et extra muros, allait parfois dans les familles des « internés »
Comment ? Ben, en Mercedes et manteau de vison… Ben oui...

Vous imaginez ?


Un jour… la Mercedes disparaît du parking externe de Loos, face… à… la… prison… Je connais bien, j’y ai assez fait le pied de grue attendant mon tour, parmi les familles des internés

Elle a été retrouvée… y’a pas fallu mobiliser les forces de l’ordre comme pour l’emprunt du scooter du fils de sarko.

Retrouvée, oui mais dans quel état. Paraît que cette Mercédes avait à l’achat, coûté Quatorze Millions de francs, dans les années 70. Paraît que les réparations ont elles aussi coûté ce prix…Quatorze millions. Et tout aux frais de la proprio. Il y avait problème avec l’assurance.

Alors la bouche s’est davantage affirmée dans ses replis dissonants, malveillants, les intestins ont grondé.

Amusant non ?...

Elle a pas compris la leçon… alors sa Mercedes a encore pris le large, lui est revenue dans le même état…Encore des millions.

Après, je sais plus…
Mais ce que je sais, c’est que le geste de ceux qui purgeaient ou avaient purgé une peine, indique bien comment elle accomplissait sa fonction dans cet « internat », avec son air dédaigneux et méprisant, ses yeux au regard chassieux, toujours oblique.


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CHARDON de LILLE

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[63] ¤ ELECTIONS PESTILENTIELLES...

POLI-TIQUE

Posté par gaby le 16/2/2007 16:44:38 (12 lectures)

ELECTIONS PESTILENTIELLES

CHIRAC POURRAIT SE REPRESENTER

Ah Chirac, tu fais trop de chichis… Stop.

Ca fait des mois que tu nous promènes en bateau. Les médias nous annoncent ta candidature, puis la réfutent, et c’est reparti pour un tour.

Ecoute chichi, t’as largement dépassé l’âge.

T’étais un solide gaillard, t’es plus qu’un fragile vieillard.

Entrevoir une telle absurdité, c’est démentiel, c’est de l’ordre du pathos.
T‘as même plus le réflexe de celui qui réalise qu’il dépasse les limites et va se couvrir de ridicule.

D’ailleurs, qu’a fait le solide gaillard de la mission qui lui était confiée en 97 ? Comme nous sommes intelligents, en 2002 face à Le Pen, c’est en masse que nous avons voté pour toi. Qu’as-tu fais du sursis que nous t’accordions en voulant éviter le pire ? Tu as continué sur tes lancées. Le savoir tu l’as mais pour l’intelligence tu repasseras.

Notre pays traverse trop d’épreuves et c’est ton œuvre d’inconscient ambitieux et pervers, avide de pouvoir et d’argent.

On tient à toi Chichi mais pas dans la politique. T’aurais jamais dû être Président de la République et d’ailleurs tu l’as jamais été, t’as pensé qu’à toi et à tes « amis »

On tient à toi, simplement pour que justice soit faite, c’est seulement quand tu seras descendu de ton perchoir que nous pourrons te faire comparaître en justice pour toutes tes escroqueries de taille, ne serait-ce que ce fameux château en ruines, acheté pour une poignée de roupies, que tu as fait de suite classer « monument national », pourquoi pas historique. Tous les frais de rénovation, d’entretien, sont à la charge de l’état, c'est-à-dire les contribuables.

T’es le seul président protégé par une loi que tu as fait voter et qui te protège d’une immunité ridicule. Si tu as fait voter cette loi c’est que tu avais l’intention d’être malhonnête, un homme honnête n’a pas besoin d’une loi protectrice.

Grâce à toi chichi, combien de poli-tiques ont versé dans l’illégalité confondant le portefeuille ministériel et leur portefeuille personnel, combien de dirigeants de grandes administrations, t‘ont imité. Sarko mobilise même les forces de police pour retrouver le scooter de son fils…Tu vois un peu le prix… Bien plus cher qu’un scooter…

C’est alors l’effet boule de neige. Des haut placés, c’est descendu dans la rue, ou presque.

A mon niveau de simple citoyenne, je peux t’offrir l’exemple des Associations employées de maison. Leur contrat est l’œuvre de juristes véreux, il leur donne tous les avantages au détriment de leurs employées qui reçoivent un tout petit smic et des « employeurs véritables » qu’ils nomment « Prestataires », à qui ils font payer un max et en leur enlevant leur droit légal de la diminution des charges patronales, acquis par l’âge. Il y a pire de leur part. Des personnes âgées, lourdement handicapées, parfois en phase terminale de cancer sont maltraitées, obligées de se taire, la suite serait pire. Tu vois chichi, y'a pas que la canicule et le clostridium qui envoient les vieux "ad patres".

Ce qui corse l’affaire c’est qu’il est inutile de demander lumière et justice aux organismes chargés de la surveillance et de la répression, l’inspection du travail par exemple.
Tous sont de connivence, politique des yeux fermés. J’en ai fait l’expérience en 2002. J’ai un solide dossier
Tu vois chichi, quand un président est le plus fieffé des coquins, comment peut-il punir ceux qui ne font que l’imiter.

Il y aura un après.

Ne compte pas sur la scène internationale pour exister médiatiquement dans cet après, je te vois davantage derrière une petite fenêtre grillagée, comme Papon et Cie.

