mémoire de chardon

attirer l'attention sur ce qu'a réaisé une simple instit, une assistante sociale sans titre au cours de sa vie professionnelle et donner une idée de son point de vue sur la vie et aussi la poli-tique

mercredi 29 novembre 2006

[59] ¤ J'AI FAIT MES CLASSES, ORAN St MAUR

Posté par gaby le 29/11/2006 18:27:26 (48 lectures)

PRES D’ ORAN A ST MAUR


Nous sommes en deuxième année d’études
J’entends parler de stage en Afrique Noire et ailleurs.

La préfecture organise ces stages qui se passent au cours des vacances d’été. Je rencontre le chargé de cette mission à la préfecture de Lille..
Les copines ont choisi l’Afrique Noire (Il y en a une vraiment blanche ?)
Et non, ces stages en Afrique Noire sont réservés aux étudiants de la capitale. Pourquoi ?

Mais cela est fort possible en Algérie. Dans les centres sociaux. J’y inscris la douzaine d’élèves assistantes sociales. Le stage étant à temps complet, les deux mois seront comptés pour quatre.

Nous sommes en 60, à la veille de l’indépendance. Ca chahute plutôt là-bas.
( pauvre maman, que d‘inquiétude je lui cause sans en avoir conscience )

L‘avion débarque à Oran tout le contingent d‘étudiants de toutes
« confessions" Nous sommes reçus en grande pompe par « je ne sais plus qui » des huiles.. dans un superbe patio.r_ception_Oran
C’est d’abord des laiüs, je ne vous retraduirai rien, j’ai la fâcheuse tendance à ne pas entendre ces discours là, malgré mes bonnes intentions. Ca doit être en relation avec les sermons au cours des messes, dans les églises.

C’est le lendemain que nous avons été dispatchés dans les structures d’accueil J’ai atterri à une trentaine de kms d’Oran, d’autres étaient déjà à Alger et Constantine.
Une copine, Brigitte se trouve à Oran même et nous avons repéré certains étudiants, filles et garçons, tous dans la périphérie d’Oran. « Daniel, Marie-Jo, Brigitte n° 2, Jean-Louis » Ca fait une bonne petite équipe.
Nous sommes d’accord pour nous retrouver en WE à l’auberge de jeunesse qui peut nous accueillir à OranAlgerie_Oran_1_2, les filles occupent le dortoir du premier, les garçons celui du second.

SAINT MAUR où j’atterri conduite par le directeur adjoint du centre social

Charmant bourg, il y reste peu de pieds noirs.

L’infirmerie où je dois « sévir » est bien équipée. Nous disposons même d’un poupinel, de médicaments de pointe mais en trop petite quantité, il m’aurait fallu une tonne d’Arobon
pour venir à bout des maux intestinaux de nombreux enfants. Hélas

La chaleur est accablante mais …je suis pleine d’énergie.

Ma journée de travail commence à 8 heures, ouverture de l’infirmerie, les autres activités du centre social sont stoppées pendant les vacances.
Je suis aidée par une jeune fille et un jeune homme, intronisés infirmiers pour les besoins de la cause, charmants et beaux. Ils suivront mes instructions à la lettre.

Je ne suis libérée que vers 13 h.
Le directeur adjoint, pied noir, m’accompagne dans un café ou un repas nous est servi.

L’après-midi est réservée aux douars autour de St Maur. J’y goutterai avec plaisir le café turc, très fort, très noir, très sucré, très chaud qui vous ravigote et vous désaltère. Naturellement dans ce café il y a à boire et à manger J’aurai droit aussi au thé à la menthe, huuum, toujours délicieux .avec le brin de menthe fraîche, servi dans des verres, à la façon orientale avec habileté.

Il n’y a qu’un médecin Algérien Arabe à 16 kms, entre l’hôpital d’Oran et le centre social. Le médecin tient consultation deux fois par semaine pas très loin de St Maur et très simplement, il souhaite que je le seconde dans ses permanences. Il ne m’est pas difficile de repousser sa demande ; d’une part, je suis rattachée au centre et il est lui, médecin libéral, d’autre part c’est surtout un travail de secrétariat qu’il attend de moi et de « bonne à tout faire », et pas question de participation « aux bénéfices » ce qui m’aurait permis l’achat de certains médicaments pour le centre.

