mémoire de chardon

attirer l'attention sur ce qu'a réaisé une simple instit, une assistante sociale sans titre au cours de sa vie professionnelle et donner une idée de son point de vue sur la vie et aussi la poli-tique

dimanche 17 septembre 2006

[50]> J'AI FAIT MES CLASSES, St Philibert

3ème Episode

Posté par gaby le 17/9/2006 16:41:01 (46 lectures)

St Philibert et Ste Catherine



Eglise sainte Catherine
en 1900

Je suis maintenant en stage à St Philibert, rue de la Bassée Lille, en tuberculose avec le Dr Cler,(orthographe incertaine) qui nous dispense les cours sur sa spécialité. Un grand prof, une grande dame, une présence. Toute simple, discrète, efficace.

Je garde de ce stage une très bonne impression sans souvenirs précis. Je ne prodigue pas les soins aux patients, j’assiste à certaines consultations, je fais des visites à domicile et aussi je dois faire respecter la fameuse loi «Granger » qui sépare systématiquement le nouveau né de sa mère atteinte. Que de dégâts psychologiques en découleront.
J’ai vécu le drame avec des amis, à qui deux nouveaux-nés seront enlevés, placés en structure d’accueil pendant le séjour en sana de leur mère. J’assisterai à l’impuissance de la mère devant l’attitude de l’un de ses enfants quand on les lui rendra après 4 et 3 ans de placement, enfant sauvage, ne voulant s’alimenter qu’à même le sol, s’arrachant les cheveux et dans les années qui suivront, à l’âge ado et jeune adulte, je verrai l’impossibilité de communication entre la mère et ce jeune, comme si un mur continuait à les séparer, et malgré toute leur bonne volonté.
Dernièrement encore et depuis toujours cette maman, devenue grand-mère, me répètera les étapes de ce drame, la difficulté pour cet enfant de s’insérer dans le milieu familial, je calmerai de mon mieux son sentiment de culpabilité. Par contre le deuxième placé chez une tante, s’en sortira très bien.

Que de bêtises graves ne commet-on au nom de la science…

Je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’il adviendra des enfants éprouvettes, des enfants nés de mère porteuse, de ceux qui sont procréés pour sauver un aîné atteint d’une grave maladie, « enfants médecine », quelle sera leur place ? Enfin ces enfants nés de mère âgées, 60 ans et plus parfois Quel crime ! Quel égoïsme !!!

Je ne parle pas des clones. Ils existeront un jour, il y en a peut-être déjà…

Le monde est fou.

J’accomplirai aussi des visites PMI, loi de 45. Puis, le temps de stage fini j’irai planter mes choux ailleurs.

Je garde un très bon souvenir de ce stage.


Je me retrouve à Lambersart, Centre médico-social, avec Mademoiselle Liager directrice, grande et forte femme, une très belle chevelure coiffée en chignon. Elle avait le verbe sonore et impératif faisant peur à son environnement, aux stagiaires..

Nous avons eu une relation presque amicale, qu’elle n’aurait avouée à personne. Elle sentait bien que je n’avais nullement peur d’elle.

Elle m’emmenait en visite dans les familles, je la suivais comme un petit chien ; elle râlait chaque fois qu’installée dans sa voiture, je claquais la portière. Elle râlait même quand je l’ouvrais pour sortir. J’ai très vite trouvé la solution, c’est elle qui m’ouvrait la portière et la fermait chaque fois qu’il me fallait l’accompagner, j’attendais qu’en bon chauffeur sans gants blancs ni casquette, elle fît elle-même ces gestes.

J’ai eu le droit d’être initiée à la « gestion d’un centre social » par la secrétaire qui était charmante, très performante et sur laquelle Melle Liager pouvait se reposer, leur relation était simple et normale.

En fait, elle était bourrée de complexes, était certainement très sensible mais avait reçu la Bonne éducation des bourges « Ne rien manifester », ne pas montrer sa timidité, oui, oui, timidité.
J’étais charmante avec elle sans lui permettre de me marcher sur les pieds. Je crois qu’elle a beaucoup aimé que je lui tienne tête avec simplicité et j’ai bien travaillé.

J’arrivais à lui trouver les familles que personne ne joignaient, les adresses étaient incorrectes, il fallait du flair, de la persévérance, un peu d’audace et savoir interroger alentour discrètement. C’était aussi la PMI, loi de 45. Visite obligatoire à chaque famille après la naissance du bébé pour connaître ses conditions de vie, avoir assez de tact pour ne pas déranger les mères et ne pas les obliger à réveiller les bébés sous prétexte que…

Je faisais tout à vélo par tous les temps à travers Lomme et Lambersart, j’en ai fait des kilomètres.