Juridiquement on ne peut dire que tu es de ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité. Humainement parlant c’est exactement la définition qui te convient.

Bon courage Chichi.


CHARDON de LILLE

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lundi 5 mars 2007

[62] ¤ LE CHARDON

MES AMIES LES BETES

Posté par gaby le 9/1/2007 17:12:51 (17 lectures)

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[61] ¤ LES SANS ABRIS

POLI-TIQUE : LES SANS ABRI

Posté par gaby le 31/12/2006 13:11:36 (35 lectures)

Monsieur le Maire

J'ai trouvé un emplacement idéal pour planter les tentes des SDF sur "votre territoire": LES TERRE-PLEINS le long des avenues FOCH et CLEMENCEAU. entre les rangées d'arbres, à proximité des "abris" des nantis; à l'abri du vent, ils bénéficieraient en même temps du surplus de la table de leur voisinage.
Aucun travaux à réaliser pour cela, Monsieur le Maire. Tout bénéf.

Souvenez-vous, c'était l'hiver. Un de nos amis s'en est allé, mort de froid sous sa tente, il y a deux ans. sur le territoire de Marcq.

Il n'a pas eu les honneurs du journal de "votre" commune... C'est dommage...

"Votre" journal, ne pourrait-il perdre de son glacis. Un peu d'économie au profit des SDF et autres pauvres de Marcq, serait bienvenu. Et ce serait toujours "Images de Marcq"

Il y a beaucoup de nantis à Marcq. Ils ont pignon et pognon sur rue. Il y a beaucoup de pauvres aussi, ils sillonnent les rues, parfois ils rasent les murs pour se protéger du froid, ils n'ont ni pignon, ni pognon sur rue, tous ceux-là.

Je connais ce monde, j'ai été un temps instit à Notre-Dame des Victoires dans la classe populaire.



CHARDON DE LILLE

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[60] ¤ LES ¨FÊTES

MEILLEURS VOEUX : LES FËTES

Posté par gaby le 31/12/2006 12:38:20 (34 lectures)

LES ETRENNES

ETRENNES 1er janvier
c'était il y a longtemps

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[59] ¤ J'AI FAIT MES CLASSES, fin

J'AI FAIT MES CLASSES : ORAN, St Maur

Posté par gaby le 29/11/2006 18:27:26 (64 lectures)



PRES D’ ORAN A ST MAUR
Oran_St_Maur

Nous sommes en deuxième année d’études
J’entends parler de stage en Afrique Noire et ailleurs.

La préfecture organise ces stages qui se passent au cours des vacances d’été. Je rencontre le chargé de cette mission à la préfecture de Lille..
Les copines ont choisi l’Afrique Noire (Il y en a une vraiment blanche ?)
Et non, ces stages en Afrique Noire sont réservés aux étudiants de la capitale. Pourquoi ?

Mais cela est fort possible en Algérie. Dans les centres sociaux. J’y inscris la douzaine d’élèves assistantes sociales. Le stage étant à temps complet, les deux mois seront comptés pour quatre.

Nous sommes en 60, à la veille de l’indépendance. Ca chahute plutôt là-bas.
( pauvre maman, que d‘inquiétude je lui cause sans en avoir conscience )

L‘avion débarque à Oranoran tout le contingent d‘étudiants de toutes
« confessions" Nous sommes reçus en grande pompe par « je ne sais plus qui » des huiles.. dans un superbe patio.le_patio
C’est d’abord des laiüs, je ne vous retraduirai rien, j’ai la fâcheuse tendance à ne pas entendre ces discours là, malgré mes bonnes intentions. Ca doit être en relation avec les sermons au cours des messes, dans les églises.

C’est le lendemain que nous avons été dispatchés dans les structures d’accueil J’ai atterri à une trentaine de kms d’Oran, d’autres étaient déjà à Alger et Constantine.
Une copine, Brigitte se trouve à Oran même et nous avons repéré certains étudiants, filles et garçons, tous dans la périphérie d’Oran. « Daniel, Marie-Jo, Brigitte n° 2, Jean-Louis » Ca fait une bonne petite équipe.
Nous sommes d’accord pour nous retrouver en WE à l’auberge de jeunesse qui peut nous accueillir à Oran, les filles occupent le dortoir du premier, les garçons celui du second.

SAINT MAUR où j’atterri conduite par le directeur adjoint du centre social

Charmant bourg, il y reste peu de pieds noirs.

L’infirmerie où je dois « sévir » est bien équipée. Nous disposons même d’un poupinel, de médicaments de pointe mais en trop petite quantité, il m’aurait fallu une tonne d’Arobon
pour venir à bout des maux intestinaux de nombreux enfants. Hélas

La chaleur est accablante mais …je suis pleine d’énergie.

Ma journée de travail commence à 8 heures, ouverture de l’infirmerie, les autres activités du centre social sont stoppées pendant les vacances.
Je suis aidée par une jeune fille et un jeune homme, intronisés infirmiers pour les besoins de la cause, charmants et beaux. Ils suivront mes instructions à la lettre.

Je ne suis libérée que vers 13 h.
Le directeur adjoint, pied noir, m’accompagne dans un café ou un repas nous est servi.