Il y a foule au dispensaire le matin, beaucoup de femmes, accompagnées d’enfants. Qui réclament « la libr.r..a »( il faut faire rouler le rrrr), l’IM qui doit leur redonner des forces.

En fait, il m’est demandé de leur injecter du sérum physio.
Vive discussion avec le directeur adjoint, je ne veux pas tromper ces femmes. L’explication est simple : c’est la seule occasion de sortie de la femme, nous ne sommes pas en possession de produits coûteux, le sérum ne leur fait aucun mal.
Alors c’est avec sérieux que chaque jour je satisfais les femmes.

A part les nombreux ennuis intestinaux, et le comprimé d’Arobon devrait être renouvelé pour une vraie cure, les enfants se portent plutôt bien. Cependant, il me sera donné d’avoir à traiter de très jeunes enfants en état de cachexie avancé. Au premier cas, j’ai pu injecter du sérum physiologique pour le réhydrater un peu tout en sachant que seuls des soins intensifs et maintenus pourraient le sauver. Les parents ne voulaient pas entendre parler de l’hôpital. Je savais donc que cet enfant mourrait à plus ou moins brève échéance. Aussi, les deux ou trois fois que nous nous sommes encore trouvés devant une telle situation, c’est la jeune infirmière qui injectera le sérum. Ces petits corps déjà sans vie…

Je recevrai une petite fille de 3 ans, la main complètement échaudée, les tissus enveloppants d’un blanc plus que douteux, ne faisant qu’un avec la main. Je passerai la matinée à décoller le tout après trempage dans du sérum physio, la peau se détache de partout mais je crois que la brûlure est du premier degré. J’appliquerai du tulle gras sur ces doigts minuscules, la main d’une petite fille de trois ans, en veillant à ce qu’ils ne soient pas collés les uns aux autres, je ferai le pansement dit du gantelet. L’enfant n’est pas fiévreuse. Elle ne reviendra plus en consultation, je n’aurai aucune nouvelle de cette môme qui n’a jamais gémi tout au long du traitement. Par contre, une jeune maman, venue pour la piqûre, portant un superbe enfant de deux ans environs, m’annoncera peu de temps après le décès du petit. Comme explications : « C’est comme ça, inch allah » et l’émotion semble absente

La journée finie, le sous-directeur me conduit chez certains pieds noirs, souvent pour des I M. La différence avec le peuple musulman, jamais ces pieds noirs n‘auront un geste de gratitude. Un merci après le soin, sans me demander si c’est payant, c‘est tout et j‘y retourne le lendemain. Cependant le pied noir est accueillant. Je ne comprends pas cette attitude inhabituelle. Chez les musulmans, il m‘est fait des cadeaux très simples, des figues fraîches, des brins de menthe, des gâteaux confection maison etc…

Tous m‘appellent au bout de peu de temps, la toubiba.

Un matin arrive de loin m’informe-t-on et juché sur un âne, un vieillard bronchiteux ou emphysémateux, il souhaite recevoir mes soins. C’est très sérieusement que je lui demande de rester sur son âne .J’ai très peur qu’après avoir fait une longue route, il ne sache plus remonter sur son âne après les soins
Je lui fais la libra, je lui donne de quoi se soulager un peu, après avoir consulté mon manuel d’infirmière. Je lui offre de l’eau fraîche et du gâteau au miel fait par mes soins. J’ai en réserve pour ma toux, des bonbons à l’eucalyptus, je lui en fais cadeau. Avant de faire la piqûre, j’ai bien désinfecté la zone, ce n’est pas du luxe, ce vieillard n’a certainement pas la possibilité de faire toilette tous les jours.

Le voilà reparti presque en forme…Lui non plus, je ne le reverrai plus.

C’est au tour d’un adulte de 30 ans environ, un sacré gaillard.
Moche ce qu’il m’offre : un énorme furoncle de l’aile du nez.