Il y a quand même un point sur lequel j’aurais aimé discuter avec elle et cependant je me suis tue. Une petite trisomique était née dans une famille, les parents plus tout à fait jeunes, cherchaient à ne pas croire aux signes patents de cette anomalie, et elle les confortait dans leur aveuglement.
C’est vrai qu’il est difficile d’annoncer une telle nouvelle mais je me disais que c’était notre devoir. Tout est dans la façon de dire les choses et de porter avec la famille.

J’ai bien aimé ce stage et Melle Liager.



Terrasse Sainte Catherine, un dispensaire médical a ouvert ses portes il y a pas mal de temps.
Des sœurs de charité, encore en habits avec leur coiffe aérienne, y tiennent permanence et pratiquent les soins à domicile.

J’assiste aux permanences, j’apprends beaucoup sur diverses pathologies qui nécessitent ce suivi.
C’est là que je rencontrerai celui que je surnommais en mon for intérieur « hareng saur ».
Il en avait l’odeur, il n’avait guère les moyens d’y remédier. C’était un S D F..
Il s’était endormi près d’une voie ferrée, et s’était réveillé le pied heurté par un de ces wagonnets servant aux travaux de réfection, il avait une belle entaille et le bain de pieds était nécessaire pas seulement par mesure d’hygiène mais pour y voir clair. Ses ongles étaient portés très longs et de couleur peu reluisante. Dans un très pur français, il nous racontait ses mésaventures avec un humour dont il n’avait pas conscience vraiment. Alors il était facile de lui pardonner son odeur.
Une religieuse m’emmenait aux soins à domicile. J’ai alors rencontré la misère sordide et d’autres clients plus fortunés.
A la sortie d’un soin pratiqué sur une dame d’un certain âge, qui demeurait dans un intérieur très confortable, la sœur, qui m’avait demandé avant l’entrée de prendre note des produits qu’elle allait injecter à la patiente, m’interroge sur le problème médical de la dame.
: « Les produits utilisés pourraient faire penser à une cirrhose mais cette dame n’a rien d’une alcoolique.
- Détrompez-vous, n’avez-vous pas remarqué le magasin de spiritueux attenant à sa demeure.
C’est leur commerce et, quand quotidiennement sans exagération cependant, l’apéritif et le pousse-café sont absorbés, que le terrain est assez fragile, c’est la cirrhose »

Je me suis souvenue alors. En remontant presque 20 ans en arrière, j’entends une voix :

« Des aiguilles à coudre et à repriser, des belles épingles de sûreté à 20 sous mesdames » Je revois cette dame rencontrée assez régulièrement près du mongy, place du théâtre le midi en sortant de l’école et qui claironnait cette rengaine toujours la même. J’apprendrai au cours des études que c’était une alcoolique invétérée, sa mort était attendue par la Faculté pour étudier les méfaits de l’alcool.

Lorsque les soins étaient terminés, la journée s’achevait par le nettoyage des innombrables seringues et aiguilles qui terminaient leur désinfection par le passage au poupinelle
C’était un travail délicat et sérieux.
Et je casse une seringue, je préviens la sœur principale, de sa voix douce et chantante, et alors je l’imaginais à la chapelle chantant les psaumes, elle me répond que ce n’est pas grave, il me faudra simplement remplacer la seringue…
Quoi !!! Pas question, je passais un temps énorme à ce nettoyage avec attention, j’aurais pu lui taire l’incident, camoufler la seringue, je ne suis pas en mesure de payer cette seringue. J’exprime tout cela.
L’incident est clos.

Cependant quand j’aurai peu de temps la compagnie de deux stagiaires de l’école de la Croix Rouge, Chantal Pruvost (le château familial n’existe plus sur le grand boulevard) et son amie, quand par mégarde une seringue sera cassée, bien ennuyées elles m’en informeront immédiatement. Je leur dirai et pourquoi, qu\'il est préférable de taire ce pépin.
Elles étaient toutes les deux plus jeunes que moi « vocation tardive ». Elles étaient charmantes et drôles, de très bonne volonté. Elles auront un devoir à remettre à leur école. J’avais de bonnes notes en écrit médecine. Ravies, elles copieront mon travail. Je me souviens qu’il y avait une méthode de soin : le mykulicz, pratiquée pour l’évacuation du pus de certaines plaies.

Dans ce dispensaire je peux dire que mon état de stagiaire était pris au sérieux et rien dans les soins administrés aux « clients » n’était laissé au hasard.
Il y manquait seulement un peu d’animation pour une stagiaire parce que, par honnêteté, les sœurs ne prenaient qu’une ou deux stagiaires en formation. Elles n’étaient que deux à assumer le travail du dispensaire. A cette époque.

Le décor extérieur était très agréable, l’église sainte Catherine nous couvrait de son aile, la rue Royale était proche, et la rue Esquermoise nous menait à la Place.


CHARDON de LILLE






Posté par gaby_djebelle à 16:41 - ETUDES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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