L’après-midi est réservée aux douars autour de St Maur. J’y goutterai avec plaisir le café turc, très fort, très noir, très sucré, très chaud qui vous ravigote et vous désaltère. Naturellement dans ce café il y a à boire et à manger J’aurai droit aussi au thé à la menthe, huuum, toujours délicieux .avec le brin de menthe fraîche, servi dans des verres, à la façon orientale avec habileté.

Il n’y a qu’un médecin Algérien Arabe à 16 kms, entre l’hôpital d’Oran et le centre social. Le médecin tient consultation deux fois par semaine pas très loin de St Maur et très simplement, il souhaite que je le seconde dans ses permanences. Il ne m’est pas difficile de repousser sa demande ; d’une part, je suis rattachée au centre et il est lui, médecin libéral, d’autre part c’est surtout un travail de secrétariat qu’il attend de moi et de « bonne à tout faire », et pas question de participation « aux bénéfices » ce qui m’aurait permis l’achat de certains médicaments pour le centre.

Il y a foule au dispensaire le matin, beaucoup de femmes, accompagnées d’enfants. Qui réclament « la libr.r..a »( il faut faire rouler le rrrr), l’IM qui doit leur redonner des forces.

En fait, il m’est demandé de leur injecter du sérum physio.
Vive discussion avec le directeur adjoint, je ne veux pas tromper ces femmes. L’explication est simple : c’est la seule occasion de sortie de la femme, nous ne sommes pas en possession de produits coûteux, le sérum ne leur fait aucun mal.
Alors c’est avec sérieux que chaque jour je satisfais les femmes.

A part les nombreux ennuis intestinaux, et le comprimé d’Arobon devrait être renouvelé pour une vraie cure, les enfants se portent plutôt bien. Cependant, il me sera donné d’avoir à traiter de très jeunes enfants en état de cachexie avancé. Au premier cas, j’ai pu injecter du sérum physiologique pour le réhydrater un peu tout en sachant que seuls des soins intensifs et maintenus pourraient le sauver. Les parents ne voulaient pas entendre parler de l’hôpital. Je savais donc que cet enfant mourrait à plus ou moins brève échéance. Aussi, les deux ou trois fois que nous nous sommes encore trouvés devant une telle situation, c’est la jeune infirmière qui injectera le sérum. Ces petits corps déjà sans vie…

Je recevrai une petite fille de 3 ans, la main complètement échaudée, les tissus enveloppants d’un blanc plus que douteux, ne faisant qu’un avec la main. Je passerai la matinée à décoller le tout après trempage dans du sérum physio, la peau se détache de partout mais je crois que la brûlure est du premier degré. J’appliquerai du tulle gras sur ces doigts minuscules, la main d’une petite fille de trois ans, en veillant à ce qu’ils ne soient pas collés les uns aux autres, je ferai le pansement dit du gantelet. L’enfant n’est pas fiévreuse. Elle ne reviendra plus en consultation, je n’aurai aucune nouvelle de cette môme qui n’a jamais gémi tout au long du traitement. Par contre, une jeune maman, venue pour la piqûre, portant un superbe enfant de deux ans environs, m’annoncera peu de temps après le décès du petit. Comme explications : « C’est comme ça, inch allah » et l’émotion semble absente

La journée finie, le sous-directeur me conduit chez certains pieds noirs, souvent pour des I M. La différence avec le peuple musulman, jamais ces pieds noirs n‘auront un geste de gratitude. Un merci après le soin, sans me demander si c’est payant, c‘est tout et j‘y retourne le lendemain. Cependant le pied noir est accueillant. Je ne comprends pas cette attitude inhabituelle. Chez les musulmans, il m‘est fait des cadeaux très simples, des figues fraîches, des brins de menthe, des gâteaux confection maison etc…

Tous m‘appellent au bout de peu de temps, la toubiba.

Un matin arrive de loin m’informe-t-on et juché sur un âne, un vieillard bronchiteux ou emphysémateux, il souhaite recevoir mes soins. C’est très sérieusement que je lui demande de rester sur son âne .J’ai très peur qu’après avoir fait une longue route, il ne sache plus remonter sur son âne après les soins
Je lui fais la libra, je lui donne de quoi se soulager un peu, après avoir consulté mon manuel d’infirmière. Je lui offre de l’eau fraîche et du gâteau au miel fait par mes soins. J’ai en réserve pour ma toux, des bonbons à l’eucalyptus, je lui en fais cadeau. Avant de faire la piqûre, j’ai bien désinfecté la zone, ce n’est pas du luxe, ce vieillard n’a certainement pas la possibilité de faire toilette tous les jours.

Le voilà reparti presque en forme…Lui non plus, je ne le reverrai plus.

C’est au tour d’un adulte de 30 ans environ, un sacré gaillard.
Moche ce qu’il m’offre : un énorme furoncle de l’aile du nez.

Encore consultation du manuel. J’ai de la dyhydro pénicilline, dosage et mélange à faire moi-même. C’est avec précaution que j’injecte le produit.

Et voilà mon gaillard qui tourne de l’œil et se retrouve allongé, évanoui.
Aussitôt l’infirmier me crie plus effrayé qu’agressif: « Tu l’as tué, tu l’as tué »
L’air faussement tranquille, j’explique qu’il avait parlé de sa peur des piqûres et que cet évanouissement est dû à l’émotion.