Encore consultation du manuel. J’ai de la dyhydro pénicilline, dosage et mélange à faire moi-même. C’est avec précaution que j’injecte le produit.

Et voilà mon gaillard qui tourne de l’œil et se retrouve allongé, évanoui.
Aussitôt l’infirmier me crie plus effrayé qu’agressif: « Tu l’as tué, tu l’as tué »
L’air faussement tranquille, j’explique qu’il avait parlé de sa peur des piqûres et que cet évanouissement est dû à l’émotion.

De tout cœur… j’espère qu’il va revenir à lui…C’est peut-être ma vie qui en dépend. Ouille.

Ouais… Il y a des secondes qui durent des heures

Enfin …, il ouvre les yeux.
« Alors ? (que je lui fais traduire) on est une poule mouillée ? » Il rit de toutes ses belles dents.
(Avec quoi ces personnes entretenaient-elles leur dentition ? Au Cameroun, les filles mâchonnaient un bâtonnet et s’en frottaient les dents. J’ai su ce que c’était, j’ai oublié, ça me reviendra.)

Notre homme repart tout content, je lui demande de revenir le lendemain pour continuer le traitement. Je ne le reverrai que huit jours après, il n’y a plus aucune trace du furoncle et, en l’accompagnant d’un sourire merveilleux, il me présente une assiette de figues fraîches débarrassées de leur enveloppe « oursineuse ». Hummm, quel délice.

La « toubiba » gagne des galons.

Naturellement je ne comprends un traître mot de leur langage, à part : kif kif et d’autres onomatopées aussi courtes. Les deux jeunes me servent d’interprètes et aussi, je parle avec force gestes, j’explique avec l’exemple, comment faire bouillir l’eau avec la casserole, le bouillonnement de l’eau et le butagaz.
J’arriverai quand même à dire : « ouili radoi » = « reviens demain » (ortho à revoir…) et je saurai leur demander leur nom en arabe.

C’est au tour d’un beau gamin de 14 ans qui vient de sauter sur une mine, son frère a été tué à ses côtés. Il a beaucoup de fièvre, la nuque n’est pas raide, il souffre de multiples plaies au fond desquelles sont logés des éclats de grenade, aucune plaie ne semble grave. Il n’est pas question de l’envoyer à l’hôpital, il serait questionné, torturé peut-être, et à tort. Je ne dois aussi n’en parler à personne, j’écoperai de ?
Je me souviens du sérum antitétanique aperçu au cours de l’inventaire de « mes trésors ». C’est par la méthode besredka que je le traiterai, puis avec une pince mousse, en le faisant souffrir quand même malgré mes précautions, je délogerai un à un les éclats de métal. J’espère que ceux qui sont enfoncés trop profondément reviendront à la surface peu à peu. Je ne l’ai plus revu mais nous avons eu de ses nouvelles, il s’en est sorti.

Je recevrai plusieurs fois un adulte, qui a été torturé par les français, la gégène et autre. Il tient à me raconter. Je dénonce cette violence réciproque que j’ai connue là-bas et la « corvée de bois » horrible. J’ai vu revenir d’Algérie à la fin de son service militaire, un jeune ami ; longtemps il est resté enfermé dans l’horreur de ce qu’il avait été obligé de vivre là-bas pendant la période militaire, comme tétanisé. Jamais il n’en a parlé.

Dans les douars, je soignerai des enfants qui viennent d’être circoncis, sans doute sans aucune précaution d’hygiène. L’ancien, chargé de la mission avait peut-être sucé la plaie (comme cela était de coutume au Cameroun), alors l’enfant risquait d’être contaminé par les atteintes de l’adulte)
Leur zizi est dans un état d’infection important, zones purulentes chargées de croûtes. Je dois me contenter de soins de première nécessité, je ne sais plus si le daquin ou son homonyme de ce temps existait ou si je me servais d’eau bouillie et tiédie, avec ajout de quelques gouttes d’eau de javel, cette pratique me venait de maman, lorsque nous avions ce qu’on appelait « un doigt blanc » plusieurs bains dans cette préparation, chassait le feu en faisant mûrir le mal et aseptisait la plaie. Les remèdes de grand-mère sont toujours d’actualité.
Mais un jour, j’ai dû soigner un petit circoncis avec toute la panoplie décrite, et ayant attrapé la rougeole. Ce môme a drôlement souffert. Je n’étais pas suffisamment équipée pour stopper rapidement le mal, même pas soulager l’enfant.
J’interpellerai avec une pointe de colère, les pères de ces enfants « pourquoi ne pas me prévenir avant l’acte afin que je puisse leur donner de quoi désinfecter la plaie au départ ? » Ce fut fait par la suite

Chaque soir, de retour d’un douar, une petite fille rôde dans les parages et arbore constamment des sortes de petits furoncles dispersés sur les jambes. Je lui fais les soins
nécessaires. Je suis bien intriguée par la répétition du mal. La fillette est souvent accompagnée d’une autre enfant. Un soir, celle-ci seule me raconte que la petite fille, a tellement envie que je m’occupe d’elle qu’elle court dans les champs dont les épis ont été coupés, et se réinfecte les plaies en titillant avec un brin de paille resté sur le champ, les boutons purulents…

Aussi le lendemain à son arrivée, tout en lui donnant les soins habituels, gentiment je lui fais savoir que je connais son stratagème et qu‘il est inutile de s‘infecter de la sorte, qu‘elle peut venir quand elle veut, qu‘elle sera toujours bien accueillie. A condition que ses mollets ne soient plus infectés. Elle entend bien, je la reverrai donc les mollets ayant retrouvé leur état normal.

Je repense aussi à cet adulte d’une soixantaine d’années, porté par plusieurs jeunes, sur un brancard. Il doit appartenir à la classe des nantis. Ses vêtements ne sortent pas de chez le fripier. C’est un homme qu doit avoir une certaine culture, ainsi que ses accompagnants.

Quand on retire la bande qui entoure un de ses mollets, je suis saisie d’horreur, je n’en montre rien mais je suis ahurie de voir une zone bien délimitée couverte de je ne sais quoi ? Déjà je me demande de quel mal cet homme est atteint, et qui se traduit sur cette plaie horrible, comme un magma de boue mélangée à des éléments douteux. Ce n’est pas le tableau de la gangrène. Y a-t-il invasion de vers là-dessous ?

Je suis très vite remise de mon émotion quand le fils enlève « une calotte » découvrant la véritable plaie.

L’horreur n’était qu’une simple application de feuilles de henné, et la plaie se révèle très propre, très pure, sans inflammation, de ma vie je n’ai vu une telle plaie aussi belle.

« Non ce père ne souffre pas, le pansement lui est renouvelé quand il le faut, non il ne fait pas de fièvre, oui il s’alimente normalement et les fonctions vitales de son corps ne semblent pas atteintes, oui il dort bien » me répondent les jeunes, seulement ça se referme tellement lentement. Toujours sérieusement, je tâte les ganglions du cou, la nuque, je lui fais baisser et lever lentement la tête, j’examine la langue, les yeux. Tout ça accomplit simplement pour montrer au patient combien je le prends au sérieux. En moi-même je sais que c’est « du chiquet » je ne suis pas médecin mais… ces gestes sont importants pour certains. Si les vieux en France, pouvaient recevoir une telle attention de leur généraliste, ils se sentiraient bien plus réconfortés que par l’adjonction de médicaments dont ils n’ont que faire, un geste médical, une parole de compréhension, d’encouragement est tellement salutaire. Et ça ne demande que quelques secondes…

Je réfléchis, mon manuel ne peut m’être d’aucune utilité.
Oui je pourrais enduire de pommade, mais je n’ai aucune pommade qui réussira un exploit aussi performant que le henné dont j’ignorais le pouvoir.
Je décide d’administrer à cet homme « la libra » des femmes, il a besoin d’un geste apparemment valable de ma part, puis toujours très sérieusement, je demande que la plaie soit lavée délicatement lorsqu’il est nécessaire de refaire le pansement, avec de l’eau bouillie, tiédie dans laquelle je leur dis d’ajouter quelques gouttes d’une solution (qui n’est autre que du daquin ou son homonyme de l’époque), puis de recouvrir la plaie de feuilles de henné. Je leur délivre un compte-gouttes et du daquin en bouteille, déjà bien entamée. Je fais le pansement devant eux, de cette façon ils sauront vraiment ce que c’est que de l’eau bouillie le temps nécessaire..