De tout cœur… j’espère qu’il va revenir à lui…C’est peut-être ma vie qui en dépend. Ouille.

Ouais… Il y a des secondes qui durent des heures

Enfin …, il ouvre les yeux.
« Alors ? (que je lui fais traduire) on est une poule mouillée ? » Il rit de toutes ses belles dents.
(Avec quoi ces personnes entretenaient-elles leur dentition ? Au Cameroun, les filles mâchonnaient un bâtonnet et s’en frottaient les dents. J’ai su ce que c’était, j’ai oublié, ça me reviendra.)

Notre homme repart tout content, je lui demande de revenir le lendemain pour continuer le traitement. Je ne le reverrai que huit jours après, il n’y a plus aucune trace du furoncle et, en l’accompagnant d’un sourire merveilleux, il me présente une assiette de figues fraîches débarrassées de leur enveloppe « oursineuse ». Hummm, quel délice.

La « toubiba » gagne des galons.

Naturellement je ne comprends un traître mot de leur langage, à part : kif kif et d’autres onomatopées aussi courtes. Les deux jeunes me servent d’interprètes et aussi, je parle avec force gestes, j’explique avec l’exemple, comment faire bouillir l’eau avec la casserole, le bouillonnement de l’eau et le butagaz.
J’arriverai quand même à dire : « ouili radoi » = « reviens demain » (ortho à revoir…) et je saurai leur demander leur nom en arabe.

C’est au tour d’un beau gamin de 14 ans qui vient de sauter sur une mine, son frère a été tué à ses côtés. Il a beaucoup de fièvre, la nuque n’est pas raide, il souffre de multiples plaies au fond desquelles sont logés des éclats de grenade, aucune plaie ne semble grave. Il n’est pas question de l’envoyer à l’hôpital, il serait questionné, torturé peut-être, et à tort. Je ne dois aussi n’en parler à personne, j’écoperai de ?
Je me souviens du sérum antitétanique aperçu au cours de l’inventaire de « mes trésors ». C’est par la méthode besredka que je le traiterai, puis avec une pince mousse, en le faisant souffrir quand même malgré mes précautions, je délogerai un à un les éclats de métal. J’espère que ceux qui sont enfoncés trop profondément reviendront à la surface peu à peu. Je ne l’ai plus revu mais nous avons eu de ses nouvelles, il s’en est sorti.

Je recevrai plusieurs fois un adulte, qui a été torturé par les français, la gégène et autre. Il tient à me raconter. Je dénonce cette violence réciproque que j’ai connue là-bas et la « corvée de bois » horrible. J’ai vu revenir d’Algérie à la fin de son service militaire, un jeune ami ; longtemps il est resté enfermé dans l’horreur de ce qu’il avait été obligé de vivre là-bas pendant la période militaire, comme tétanisé. Jamais il n’en a parlé.

Dans les douars, je soignerai des enfants qui viennent d’être circoncis, sans doute sans aucune précaution d’hygiène. L’ancien, chargé de la mission avait peut-être sucé la plaie (comme cela était de coutume au Cameroun), alors l’enfant risquait d’être contaminé par les atteintes de l’adulte)
Leur zizi est dans un état d’infection important, zones purulentes chargées de croûtes. Je dois me contenter de soins de première nécessité, je ne sais plus si le daquin ou son homonyme de ce temps existait ou si je me servais d’eau bouillie et tiédie, avec ajout de quelques gouttes d’eau de javel, cette pratique me venait de maman, lorsque nous avions ce qu’on appelait « un doigt blanc » plusieurs bains dans cette préparation, chassait le feu en faisant mûrir le mal et aseptisait la plaie. Les remèdes de grand-mère sont toujours d’actualité.
Mais un jour, j’ai dû soigner un petit circoncis avec toute la panoplie décrite, et ayant attrapé la rougeole. Ce môme a drôlement souffert. Je n’étais pas suffisamment équipée pour stopper rapidement le mal, même pas soulager l’enfant.
J’interpellerai avec une pointe de colère, les pères de ces enfants « pourquoi ne pas me prévenir avant l’acte afin que je puisse leur donner de quoi désinfecter la plaie au départ ? » Ce fut fait par la suite

Chaque soir, de retour d’un douar, une petite fille rôde dans les parages et arbore constamment des sortes de petits furoncles dispersés sur les jambes. Je lui fais les soins
nécessaires. Je suis bien intriguée par la répétition du mal. La fillette est souvent accompagnée d’une autre enfant. Un soir, celle-ci seule me raconte que la petite fille, a tellement envie que je m’occupe d’elle qu’elle court dans les champs dont les épis ont été coupés, et se réinfecte les plaies en titillant avec un brin de paille resté sur le champ, les boutons purulents…

Aussi le lendemain à son arrivée, tout en lui donnant les soins habituels, gentiment je lui fais savoir que je connais son stratagème et qu‘il est inutile de s‘infecter de la sorte, qu‘elle peut venir quand elle veut, qu‘elle sera toujours bien accueillie. A condition que ses mollets ne soient plus infectés. Elle entend bien, je la reverrai donc les mollets ayant retrouvé leur état normal.

Je repense aussi à cet adulte d’une soixantaine d’années, porté par plusieurs jeunes, sur un brancard. Il doit appartenir à la classe des nantis. Ses vêtements ne sortent pas de chez le fripier. C’est un homme qu doit avoir une certaine culture, ainsi que ses accompagnants.

Quand on retire la bande qui entoure un de ses mollets, je suis saisie d’horreur, je n’en montre rien mais je suis ahurie de voir une zone bien délimitée couverte de je ne sais quoi ? Déjà je me demande de quel mal cet homme est atteint, et qui se traduit sur cette plaie horrible, comme un magma de boue mélangée à des éléments douteux. Ce n’est pas le tableau de la gangrène. Y a-t-il invasion de vers là-dessous ?

Je suis très vite remise de mon émotion quand le fils enlève « une calotte » découvrant la véritable plaie.

L’horreur n’était qu’une simple application de feuilles de henné, et la plaie se révèle très propre, très pure, sans inflammation, de ma vie je n’ai vu une telle plaie aussi belle.

« Non ce père ne souffre pas, le pansement lui est renouvelé quand il le faut, non il ne fait pas de fièvre, oui il s’alimente normalement et les fonctions vitales de son corps ne semblent pas atteintes, oui il dort bien » me répondent les jeunes, seulement ça se referme tellement lentement. Toujours sérieusement, je tâte les ganglions du cou, la nuque, je lui fais baisser et lever lentement la tête, j’examine la langue, les yeux. Tout ça accomplit simplement pour montrer au patient combien je le prends au sérieux. En moi-même je sais que c’est « du chiquet » je ne suis pas médecin mais… ces gestes sont importants pour certains. Si les vieux en France, pouvaient recevoir une telle attention de leur généraliste, ils se sentiraient bien plus réconfortés que par l’adjonction de médicaments dont ils n’ont que faire, un geste médical, une parole de compréhension, d’encouragement est tellement salutaire. Et ça ne demande que quelques secondes…

Je réfléchis, mon manuel ne peut m’être d’aucune utilité.
Oui je pourrais enduire de pommade, mais je n’ai aucune pommade qui réussira un exploit aussi performant que le henné dont j’ignorais le pouvoir.
Je décide d’administrer à cet homme « la libra » des femmes, il a besoin d’un geste apparemment valable de ma part, puis toujours très sérieusement, je demande que la plaie soit lavée délicatement lorsqu’il est nécessaire de refaire le pansement, avec de l’eau bouillie, tiédie dans laquelle je leur dis d’ajouter quelques gouttes d’une solution (qui n’est autre que du daquin ou son homonyme de l’époque), puis de recouvrir la plaie de feuilles de henné. Je leur délivre un compte-gouttes et du daquin en bouteille, déjà bien entamée. Je fais le pansement devant eux, de cette façon ils sauront vraiment ce que c’est que de l’eau bouillie le temps nécessaire..

Je complète en expliquant que ce sera encore long, la plaie est profonde mais que c’est bien parti et qu’ils n’ont qu’à revenir s’il semble y avoir aggravation.

,Je ne les ais plus revus. Si j’avais aggravé le mal, j’aurais eu de leurs nouvelles…

Un lundi matin, je suis bien en forme après un week end torride passé avec les copains sur une plage d’Oran, et nous avions terminé la soirée du dimanche en savourant un créponné à la terrasse d’un café, boisson pétillante si mes souvenirs sont exacts, à l‘eau au goût de citron, nos moyens ne nous permettent pas de faire des folies. Dès l’ouverture du dispensaire, je commence par tâcher d’un produit qui vire au noir vilain, ma blouse fraîchement lessivée A LA MAIN,( ceci à l’intention des jeunes qui ne savent plus faire d’effort.)

Les consultations commencent.

Elles touchent à leur fin quand arrive un trio, un monsieur avenant, une dame et une jeune fille. Ils me sont présentés par le directeur adjoint mais j’ai la fâcheuse habitude d’examiner les personnages, les regards pour moi c’est l’ouverture sur l’âme et je ne retiens jamais les présentations.
La jeune fille est une stagiaire de Lille (faisant ses études à Paris)
Ils souhaitent voir comment j’opère à l’infirmerie de St Maur et ils me posent force questions. J’y réponds avec le plus d’exactitude possible. Exclamation du Monsieur : « mais vous ne faîtes que du médical !!! ? »
C’est avec sérieux, un doigt sur la bouche, presque dans un murmure que je leur confie : « Oui, mais faut pas que ça se sache… »

Eclats de rire des deux personnages principaux. Je ne comprends pas mais je souris, ils semblent prendre la chose du bon côté.
Oui ce stage en Algérie devait se faire dans le social, nous ne devions pas tomber dans le médical mais le centre social était à court d’idées ou plus exactement poursuivait son idée.

Et l’interview touche à sa fin.

La chaleur est vraiment torride.
La gorge sèche, je pense demander aux visiteurs si par cette chaleur, une boisson rafraîchissante ne leur siérait pas ?.
« Qu’ai-je à leur proposer ? » demandent-ils
Question intéressante. Nous jouissons d’un frigo où sont « remisés » des sodas et des bières, le mélange ça fait un panaché. Voilà ma proposition, elle est retenue et nous dégustons avec délice cette boisson.