Je complète en expliquant que ce sera encore long, la plaie est profonde mais que c’est bien parti et qu’ils n’ont qu’à revenir s’il semble y avoir aggravation.

,Je ne les ais plus revus. Si j’avais aggravé le mal, j’aurais eu de leurs nouvelles…

Un lundi matin, je suis bien en forme après un week end torride passé avec les copains sur une plage d’Oran, et nous avions terminé la soirée du dimanche en savourant un créponné à la terrasse d’un café, boisson pétillante si mes souvenirs sont exacts, à l‘eau au goût de citron, nos moyens ne nous permettent pas de faire des folies. Dès l’ouverture du dispensaire, je commence par tâcher d’un produit qui vire au noir vilain, ma blouse fraîchement lessivée A LA MAIN,( ceci à l’intention des jeunes qui ne savent plus faire d’effort.)

Les consultations commencent.

Elles touchent à leur fin quand arrive un trio, un monsieur avenant, une dame et une jeune fille. Ils me sont présentés par le directeur adjoint mais j’ai la fâcheuse habitude d’examiner les personnages, les regards pour moi c’est l’ouverture sur l’âme et je ne retiens jamais les présentations.
La jeune fille est une stagiaire de Lille (faisant ses études à Paris)
Ils souhaitent voir comment j’opère à l’infirmerie de St Maur et ils me posent force questions. J’y réponds avec le plus d’exactitude possible. Exclamation du Monsieur : « mais vous ne faîtes que du médical !!! ? »
C’est avec sérieux, un doigt sur la bouche, presque dans un murmure que je leur confie : « Oui, mais faut pas que ça se sache… »

Eclats de rire des deux personnages principaux. Je ne comprends pas mais je souris, ils semblent prendre la chose du bon côté.
Oui ce stage en Algérie devait se faire dans le social, nous ne devions pas tomber dans le médical mais le centre social était à court d’idées ou plus exactement poursuivait son idée.

Et l’interview touche à sa fin.

La chaleur est vraiment torride.
La gorge sèche, je pense demander aux visiteurs si par cette chaleur, une boisson rafraîchissante ne leur siérait pas ?.
« Qu’ai-je à leur proposer ? » demandent-ils
Question intéressante. Nous jouissons d’un frigo où sont « remisés » des sodas et des bières, le mélange ça fait un panaché. Voilà ma proposition, elle est retenue et nous dégustons avec délice cette boisson.

Après avoir discuté ensemble de tout et de rien comme entre vieilles connaissances, ils prennent congé.
Je demande alors au directeur adjoint la fonction de ces personnes. :
« Mr Un tel, Directeur de l’action sanitaire et sociale et son adjointe… »

Justement ceux- là qui ne devaient pas savoir…

C’est bien ma chance.

Je ne sais si j’ai averti les copains du W E et de la branche sociale. Si les stages ne sont pas validés nous sommes bons pour refaire quatre mois de stage à Lille ou ailleurs. Je remise mon inquiétude.

Chaque week end, libérés de toute activité, après nous être retrouvés à l’auberge de jeunesse, pour nous rendre à une plage d’Oran, les copains et moi, nous faisions du stop et peu importe qui nous emmenait, algérien ou européen, tout était bien. La conduite se terminait souvent par une discussion sur la politique actuelle du pays, pieds noirs ou algériens arabes voulant entendre nos impressions et nous communiquer les leurs.

L’idée ne nous venait pas que nous aurions pu tomber sur un fanatique, trop content de l’aubaine. Et que serait-il advenu de nous ?