Après avoir discuté ensemble de tout et de rien comme entre vieilles connaissances, ils prennent congé.
Je demande alors au directeur adjoint la fonction de ces personnes. :
« Mr Un tel, Directeur de l’action sanitaire et sociale et son adjointe… »

Justement ceux- là qui ne devaient pas savoir…

C’est bien ma chance.

Je ne sais si j’ai averti les copains du W E et de la branche sociale. Si les stages ne sont pas validés nous sommes bons pour refaire quatre mois de stage à Lille ou ailleurs. Je remise mon inquiétude.

Chaque week end, libérés de toute activité, après nous être retrouvés à l’auberge de jeunesse, pour nous rendre à une plage d’Oran,sur_la_plage les copains et moi, nous faisions du stop et peu importe qui nous emmenait, algérien ou européen, tout était bien. La conduite se terminait souvent par une discussion sur la politique actuelle du pays, pieds noirs ou algériens arabes voulant entendre nos impressions et nous communiquer les leurs.

L’idée ne nous venait pas que nous aurions pu tomber sur un fanatique, trop content de l’aubaine. Et que serait-il advenu de nous ?

C’est de cette façon que nous avons fait connaissance de « Mohamed », 35 ans environ, un fellouze appartenant à une willaya. Je crois qu’il ne nous a communiqué l’information que lors de notre dernière rencontre qui s’est passée dans un sous bois,sous_bois près d’une plage, nous allions déjeuner ensemble, nous avions chacun préparé ou acheté un mets, poulet rôti, les frites achetées sur place, quant à Mohamed il nous amenait un énorme paquet de bonbons.les_bonbons
Nous ne l’avons plus revu mais à travers nous il a pu se faire une idée de ce que la jeunesse de France pensait de l’algérien musulman.

J’ai toujours été intrépide, je n’avais peur de rien. Le couvre-feu était prononcé depuis longtemps, dès 20 h nous ne pouvions plus sortir. Un soir, l’envie me prend de respirer l’air hors du centre. Je m’aventure sur la route, l’air est encore chargé de trop de chaleur sucrée. Je savoure « ma liberté », je n’ai jamais pu être enchaînée.

Heureusement que j’ai l’oreille très sensible ; au loin, je perçois comme un martèlement de pas. Inutile de courir, le centre est trop loin. Un seul moyen de disparaître aux yeux de la patrouille chargée de tirer à vue sur toute personne à ces heures là, le fossé. Je m’y réfugie en me tassant.

Ouille la patrouille passe… Ouf… elle est passée.

Je ne demande pas mon reste, Je regagne le centre tout en implorant le ciel que la patrouille ne fasse pas marche arrière.
Le Directeur adjoint est là, se demandant ce que je suis devenue. J’ai droit à une eng… maison. Il avait raison.
.

Mais ce qui me revient de temps en temps, c’est l’incroyable voyage entre Oran et Alger, avec Brigitte de Lille ; deux jeunes filles EN STOP à cette époque

Nous avions droit en fin de stage à huit jours de congé. J’avais décidé d’aller chez mon frère, en garnison à Boufarik ; il s’y trouvait avec sa famille, sa femme et ses trois filles.

Il devait nous être remis un pécule pour ces deux mois de stage. Seulement nous ne l’avions pas encore reçu. En poche, il me restait juste treize francs.
Brigitte a accepté immédiatement l’idée du stop pour gagner Alger..
Nous avons eu une sacrée chance. ? Première voiture à la sortie d’Alger, le conducteur nous a déposées devant un poste militaire, a expliqué notre « désir » de parcours, ce sont les militaire eux-mêmes qui ont arrêté les voitures et nous ont confiées au conducteur qui allait dans notre direction.
Celui-ci s’est lui-même arrangé pour nous faire profiter d’une troisième voiture avec deux occupants charmants. Leur but se trouvait à 50 kms avant Alger. Le conducteur arrivé à destination, nous a priées de l’attendre un peu, puis il est revenu après avoir expliqué la situation à sa femme, et c’est de bon coeur qu’il a fait ce chemin supplémentaire qui nous faisait entrer à Alger.
.
Nous étions deux idiotes. Une telle entreprise, dans cette situation chaotique, tenait de l’inconscience la plus totale.

Brigittte n’a pas voulu m’accompagner à Boufarik, nous nous sommes quittées à Alger. Je ne sais plus comment j’ai gagné Boufarik
Ma famille m’attendait et j’ai pu faire connaissance avec mes nièces, très jeunes encore.

C’est déjà le départ

J’avais raconté confidentiellement à ma belle-sœur l’auto-stop, c’est mon frère qui est venu me reconduire en gare de Boufarik, a payé la place et c’est en train que j’ai regagné Alger mais deux jours trop tard. Je devais être à Alger avant le retour en France pour la visite de la base navale de Mers el kébir, je l’ai loupée

Je ne peux qu’essayer de m’en faire mers_el_kebirune idée par cette photo.

Adieu l’Algérie.

J’ignorais alors que deux ans après, je serai de retour sur le sol Algérien, en professionnelle.

Et la validation de nos stages ?
Très amusés par ma spontanéité, le Directeur de l’action sanitaire et sociale, ainsi que son Adjointe, n’ont pas douté de notre bonne foi, ils ont plaidé pour nous et nos stages ont été validés.



CHARDON DE LILLE

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[58] ¤ LES HARICOTS CHEZ CAULIER

Affaires de gosses

Posté par gaby le 24/11/2006 16:33:42 (37 lectures)

Mardi 26 Juillet 2005

Le vendredi, jour maigre chez les cathos,la maman avait préparé pour ses 6 chenapans, une montagne de haricots blancs cuits d’abord à l’eau et assaisonnés ensuite.

Le vendredi midi, les gamins sortant de l’école St Joachim, se réunissaient à 5-6 avec les petits Caulier, autour de la grande table de cuisine.

La maman déposait devant chacun, à même la toile cirée bien récurée, un petit tas de haricots fraîchement cuits et encore bouillants. Un peu de sel sur chaque tas. Et chacun y allait, mangeant lentement pour mieux savourer, les haricots blancs de maman Caulier à la « croque au sel ».

Parmi eux se trouvait Michel Bocquet. Il avait un grand frère et surtout une maman très attentive aux désirs de ses fils. .

Cette maman est venue trouver maman Caulier. Elle souhaitait avoir la recette des haricots que son fils dégustait chaque vendredi, avec les copains. Elle avait fait de multiples cuissons de ces haricots blancs, elle avait utilisé toutes les possibilités de les assaisonner et Michel lui disait toujours : « Non, c’est pas ça, c’est pas les haricots de Mme Caulier, ils sont bien meilleurs » Aussi cette maman venait-t-elle s’enquérir à la source pour satisfaire son fils.

Quand la « mamman » Caulier lui a expliqué que c’était simplement des haricots nature, cuits à l’eau, la mère de Michel n’en revenait pas, elle qui avait essayé toutes les recettes

C’est toujours meilleurs chez les autres surtout quand les copains sont présents. Michel avait un frère aîné robert ; je n’ai jamais entendu parler du père. Michel s’ennuyait chez lui, chez manman Caulier, il y avait toujours beaucoup de mômes. Chaque dimanche matin, la maison étant à 100 m de l’église, c’était la procession des enfants de chœur, mes frères en faisaient partie.

Oh, les haricots de «  manman Caulier »




CHARDON DE LILLE

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[57] ¤ J'AI FAIT MES CLASSES, suite

Posté par gaby le 14/11/2006 18:16:32 (34 lectures)

"LE BON PASTEUR"

Foyer d’accueil des jeunes mères célibataires, œuvre de religieuses

Très grande bâtisse. Beau jardin.
Le lieu du stage, la pouponnière. Les jeunes mamans et celles qui n’ont pas encore accouché, sont logés dans la partie foyer. Je peux y circuler également avec des raisons très précises.
Elles assument les soins de leur bébé sous la surveillance d’une religieuse et je crois qu’il y avait au moins une puéricultrice.
Tout est bien agencé, ordonné

Cependant.

Déjà, je n'aurais pas aimé être fille mère mais encore moins vivre dans cette ambiance.

Je crois n’avoir rencontré que deux religieuses, la première était à sa place, je l’ai toujours entendu parler simplement à ces jeunes mères, la seconde, j’aurais aimé la flanquer dehors, le pied au derrière.

Je dois un matin accompagner une jeune maman en consultation externe, en ville. Elle s’est faîte belle. Elle est d’ailleurs mignonne naturellement. Et j’entends la religieuse l’apostropher durement avec ironie : « C’est le manteau de Thérèse que vous portez »
Je fais alors remarquer avec sérieux, que nous allons être en retard.

Mon regard lui a-t-il permis de s’en tenir là ?

Je me suis dirigée vers la porte de sortie, tenant la jeune par le bras, c’était une tête chaude, d’accord, mais une telle remarque de la part de la religieuse qui cherchait à humilier cette ado- mère, je ne pouvais l’accepter. Elle nous a laissées tranquilles.

Je n’ai pas l’impression d’avoir servi à grand-chose pendant ce stage. Nous n’avions pas à nous occuper des bébés et nous n’avions aucun moment de dialogue possible avec les jeunes mères. C’est comme si nous étions toujours sous surveillance. Nous n’avions aucune tâche précise.

Les cas de ces jeunes personnes étaient tous pathétiques. Etalage particulier de la France d’en bas. Mais ne croyez pas que cette situation ne se retrouve que dans cette classe sociale.Chez les vernis, le cas est traité autrement, sous le boisseau, mais tout aussi fréquent.
Celle dont la situation m'a le plus interpellée dans cet établissement, était une enfant de onze ans, le bébé était de son père. Elle semblait perdue dans un nuage, éteinte et je n’ai eu nulle occasion d’être proche d’elle.
Peut-être que l’aide d’un psychologue était requis dans cette maison maternelle ?
Pour cette enfant, il aurait fallu un « suivi psychologique » important, comme on en parle si souvent maintenant. Curieusement le psychiatre n’est plus de circonstance. « Il faut être fou pour être psychiatre à notre époque » me disait un ami psy. Cependant, j’entends Laurence me parler de sa psychologue qui est en fait psychiatre mais il faut adopter le langage d’époque. Ils sont nombreux ceux qui rencontrent « le psychologue… ». Ils ignorent donc que le psychologue, aussi valable soit-il, doit respecter certaines limites et ne peut débrouiller les problèmes personnels dont ils m’entretiennent. Je parle en connaissance de cause. Mais en fait, c’est toujours un psychiatre qu’ils rencontrent

L’inconscient ne se laisse pas interpeller d’un coup de cuiller à pot.