C’est de cette façon que nous avons fait connaissance de « Mohamed », 35 ans environ, un fellouze repas_sous_boisappartenant à une willaya. Je crois qu’il ne nous a communiqué l’information que lors de notre dernière rencontre qui s’est passée dans un sous bois, près d’une plage, nous allions déjeuner ensemble, nous avions chacun préparé ou acheté un mets, poulet rôti, les frites achetées sur place, quant à Mohamed il nous amenait un énorme paquet de bonbons.paquet_de_bonbons
Nous ne l’avons plus revu mais à travers nous il a pu se faire une idée de ce que la jeunesse de France pensait de l’algérien musulman.

J’ai toujours été intrépide, je n’avais peur de rien. Le couvre-feu était prononcé depuis longtemps, dès 20 h nous ne pouvions plus sortir. Un soir, l’envie me prend de respirer l’air hors du centre. Je m’aventure sur la route, l’air est encore chargé de trop de chaleur sucrée. Je savoure « ma liberté », je n’ai jamais pu être enchaînée.

Heureusement que j’ai l’oreille très sensible ; au loin, je perçois comme un martèlement de pas. Inutile de courir, le centre est trop loin. Un seul moyen de disparaître aux yeux de la patrouille chargée de tirer à vue sur toute personne à ces heures là, le fossé. Je m’y réfugie en me tassant.

Ouille la patrouille passe… Ouf… elle est passée.

Je ne demande pas mon reste, Je regagne le centre tout en implorant le ciel que la patrouille ne fasse pas marche arrière.
Le Directeur adjoint est là, se demandant ce que je suis devenue. J’ai droit à une eng… maison. Il avait raison.
.

Mais ce qui me revient de temps en temps, c’est l’incroyable voyage entre Oran et Alger, avec Brigitte de Lille ; deux jeunes filles EN STOP à cette époque

Nous avions droit en fin de stage à huit jours de congé. J’avais décidé d’aller chez mon frère, en garnison à Boufarik ; il s’y trouvait avec sa famille, sa femme et ses trois filles.

Il devait nous être remis un pécule pour ces deux mois de stage. Seulement nous ne l’avions pas encore reçu. En poche, il me restait juste treize francs.
Brigitte a accepté immédiatement l’idée du stop pour gagner Alger..
Nous avons eu une sacrée chance. ? Première voiture à la sortie d’Alger, le conducteur nous a déposées devant un poste militaire, a expliqué notre « désir » de parcours, ce sont les militaire eux-mêmes qui ont arrêté les voitures et nous ont confiées au conducteur qui allait dans notre direction.
Celui-ci s’est lui-même arrangé pour nous faire profiter d’une troisième voiture avec deux occupants charmants. Leur but se trouvait à 50 kms avant Alger. Le conducteur arrivé à destination, nous a priées de l’attendre un peu, puis il est revenu après avoir expliqué la situation à sa femme, et c’est de bon coeur qu’il a fait ce chemin supplémentaire qui nous faisait entrer à Alger.
.
Nous étions deux idiotes. Une telle entreprise, dans cette situation chaotique, tenait de l’inconscience la plus totale.

Brigittte n’a pas voulu m’accompagner à Boufarik, nous nous sommes quittées à Alger. Je ne sais plus comment j’ai gagné Boufarik
Ma famille m’attendait et j’ai pu faire connaissance avec mes nièces, très jeunes encore.

C’est déjà le départ

J’avais raconté confidentiellement à ma belle-sœur l’auto-stop, c’est mon frère qui est venu me reconduire en gare de Boufarik, a payé la place et c’est en train que j’ai regagné Alger mais deux jours trop tard. Je devais être à Alger avant le retour en France pour la visite de la base navale de Mers el kébir, je l’ai loupée

Je ne peux qu’essayer de m’en faire une idée par cette photo.

Adieu l’Algérie.

J’ignorais alors que deux ans après, je serai de retour sur le sol Algérien, en professionnelle.

Et la validation de nos stages ?
Très amusés par ma spontanéité, le Directeur de l’action sanitaire et sociale, ainsi que son Adjointe, n’ont pas douté de notre bonne foi, ils ont plaidé pour nous et nos stages ont été validés.



CHARDON DE LILLE

Posté par gaby_djebelle à 10:27 - ETUDES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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