J’avais entendu dire auparavant que la procréation entre père et fille était impossible !!! Qui m’avait tenu un tel discours ? Et pourquoi ? Quand on n’est pas certain de l’info, on se tait. Le problème avec moi, c’est que, comme je n’aurais pas cherché à tricher dans mes propos, je croyais ceux ou celles qui parlaient d’autorité et je continue toujours à faire confiance, jusqu’au jour ou je découvre la vérité, alors là j’explose et la confiance envers l’époustoufleur se liquéfie.

Je crois que certaines jeunes mamans avaient une activité externe, un travail. Je ne me rappelle pas si les relations avec leur famille étaient planifiée, je n’ai guère rencontré de parents devenus un peu trop vite grands parents. J’espère qu’il y avait d’autres centres d’intérêt proposés aux jeunes filles pour leur permettre de vivre un peu plus la réalité de la vie, ne pas la limiter dans les soins aux bébés.

La bâtisse était grande mais j’y étouffais.

Je ne sais ou on en est mainteanant dans ces lieux d’accueil de jeunes filles mères.
Je ne sais si c’est encore la jeune fille qui est considérée par tous comme responsable et rejetée par la famille et la société
La personne qui l’a mise enceinte est forcément de sexe masculin quel que soit son âge.

Maintenant, les viols ou abus sexuels sur mineure et plus encore les incestes, sont sévèrement punis et s’il en fleurit partout, s’il est mis à découvert tant de faits de pédophilie, ça ne veut pas dire que ça n’existait pas autrefois, c’était seulement « Bien caché et presque naturel. Pourquoi en faire un monde !!! » Les femmes plus ou moins jeunes devaient souffrir en silence, bien souvent leur devenir psychique était très perturbé

Ces gestes déplacés, qui se renouvellent sans cesse de la part d’un père envers sa jeune fille, devraient attirer l’attention de la mère, cependant celle-ci déclare quand il est trop tard, qu’elle n’était pas au courant alors que cela se passait sous ses yeux.
Oui mais les logements de ces familles, la France d’en bas, sont en papier mâché et l’exigüité n’offre guère le moyen de s’isoler.
Et bien, n’en déplaise à la masse, j’ai observé plusieurs situations, les mères disaient vrai en affirmant ne pas être au courant, l’évènement est tellement énorme qu’il occulte la vue.

C’est aussi à partir de ces situations, que j’ai compris que la mère peut être femme avant que d’être mère, que « lui prendre son mec » est pire que tout. L’ado n’est plus sa fille, elle est devenue sa rivale il faut la faire disparaître. C’est alors le placement en foyer.

Christine avait 14 ans, était l’aînée de 5 frères et sœurs, le père abusait d’elle mais n’était pas parvenu à l’acte complet. Quand j’ai eu à suivre la famille l’ado étant placée, la mère a d’abord tenu à son encontre des propos venimeux. Puis au fil des entretiens en présence de toute la famille (et tous les gosses y assistaient très sérieusement avec les deux parents,) la mère a pu rendre sa place à sa fille, en partie. Alors celle-ci est revenue passer une journée de temps en temps chez elle.
Elle écrivait aussi beaucoup à sa mère, elle ne parlait jamais de son père, et, si sur l’insistance de sa mère elle a pu annoncer en introduction : « chers parents » elle n’usait que du tutoiement et ne s’adressait qu’à sa mère à travers toute la lettre. Celle-ci ne comprenait pas : « C’est son père quand même ! »
Une psy a reçu cette enfant en consultation DHM. La psy après l’entretien seule avec Christine, sans chercher à savoir ce que je connaissais de la situation, m’a déclaré que cette jeune fille ne souffrait nullement de ce qui s’était passé… !!!. J’ai préféré me taire et d’ailleurs elle ne me demandait rien.
C’est cette psy qui n’était pas au point. Dans une autre situation, au lieu de me fournir les renseignements nécessaires sur une de ses jeunes patientes où de très jeunes enfants étaient en danger, elle s’écriera brusquement : « Vous comprenez, j’ai vu mourir ma fille brûlée vive… » Oui je pouvais comprendre cette situation horrible mais pas dans ce contexte professionnel, et ça tombait comme un cheveu sur la soupe, elle aurait dû se faire soigner la psy.

Heureusement que la kyrielle de psy fréquentée dans le cadre de mon activité étaient de vrais psy peu bavards mais qui portaient et par là même m’aidaient beaucoup.


Ces ados soumises à l’inceste n’ont pratiquement pas d’autres solutions que de devenir perverses ou névrosées ou les deux. J’ai pu constater les résultats à longue portée chez une jeune femme ayant eu ado, un petit David de son père. Les dégâts se sont reportés chez tous les autres enfants qu’elle a eu par la suite, elle était beaucoup trop atteinte psychologiquement pour être « mère » et son passage à la maison maternelle de Mons l’a davantage enfoncée.

Ces jeunes personnes souffrent tout au long de leur vie de l’abus paternel.



CHARDON de LILLE



Posté par gaby_djebelle à 21:14 - ETUDES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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